Architecture Technique Théâtre

Restructuration dans les profondeurs

Mots clés : Salles d'audition, de conférences, de réunion, spectacles ou à usages multiples

Le théâtre de Chaillot, enfoui dans la colline du même nom, crée de nouveaux accès et reconstruit l’une de ses salles.

Face à la tour Eiffel, de l’autre côté de la Seine, le palais de Chaillot, construit pour l’exposition universelle de 1937 sur les structures conservées du palais du Trocadéro de l’exposition de 1878, continue sa mue. Après l’aménagement de la Cité de l’architecture et du patrimoine en 2007, puis la restauration du musée de l’Homme, rouvert au public en 2015, l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture (Oppic) a entrepris en juin 2014 la restructuration du théâtre de Chaillot. Tout en poursuivant, à l’extérieur, la restauration de l’esplanade très fréquentée par les touristes.

Le théâtre est construit sous les pavillons de tête des deux ailes du palais, et sous l’esplanade, les terrasses et escaliers qui descendent vers la Seine. Il comportait à l’origine une grande salle qui a été complétée en 1965 par un espace de 400 places, la salle Gémier, à l’emplacement de l’ancien bar-fumoir sous les terrasses intermédiaires. Puis la grande salle a été remaniée en salle modulable de 1 250 places de 1973 à 1975 et baptisée salle Jean Vilar. Depuis, à part quelques aménagements « sauvages » non coordonnés, rien n’a changé. Jusqu’à ce que le ministère de la Culture et de la Communication engage un programme de travaux sur plusieurs années. S’il est prévu, à terme, de restructurer la salle Jean Vilar et de créer une salle de répétition sous les gradins, la première tranche porte aujourd’hui sur la rénovation complète de la salle Gémier et l’accessibilité aux deux salles, tant pour le public que pour les artistes et la logistique. « Le transport des décors par une multitude d’escaliers rend difficile le travail des équipes techniques », observe Didier Deschamps, le directeur du théâtre, qui souhaite aussi une salle Gémier plus modulable et dotée d’une ample arrière-scène.

Deux chantiers concomitants.

Le bâtiment et ses abords étant classés, aucune modification de l’enveloppe ou des abords n’était possible. L’architecte Vincent Brossy a su trouver une solution d’ensemble qui respecte ces exigences. La restructuration de la salle Gémier, qui ne doit pas déborder de l’emprise existante classée, passe par un approfondissement de 6 m sur toute sa surface. En proposant de démolir la dalle de couverture, dont le revêtement devait de toute façon être remplacé dans le cadre des travaux concomitants sur l’esplanade, l’architecte a permis à l’entreprise Léon Grosse d’implanter une grue sur le chantier à ciel ouvert et d’envisager des solutions de préfabrication dans cet espace réduit. La nouvelle salle, réaménagée en espace neutre et modulable (de type « boîte noire »), sera complétée par un silo technique de 1 600 m² permettant un fonctionnement indépendant.

Deux tunnels.

Pour faciliter l’accès logistique aux deux salles de spectacle, une nouvelle rampe est créée à l’extérieur, seule entorse à la règle de non-modification des espaces classés. Un puits de 29 m est percé dans la carrière de Chaillot pour installer un monte-décor qui redistribuera les deux salles grâce à deux longs tunnels percés dans le sous-sol, seule zone d’extension possible pour ce monument historique. Le puits et les galeries sont creusés dans les anciennes carrières, sous et entre les fondations du pavillon de tête du palais de Chaillot, qui abrite la Cité de l’architecture et du patrimoine. Des fondations composites, réalisées à deux époques différentes : en maçonnerie pour le palais du Trocadéro, édifié en 1878, puis renforcées de béton en 1937 pour réaliser le palais de Chaillot. Depuis ce puits, un tunnel de 45 m de long pour une largeur de 2,70 m et une hauteur de 3,70 m rejoint la salle Gémier, calé sous le ciel de la carrière remblayée. Un deuxième tunnel vers la salle Jean Vilar, de même section et long de 32 m, sera creusé plus bas, en pleine masse dans le calcaire.

