[TO] Urbanisme et aménagement

Reconversion Scénarios urbains pourles friches militaires

Mots clés : Architecte - Architecture - Collectivités locales - Culte - Gouvernement et fonction publique - Politique du logement - Qualité de l'eau, de l'air et du sol - Rénovation urbaine

Confirmée par la récente réforme de la carte militaire, la cession du patrimoine de l’Armée intéresse les collectivités locales. Si l’impact économique du retrait des militaires est pointé du doigt, le foncier libéré permet d’envisager la construction de nouveaux quartiers.

L’annonce le 24 juillet de la réforme de la carte militaire a inquiété les élus des villes concernées. Le retrait des militaires de 83 sites d’ici à 2015 ne sera pas sans effet sur les économies locales. « Certains territoires vont payer un lourd tribut à la réorganisation des forces militaires, explique Jacques Brucher, chef de la Mission pour la réalisation des actifs immobiliers (MRAI) au ministère de la Défense. La ville de Metz va perdre 5 000 militaires d’ici à 2015, ce qui représente quasiment 20 000 habitants. » Des conséquences lourdes que l’Etat va accompagner par un dispositif visant à reconstituer le niveau d’emploi préalable au départ des militaires (voir page suivante).

Un patrimoine typé

Outre le défi économique, se pose la question du devenir urbain de ces sites, et de leur possible reconversion. Le sujet n’est pas nouveau : l’Armée est incitée depuis une vingtaine d’années à valoriser ses actifs immobiliers, que la fin du service obligatoire et la réorganisation des forces ont rendu inappropriés à un usage militaire. Citadelles, champs de tirs, poudreries, bases aériennes, casernes… Le patrimoine militaire reste typé, mais il trouve preneur : « Depuis 1987, date de la création de la MRAI, l’Armée a cédé des propriétés foncières et immobilières pour un total dépassant le milliard d’euros. Nous avons actuellement 400 emprises de toutes tailles à céder, sans compter les sites de défense concernés par la réforme de la carte militaire », ajoute Jacques Brucher.

Principaux acquéreurs : les collectivités locales, intéressées par ces emprises foncières souvent bien placées. En effet, la plupart des casernes ont été construites en centre-ville. Certains sites militaires, situés à l’origine à la périphérie des villes, ont été aussi rattrapés par l’étalement, et peuvent être intégrés au développement de celles-ci. Ainsi, l’ancienne base aérienne 122 de Chartres va être reconvertie en un quartier organisant la transition entre tissu dense et plaine céréalière (voir ci-dessus).

Autre caractéristique des friches militaires : leur taille, propice à l’aménagement de nouveaux quartiers. Leur emprise d’une dizaine d’hectares permet une échelle d’intervention de plus en plus rare dans les centres urbains. « Les casernes ont été en plus conçues avec de vastes espaces publics, comme les places d’armes et les cours d’honneur. Ce type d’espaces manque parfois cruellement aux villes », explique l’urbaniste François Leclercq. A Dijon, le sol de la caserne Junot, entièrement minéral, a laissé place à un cours enherbé sur 365 m de linéaire. Espaces publics généreux, offre renouvelée de logements, de bureaux, d’activités, de commerces…, la reconversion d’anciens sites de défense dynamise le tissu urbain.

La dépollution, un frein aux reconversions

Elle peut aussi révéler un patrimoine jusqu’alors rendu invisible par d’imposants murs d’enceinte. Les bâtiments militaires sont souvent bien construits, certains datant même de l’Ancien régime, et nombreux sont ceux qui se prêtent à un usage urbain. Ils constituent une passerelle entre le passé militaire d’un site et son devenir de quartier de ville. Ainsi, les anciens ateliers de construction navale du plateau des Capucins à Brest vont servir d’emblème au futur quartier posé sur l’éperon rocheux surplombant le fleuve Penfeld (voir pages précédentes).

Avant que ces reconversions puissent produire leurs effets, l’attente est cependant longue. A Epernay, les travaux menés sur les casernes Rolland et Marguerite se sont achevés six ans après les premières études, mais cette durée est exceptionnelle. Les réalisations menées sur des friches militaires suivent une procédure spécifique (voir entretien page ci-contre) : comités de pilotage ad hoc, négociation foncière ne débutant qu’une fois le projet urbain défini, etc.

