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Rem Koolhaas à la Biennale de Venise De la conservation a la tabula rasa (et vice versa)

Mots clés : Architecte - Architecture - Conservation du patrimoine - Manifestations culturelles

Rem Koolhass étonne encore une fois tout le monde en s’attelant au thème de la conservation du patrimoine historique. Deux antécédents l’ont guidé : en premier lieu, la célèbre maison qu’il avait construite à Bordeaux a été classée monument historique par l’Etat en 2001. Elle avait été bâtie quatre ans auparavant pour un homme se déplaçant en fauteuil roulant. A son décès, on ne comprend plus sa construction, injustifiée pour une famille ordinaire. Pour éviter qu’on la dénature, l’Etat la transformée en monument historique. En second lieu, l’agence OMA a été chargée du projet d’extension de l’Hermitage à Saint-Pétersbourg. OMA se confrontait concrètement pour la première fois au thème de la conservation du patrimoine historique, thème avec lequel Koolhaas a décidé d’attirer l’attention de tous grâce à son installation au Pavillon italien des Giardini, qui a fait réagir. Les critiques officieuses du vernissage de la Biennale ont été plus que malicieuses, bien que prévisibles : opportunisme ou plutôt double opportunisme car Koolhaas a accepté de participer, conscient qu’il remporterait le Lion d’Or. « Provocation stratégique » ou encore « déshonneur à l’Italie », pays où la culture de conservation (et de restauration) est la plus structurée et la plus forte. On reproche à Koolhaas de produire des théories lorsque ses projets lui en présentent l’occasion, de faire passer la pratique avant la théorie, l’expérience avant la réflexion et non le contraire comme l’ont fait la majorité des architectes utopistes du XXesiècle de Le Corbusier à Yona Friedman. Et pourtant, ses affirmations dans l’interview de Frédéric Edelmann dans Le Monde du 5 septembre n’ont pas l’air opportunistes mais font plutôt penser à des lapalissades : « il est essentiel que les architectes réinvestissent le champ de la théorie. Et plus encore la critique qui s’en est tenue à suivre et accompagner la production architecturale et ses stars, au lieu d’intervenir ». Il est temps d’arrêter de comploter et de commencer à critiquer ouvertement les arguments que les architectes avancent, si toutefois ils ont encore quelque chose à dire. Difficile de trouver un autre architecte, aussi célèbre, qui se soit penché sur le problème de la conservation et de la restauration : seuls deux architectes de valeur, mais peu médiatisés, Francesco Venezia et Massimo Carmassi nous viennent à l’esprit. Inutile de chercher une littérature théorique de la restauration, inconsistante chez nos contemporains car, encore aujourd’hui, on navigue entre deux pôles opposés – Ruskin contre Viollet-le-Duc, conservation complète...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 200 du 01/10/2010
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