Management et prévention Création/Reprise

Réussir son aventure entrepreneuriale

A l’heure où la création d’entreprise attire plus que jamais, portrait de trois entrepreneurs aux parcours très différents ayant abouti à de belles « success stories ».

Le succès vertigineux du régime de l’auto-entrepreneur a mis en lumière une réalité : les Français, poussés par un désir de liberté, ressentent l’envie d’entreprendre. En 2009, ils étaient près de 600 000 à se lancer dans l’aventure de la création d’entreprise, dont plus de la moitié via ce régime simplifié. Et même si les chiffres de juillet sont un peu moins bons, le nombre de créations est reparti sur les chapeaux de roue depuis le début de l’année 2010. Le régime de l’auto-entrepreneur, auquel l’on peut reprocher beaucoup de choses par ailleurs, a en tout cas permis de faire sauter le verrou qui empêchait nombre de salariés, de chômeurs, voire de retraités de se lancer en créant ou reprenant une petite entreprise. Les parcours des trois entrepreneurs que nous avons rencontrés montrent bien qu’il n’y a pas de « profil type » du créateur ou repreneur d’entreprise. Enarque, physicien, ou tout simplement homme de convictions, ils ont en commun l’audace, l’envie et l’enthousiasme.

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Stéphane Dimarco, Christophe Bonazzi et Jacques Lewiner • Finsécur (Nanterre) • produits pour la détection d’incendie - Ils rapprochent les mondes de la recherche et de l’industrie

Il est la preuve vivante que recherche et industrie peuvent arriver à se rencontrer et, mieux que ça, à faire bon ménage… Jacques Lewiner, directeur scientifique honoraire de l’Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris (ESCPI ParisTech) a côtoyé Pierre-Gilles de Gennes et Georges Charpak… Il est pourtant ce que l’on pourrait appeler un « serial entrepreneur » : « Dès lors que l’on a la capacité d’apporter des solutions, il ne faut pas hésiter à plonger dans un problème qui peut sembler banal », analyse-t-il simplement. Ainsi, en travaillant sur l’ionisation des gaz avec « ses » chercheurs, Jacques Lewiner a eu l’idée de s’en servir pour détecter la fumée. A la fin des années 1990, il dépose des brevets sur les procédés de détection et les dispositifs de mise en œuvre. En 2001, il fonde Finsécur avec un chercheur de son laboratoire et Christophe Bonazzi, ingénieur de l’Institut national agronomique Paris-Grignon et docteur en économie industrielle de l’Ecole des Mines de Paris, aujourd’hui directeur général de l’entreprise. Stéphane Dimarco, qui a longtemps travaillé pour des grandes entreprises du secteur de la détection incendie, rejoint vite l’équipe au poste de président du directoire. L’entreprise emploie aujourd’hui près de 100 personnes, prévoit un chiffre d’affaires en 2010 proche des 20 millions d’euros et envisage des déploiements à l’international, notamment en Israël. « Toute notre force consiste à utiliser la technicité pour fabriquer des produits aussi, voire plus, performants que ceux existants sur le marché, mais que nous vendons moins cher », explique Jacques Lewiner. Si, jusqu’en 2009, l’entreprise visait exclusivement le marché professionnel, la réglementation l’a poussée à s’attaquer, depuis le début de l’année, à celui des particuliers. « En cinq ans, il faudra équiper le parc français, ce qui équivaut à 30 millions de détecteurs », assure le cofondateur de Finsécur dont l’usine, basée à Nanterre, pourrait, selon lui, satisfaire un million de pièces par an. L’ascension de la PME ne devrait donc pas s’arrêter là… Ce qui pourra aider le physicien à convaincre ses étudiants que « tenter une aventure industrielle c’est marrant et pas dégradant ».

