Architecture Technique Musée de l’Homme

Rénovation par le vide

Mots clés : Manifestations culturelles - Musées - galerie

Après six ans de chantier, le musée de l’Homme (Paris XVIe) accueille de nouveau les visiteurs dans un bâtiment rendu à l’espace et à la lumière.

En 2006, les architectes Olivier Brochet, Emmanuel Lajus et Christine Pueyo ainsi que leur confrère Emmanuel Nebout découvrent, dans l’aile Passy du Palais de Chaillot, à Paris, un musée jamais rénové depuis son ouverture en 1938. Composite, le Palais de Chaillot est formé des deux bâtiments élevés pour les expositions universelles de 1878 et 1937. Le premier par Gabriel Davioud et le second par Jacques Carlu, Léon Azéma et Louis-Hippolyte Boileau, qui ont démoli la rotonde du palais XIXe et camouflé ses deux ailes. En cohérence avec l’esthétique des façades des années 1930, les nouveaux intervenants choisissent de « retrouver l’écriture de Carlu, dans sa clarté mais aussi sa rudesse », raconte Olivier Brochet. « Pour faire respirer ce lieu congestionné, nous avons mené un travail par le vide », ajoute Emmanuel Nebout. Ici, pas de palimpseste révélant l’œuvre de Davioud, contrairement à la Cité de l’architecture voisine, qui laisse apparaître les colonnes du premier palais. Seule la verrière XIXe, qui couronne le pavillon de tête mais était cachée par un toit de béton ajouté en 1937, laisse de nouveau passer la lumière après une restauration complète menée par les architectes des Monuments historiques. Elle éclaire l’atrium, impressionnant volume en double hauteur, dont le sol revêtu d’Inox reflète le ciel.

Les deux agences ne cherchent pas à ajouter « une couche architecturale supplémentaire » et misent sur des éléments de mobilier réversibles. « Nous avons voulu faire un lieu pour les quatre-vingts ans à venir et non pour dix ans », insiste Olivier Brochet. Afin de respecter les normes de sécurité actuelles, les planchers de béton du corps central ont été reconstruits ou consolidés. Le reste de l’intervention consiste essentiellement dans un magnifique travail de staff et quelques touches de bois.

Interroger la place de l’humain.

Après avoir franchi l’escalier monumental de Carlu, le visiteur découvre l’atrium, au centre du pavillon de tête dans lequel s’articulent les lieux d’accueil, le café et les salles d’exposition temporaire. Consacrée à la collection permanente, la galerie de l’Homme se déploie en continu sur un espace incurvé de 2 500 mètres carrés. Le panorama sur Paris y est magnifié et la lumière juste filtrée. Un nouvel escalier – dont « l’écriture propose une synthèse de la douceur tout en courbes de Davioud et de la brutalité dictatoriale de Carlu », indique Olivier Brochet – permet un retour, au niveau supérieur, vers le pavillon de tête. Entre les deux étages, une mezzanine offre un espace d’exposition plus intime. Au-delà de la restauration architecturale, le Muséum national d’histoire naturelle a engagé une véritable réinvention des lieux avec un nouveau projet scientifique et culturel. « Avant, ce musée créé dans un contexte colonial était le musée des autres », éclaire Cécile Aufaure, directrice du projet de rénovation. Aujourd’hui, c’est un « musée du nous » qui interroge notre place dans la biosphère, resitue l’humain comme être biologique, culturel et social dans un environnement plus global. Après le départ de la collection d’ethnologie extra-européenne au musée du Quai Branly et des objets européens au Mucem (Marseille), la muséographie signée Zette Cazalas articule les collections de préhistoire, d’anthropologie et d’ethnologie autour de trois questions : Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ?

Musée-laboratoire depuis son origine, l’établissement est aujourd’hui pourvu d’un centre de recherches qui occupe 20 % de sa superficie totale. Et un espace a été dédié aux découvertes des chercheurs et à l’actualité scientifique : le Balcon des sciences, qui prend place sous la verrière, protégé par un élytre de bois, délicate signature des architectes.

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ENCADRE

Maître d’ouvrage : Ministères de l’Enseignement supérieur et de l’Ecologie, Muséum national d’histoire naturelle. Maître d’ouvrage délégué : Oppic. Maîtrise d’œuvre : Brochet-Lajus-Pueyo, architecte mandataire. Atelier Emmanuel Nebout, architecte co-traitant. Zen + dCo (muséographie). Maître d’œuvre monument historique : Jean-François Lagneau, Lionel Dubois. BET : Setec. Principales entreprises : Léon Grosse (gros œuvre étendu), UTB (fluides), SDEL Tertiaire (électricité), DBS (plafonds staff-enduit acoustique). Surfaces : 16 000 m² SU. Coût de l’opération : 92 M€ HT.

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