[TO] Urbanisme et aménagement

Régénération urbaine Les promoteurs reconstruisent le centre de Liverpool

En lieu et place d’une zone de dix-sept hectares laissée à l’abandon au cœur de la cité des Beatles, des « développeurs » privés – Grosvenor et Paradise Project – ont bâti de toutes pièces un quartier organisé autour d’activités commerciales, la municipalité conservant un droit de regard a minima.

Inauguré le 1er octobre, après un peu plus de trois ans de travaux, et annoncé par ses promoteurs comme la plus importante opération de régénération urbaine d’Europe réalisé par le secteur privé – 17 hectares de friches séparées du fleuve Mersey par une 4 x 4 voies –, le projet « Liverpool One » n’aurait pas pu voir le jour autre part qu’au Royaume-Uni. En échange d’un financement à 100 % privé et du reversement à la municipalité de 5 % des revenus locatifs, la ville de Liverpool a octroyé à la société d’exploitation Paradise Project un bail emphytéotique de 250 ans – une forme juridique très proche de la propriété – portant sur 22 parcelles réparties sur l’emprise foncière réaménagée. Elle lui a, en outre, accordé la direction opérationnelle de ce projet, dont l’objectif premier est de redonner du dynamisme commercial à l’hyper centre-ville. Autrement dit, si la municipalité garde un droit de regard et de veto, elle a laissé à Paradise Project l’élaboration du plan d’aménagement et des options urbanistiques. Mieux, les rues préexistantes et le nouveau parc de deux hectares constituant le cœur du quartier sont toujours la propriété de Liverpool et restent ouverts 24 h sur 24, mais la société d’exploitation assure la gestion des déchets, la sécurité du site et son éclairage. Enfin, si la population a été consultée, notamment les 11-14 ans, cela l’a été avant tout sous un angle marketing.

La noblesse anglaise reste un important propriétaire foncier

On le voit, « Liverpool One » marque un choix extrême qui correspond au modèle politique et économique du Royaume-Uni, dans lequel la confiance dans l’action du secteur privé est très forte.

L’investissement de 1,4 milliard d’euros n’aurait, en aucun cas, pu être apporté par la ville. D’ailleurs, la mise en service d’un tramway dans le nouveau quartier, seul pan du projet à la charge de la municipalité, a été abandonnée faute de budget disponible.

Si « Liverpool One » a été concédé au privé, le choix, en 2000, de la foncière privée Grosvenor – dont le principal actionnaire est le duc de Westminster – pour amener les capitaux de départ et être le responsable du projet apparaît comme un gage de sérieux dans un pays où la noblesse anglaise reste un important propriétaire foncier du pays. Créée en 1677, cette institution possède les quartiers londoniens de Mayfair et Belgravia, soit 150 ha en plein cœur de la capitale britannique.

Le résultat urbanistique est imposant et à forte dominante commerciale. L’idée-force du projet a été de recréer un lien direct – rompu depuis des années – entre, d’un côté le quartier commerçant existant et celui des affaires, de l’autre les berges de la Mersey puis, plus loin, les docks rénovés. Pour ce faire, le choix d’une longue rue principale, exclusivement bordée sur trois niveaux de magasins et de restaurants, a été fait. Les voies adjacentes sont, soit des galeries commerçantes à ciel ouvert, soit d’anciennes rues où le rythme des bâtiments flambant neufs est parfois rompu par d’anciens immeubles restaurés.

Au final, 30 édifices commerciaux et résidentiels, ainsi qu’une station de pompiers et de bus ont été créés ou rénovés par vingt-sept architectes, les logements étant situés à la périphérie du nouvel ensemble. Ils se répartissent en six quartiers correspondant chacun à un type précis de clientèle. Un parc de 2 ha en pente douce constitue un dégagement bienvenu dans cet ensemble dense. Entouré d’un immeuble résidentiel de luxe et d’un Hilton, il accueille en sous-sol un parking de 2 000 places. Souci écologique ou impératif marketing, l’automobile est, en effet, bannie de la majeure partie du quartier.

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