La phase de dépollution peut en particulier freiner les reconversions. A Dijon, la réhabilitation des sols de la caserne a ainsi nécessité l’excavation de 4 000 tonnes de terres polluées aux hydrocarbures. Outre les pollutions industrielles, il peut arriver qu’une dépollution pyrotechnique, liée à l’utilisation d’engins explosifs dans le passé du site, soit nécessaire. Le début des travaux peut être alors retardé de trois ans. Un délai handicapant que la récente loi de modernisation sur l’économie a réduit, en donnant la possibilité aux acquéreurs des friches militaires de mener eux-mêmes la phase de dépollution, le coût étant déduit du prix de vente.

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Brest Des ateliers navals reconvertis en équipements

Bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville de Brest s’est reconstruite en tournant le dos à la Penfeld, petit fleuve côtier. Sur ses rives, séparées du tissu urbain par des falaises taillées dans le granit, l’arsenal et les ateliers de construction navale se sont développés. Aujourd’hui cependant, la ville amorce la reconquête urbaine des sites abandonnés par l’Armée. Ainsi, la reconversion des 13 ha du plateau des Capucins, utilisé jusqu’en 2005 par la Marine nationale, a été précisée au terme d’un marché de définition, remporté en 2006 par l’équipe Fortier. La topographie de cet éperon rocheux, en terrasses sur la rivière, délimitera les fonctions du futur quartier, desservi en 2011 par le tramway. A l’ouest du plateau, au point haut du site, des îlots ouverts de logements surplomberont une place centrale dévolue aux activités, aux bureaux et à l’offre hôtelière. Au point bas du site, des ateliers de réparation datant du XIXe siècle seront reconvertis en équipements sur 35 000 m2. Une surélévation contemporaine coiffant, en retrait des sheds, les anciennes nefs de montage marquera le devenir des ateliers, vitrine des pôles d’excellences de la ville (océanographie, design, image et son, etc.). Véritable colonne vertébrale du quartier, une promenade piétonne bordée de commerces reliera ces éléments séparés par la topographie, faisant la couture urbaine avec le quartier de Recouvrance et la rue du Carpon, situés en contrebas.

Maîtrise d’ouvrage : Brest Métropole Océane.

Aménageur : BMA (Brest Métropole Aménagement).

Programmation (Ateliers) : Cabinet Aubry & Guiguet.

Maîtrise d’œuvre : Bruno Fortier Architectes, architecte-urbaniste (mandataire) ; Atelier de l’Ile, architectes-urbanistes ; Jean-Thierry Bloch, ingénierie ; Pena et Pena, paysagiste ; Light Cibles, conception lumière ; Technip, BET environnement ; Inex, VRD ; Access, sécurité incendie.

Surface : 13 ha.

Programmation : 500 logements, dont 150 sociaux ; 20 000 m2 Shon d’activités, de bureaux et de commerces ; 35 000 m2 Shon d’équipements (reconversion des ateliers).

Création de la ZAC : d’ici à fin 2008.

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Des mesures pour accompagner les restructurations militaires

La nouvelle carte militaire, annoncée le 24 juillet, a confirmé l’accélération du mouvement de cession des actifs militaires. 83 sites, dont certains fermeront à partir de 2009, sont concernés par ces restructurations. Un dispositif d’accompagnement a été mis en place, doté de 320 millions d’euros d’aides d’ici à 2015. Elles iront pour trois-quarts aux villes enregistrant des pertes supérieures à 200 emplois directs, sous forme d’un contrat de redynamisation de site de défense (CRSD). Visant à reconstituer le niveau d’emploi avant le départ des militaires, elles seront proposées aux villes pour 24 premiers sites (2 à 10 millions d’euros par site). La relocalisation de 5 000 emplois publics d’ici à 2015 et des exonérations fiscales et sociales s’y ajouteront. Le quart nord-est du pays, très touché, fera l’objet d’une mission spécifique.

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Chartres Vues cadrées sur la cathédrale pour l’ex-base aérienne

La base aérienne 122 s’était implantée au nord-est de Chartres sur le premier aérodrome civil de France. L’utilisation militaire du site a été stoppée en 1995, les franges de ses 350 ha étant peu à peu grignotées par un urbanisme d’opportunités. Souhaitant préciser l’organisation du site et engager les négociations foncières avec l’Etat, la Ville a lancé une étude de définition, remportée par l’équipe Osty en 2007. Le projet d’ensemble se compose sur la grande échelle paysagère, organisant des cônes de vues variés (perspectives continues, vues cadrées, ponctuelles…) sur Notre-Dame de Chartres, classée au Patrimoine mondial de l’humanité et protégée par une directive paysagère. Entrée de ville, la RN10 sera requalifiée en avenue urbaine, déviée pour être pointée sur la cathédrale. Le déplacement du centre commercial, semi-enterré sous une toiture végétalisée, permettra de requalifier en profondeur le quartier de la Madeleine. Un front urbain s’y développera sur l’avenue, tandis que des espaces publics logés sous l’ancienne route nationale relieront l’intérieur du quartier au centre commercial. C’est à l’arrière du quartier du Balcon, en couture ouest du tissu existant, que pourrait être lancée une première tranche de 379 logements.

