Territoires Boulogne-sur-Mer

Retour sur une mission d’archi pas comme les autres

A l’occasion de la XXe université d’été du Conseil français des urbanistes (CFDU), qui s’est tenue à Dunkerque les 25 et 26 août, l’architecte Sophie Ricard, membre du laboratoire « Construire ensemble le Grand Ensemble, ou comment dénormer le logement social », initié par Patrick Bouchain, est revenue sur l’expérience inédite qu’elle a vécue entre 2010 et 2013 à Boulogne-sur-Mer. Une importante opération de rénovation urbaine est alors en cours dans le quartier du Chemin Vert et, dans ce cadre, il est décidé d’abattre 60 maisons HLM occupées par une population fortement marginalisée. Mais estimant qu’on a déjà suffisamment détruit et qu’il sera très difficile de reloger des habitants pour la plupart désocialisés, le maire Frédéric Cuvillier s’oppose à cette décision, au profit d’une requalification. Le désengagement de l’Anru est immédiat. L’opération sera donc conduite indépendamment par la Ville de Boulogne-sur-Mer et le bailleur Habitat du Littoral.

C’est à ce stade qu’intervient Sophie Ricard. « Je suis allée vivre trois années sur place, rapporte l’architecte. L’idée était de démontrer que l’architecture est l’affaire de tous et qu’en habitant le site même du projet, nous pourrions réaliser une rénovation au plus proche des besoins et des attentes mais également des savoir-faire de chacun. Un peu dans l’esprit de l’Université populaire de Michel Onfray, qui part du principe que tout le monde a un savoir et qu’il faut savoir l’écouter. »

Urbanisme réversible.

Avec un budget divisé par quatre, soit 2,3 millions d’euros, des priorités sont définies. « Nous avons consacré la moitié de cette somme au clos et au couvert, l’autre à la personnalisation des logements, explique Sophie Ricard. Avec 400 euros d’investissement par m2, on a ramené un peu d’humanité chez des laissés-pour-compte. Depuis, des jeunes du quartier sont devenus maçons, menuisiers… » Pour le président du CFDU, Philippe Druon, il y a plusieurs enseignements à tirer de cette expérimentation : « D’abord, cela nous montre qu’il est possible de faire, même en cette période de réduction des budgets. Ensuite, en mettant le bâti à l’épreuve de la maîtrise d’usage, Sophie Ricard nous rappelle le rôle social de l’architecte. Le reste n’est que technique. » De fait, l’intéressée revendique « cette façon artisanale de pratiquer le métier », prônant la multiplication d’opérations à petite échelle, qui offriraient le double avantage de faire travailler la profession et de ne pas perdre de vue une société en perpétuel mouvement. C’est le sens de la mise en place par Patrick Bouchain de l’Université foraine de Rennes. Un ouvrage retraçant le projet de Boulogne-sur-Mer, ainsi que ceux conduits simultanément par le laboratoire à Tourcoing et à Beaumont (Ardèche), vient d’être édité chez Actes Sud. Plus qu’un récit, « Pas de toit sans toi » est un manifeste en faveur d’un urbanisme et d’une architecture réversibles.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X