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ENCADRE

Maître d’ouvrage : ministère Culture et Communication. Maître d’ouvrage délégué : Oppic. Maître d’œuvre théâtre : Vincent Brossy, architecte ; Michel Fayet et Changement à vue, scénographie ; Alternative, BET acoustique & éclairage ; SAS Mizrahi, BET TCE & économiste. Maître d’œuvre étanchéité : Lionel Dubois, architecte en chef des Monuments historiques. Entreprise gros œuvre : Léon Grosse.

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Préfabrication - Deux boîtes gigognes en prémurs pour garantir l’acoustique

L’entreprise Léon Grosse a proposé l’emploi de prémurs pour réaliser les voiles périphériques de la nouvelle salle Gémier, ainsi que la séparation entre la future salle de théâtre et le silo de 400 m² au sol qui longe la salle et abritera sur quatre niveaux des loges, sanitaires et locaux techniques. Pour garantir la qualité acoustique de la salle, l’architecte Vincent Brossy a conçu une boîte dans la boîte. La boîte extérieure, qui reprend les efforts de la colline, est réalisée en prémurs de 25 cm d’épaisseur et 12 m de haut : deux parois de béton préfabriquées reliées par des raidisseurs métalliques, entre lesquelles est coulé le béton prêt à l’emploi. La boîte intérieure sera construite de la même manière, avec des prémurs de 20 cm posés sur une semelle en mousse élastomère et écartés de la boîte extérieure de 10 cm, l’espace étant garni de laine de roche. La reprise des efforts sera assurée par des attaches antivibratiles reliant le voile extérieur à la boîte intérieure, en tête et en milieu des panneaux. La boîte structurelle sera surmontée par des poutres de 18 m de portée et 1,50 m de haut. Préfabriquées sur le chantier en deux morceaux, ces poutres seront clavetées en place puis recouvertes de prédalles et d’une dalle de compression sur la partie horizontale, et de dalles alvéolaires sur les rampants qui porteront les escaliers extérieurs. Au-dessus de la salle, lorsque la dalle de couverture et les escaliers seront reconstitués, un dallage désolidarisé de la structure permettra d’assurer l’isolation acoustique. Ainsi, les adeptes du roller ne gêneront plus les amateurs de théâtre…

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Etanchéité - Désamiantage et restauration en site hautement touristique

Sur les terrasses et escaliers extérieurs descendant vers la Seine, réalisés en 1937, des pierres sont cassées, des lacunes ont été rebouchées au mortier et le revêtement d’étanchéité fuit. Une rénovation à l’identique a donc été décidée, menée en plusieurs phases sous la maîtrise d’œuvre de l’architecte en chef des Monuments historiques Lionel Dubois. Le parvis des Droits de l’homme, côté place du Trocadéro, entre les deux pavillons de tête du palais de Chaillot, est terminé depuis 2004. L’esplanade et les escaliers dévalant la colline sont rénovés en deux fois : côté Paris, actuellement, avec les entreprises Degaine et Chapelec, côté Passy en 2017-2018. La présence d’amiante dans l’asphalte de l’étanchéité a compliqué l’opération. Le désamiantage a été réalisé sous un confinement de toitures parapluies et 400 t de déchets contaminés ont été évacués avant de réaliser un nouveau complexe étanche : de l’asphalte coulé sur une nouvelle sous-couche et recouvert de dalles en pierre de Bourgogne.

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Terrassement - Des ouvrages souterrains creusés dans la colline de Chaillot

Le puits de 55 m² est creusé à 29 m dans les lits de la carrière de Chaillot. Les voiles réalisés par passes alternées sur une hauteur de 2 m à 2,50 m de haut sont confortés par des butons pour former une cage rigide, tandis que des mires placées à intervalles réguliers sont contrôlées par laser pour détecter le moindre mouvement de l’édifice. « Les phases provisoires sont les plus délicates, rappelle Fabien Loiseau, directeur de travaux chez Léon Grosse. Le plus difficile est désormais passé, puisque le creusement a dépassé le niveau des fondations, où les poussées sont les plus fortes, pour atteindre le calcaire qui se tient bien. » Les deux tunnels vers les salles sont superposés au départ du puits, jusqu’à ce que celui qui dessert la salle Gémier bifurque à gauche pour traverser les carrières remblayées, tandis que le plus profond s’enfonce tout droit dans le calcaire. Le premier est creusé en partant des deux extrémités. Le second, percé depuis le puits, débouchera après 70 jours dans la salle Jean Vilar pendant la pause estivale du théâtre.

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