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Thomas Chaudron • 4D2 (Dourdan) • agencement et aménagement intérieur - Il veut se positionner comme un acteur de poids des travaux d’agencement

« Les études, c’était pas mon truc. » Thomas Chaudron reconnaît que c’est l’armée qui lui a appris qu’il pouvait y avoir d’autres chemins à suivre que la vie de bohème dans laquelle il semblait s’engager. Et quel chemin parcouru depuis ! A 36 ans, président du Medef Essonne, il dirige désormais un groupe d’agencement et d’aménagement qu’il a construit pas à pas depuis 1997, et qui compte une soixantaine de collaborateurs pour un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros. « Mon père dirigeait une entreprise de second œuvre de bâtiment qu’il avait créée, reconnaît-il. Mais je ne voulais pas travailler avec lui. Il fallait que je construise quelque chose. » Il crée donc Mecanalu en 1997, une entreprise spécialisée dans la fabrication de cloisons modulaires en aluminium qui réalise désormais 15 % de son chiffre d’affaires à l’export. « Ça marchait bien, l’entreprise affichait une belle croissance annuelle ; elle était rentable, reconnaît son fondateur. Du coup, ça a vite arrêté de m’amuser, et après dix ans de croissance organique, nous commencions à plafonner. » L’opportunité d’un rachat se profile en 2008 avec Sofrim, une entreprise spécialisée dans l’agencement et la rénovation de magasins et d’appartements haut de gamme, et qui développe également une activité tertiaire. Enfin, le rachat en avril dernier de la filiale française de Maars, spécialiste de la cloison acier, permet au groupe 4D 2 de voir le jour autour d’une stratégie claire : devenir un acteur de poids pour tous les travaux d’agencement et d’aménagement intérieur sur mesure. « Cette notion de stratégie d’entreprise, c’est le Centre des jeunes dirigeants (CJD) qui me l’a apprise », analyse le jeune patron. D’ailleurs, s’il est entré dans cette association patronale, qui compte 3 500 chefs d’entreprise, c’est avant tout pour « apprendre le métier de dirigeant ». Il en deviendra même le président national de 2006 à 2008. « Aujourd’hui, tout est à construire, reconnaît-il. Il faut mettre en musique les entités de ce nouveau groupe, saisir les opportunités qui se présenteront. Mais toujours avec la même ambition : que ceux qui y travaillent prennent du plaisir dans ce qu’ils font. » Bien conscient d’avoir obtenu des résultats « miraculeux », le jeune père de quatre enfants devrait s’octroyer quelques jours d’isolement pour réfléchir à la prochaine « rupture » qui lui permettra de continuer à avancer.

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Loïc Darcel • ternois (Chartres) • traitement de l’eau - Il s’impose sans complexe face aux géants du secteur de l’eau

En reprenant l’entreprise Ternois Epuration, en 2002, il avait « parié » que le traitement de l’eau serait un marché porteur. Pari gagné : huit ans plus tard, Loïc Darcel a multiplié par deux le chiffre d’affaires de Ternois qui avoisine les 40 millions d’euros. Et l’entreprise d’aujourd’hui ne ressemble plus guère à celle de l’époque : « Dès 2003, nous avons décidé d’attaquer le marché de l’affermage en eaux potables et usées, explique l’énarque, passé par Bouygues Construction et la Saur. Puis nous avons transféré cette activité d’exploitation à la société Ternois Exploitation, créée le 1 er janvier dernier, qui réalise 4 millions d’euros de chiffre d’affaires, et pour laquelle nous envisageons une croissance annuelle de l’ordre de 15 %. L’activité construction demeure, elle, entre les mains de Ternois, sachant que nous réalisons nous-même nos ouvrages afin de mieux maîtriser la qualité, les délais ainsi que les budgets. » Face aux géants du secteur, le petit poucet se veut totalement décomplexé, aidé en cela par la levée de fonds de 6 millions d’euros réalisée auprès de Demeter et qui lui a permis de financer sa croissance. L’entreprise table ainsi sur son déploiement géographique, en France mais aussi à l’étranger avec la mise en place, depuis cet été, d’une direction internationale qui prospecte notamment les pays du Proche et du Moyen-Orient. En outre, l’un des atouts majeurs de la PME réside dans ses développements technologiques. Ainsi, l’entreprise a mis au point des technologies membranaires externes pour le traitement des eaux usées, et développé un système de séchage solaire des boues de stations d’épuration. « C’est nous qui avons construit le plus de séchages solaires en France, avance le président. Et nous allons désormais plus loin, car, au plancher chauffant, nous avons ajouté un système de ventilation associé au retournement des boues. »
Soucieux de construire « dans la durée », et de continuer à progresser « tant en qualité de projet que de construction », Loïc Darcel est également très attaché à l’esthétique de ses stations. « Mes quatre années d’études d’architecture y sont sans doute pour quelque chose », s’amuse le chef d’entreprise qui avoue incidemment être également passé par Sciences Po.

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