Maîtrise d’ouvrage : ville de Chartres.

Etude de définition : Atelier Jacqueline Osty & associés, paysagiste (mandataire) ; Attica, urbaniste ; Thierry Fougères, programmiste ; STC, BET circulation ; Iosis, BET infrastructure.

Périmètre d’étude : 350 ha.

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« Une reconversion envisagée en amont a plus de chances d’aboutir »

Jacques Brucher, chef de la MRAI (Mission pour la réalisation des actifs immobiliers), auministère de la Défense.

Comment se déroule la cession d’un ancien site de défense à une collectivité locale ?

Lorsque l’activité militaire d’un site est abandonnée, nous contactons directement les villes afin d’envisager sa reconversion, en liaison avec le service de France Domaine du département. Des études urbaines, financées par la MRAI, sont confiées à un bureau d’études, choisi avec le maire. Les phases de diagnostic, de proposition et de programmation aboutissent à un scénario urbain. La négociation foncière peut alors commencer sur la base de ce projet, évalué par les Domaines. Ce sont les usages futurs du site qui en fixent le prix. Celui-ci peut d’ailleurs être réévalué si le projet évolue. Après accord sur le foncier, la reconversion suit la chronologie classique d’une opération d’aménagement. Il faut compter au minimum cinq ans entre la libération du site et la livraison des premiers bâtiments.

Pourquoi certaines reconversions rencontrent-elles des difficultés ?

Certains territoires souffrent d’un manque d’attractivité où un foncier disponible, même bien placé, ne va pas forcément intéresser les villes. L’aspect financier peut également être un frein à la reconversion. Les collectivités n’ont pas toujours la capacité à prendre en charge ces nouveaux aménagements, et un projet peut tarder à voir le jour, faute d’accord sur le prix du foncier.

A cette question s’ajoutent des contingences techniques, liées à la dépollution des terrains militaires. Ainsi l’historique d’un site peut nécessiter une dépollution pyrotechnique particulièrement complexe et longue. Enfin, un changement d’élus remet parfois en cause le contenu d’un projet de reconversion.

Quelles sont les mesures spécifiques prises pour les villes touchées par la nouvelle carte militaire ?

Il faut bien comprendre que la nouvelle carte militaire est un document de réorganisation des forces à l’intérieur du territoire, et non une carte des disponibilités foncières à venir d’ici à 2014. Pour certains sites, la restructuration va s’accompagner de la relocalisation d’effectifs militaires. Cela ne sera, bien sûr, pas le cas partout. Pour les villes les plus durement touchées, les préfets sont chargés de réunir des comités de redynamisation des sites de défense, avec des dotations économiques allant de deux à dix millions d’euros par site et des incitations fiscales. Ces aides ne compenseront pas le départ des militaires, mais elles peuvent faciliter la mutation de ces territoires. L’expérience montre qu’une reconversion envisagée en amont a plus de chances d’aboutir.

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Dijon Un large axe vert piéton remplace l’ancienne place d’armes

Au nord de Dijon, l’avenue du Drapeau, ancienne « route des Casernes », sera desservie par le tramway à l’horizon 2013. En attendant, le mur d’enceinte de la caserne Junot a déjà laissé place à un front urbain discontinu, composé de plots de quatre étages abritant logements et commerces. Seul témoin du passé du site, un bâtiment militaire a été reconverti en logements. Choisis sur concours, les architectes-urbanistes Dusapin et Leclerq ont d’abord misé sur l’insertion urbaine de ce nouveau quartier de 1 500 habitants.

A l’est du site, en continuité du tissu pavillonnaire existant, un habitat bas mais groupé a été mis en œuvre. Les épannelages sont ensuite croissants vers l’intérieur du quartier où un large cours, traité comme un parc linéaire, collecte les eaux pluviales, drainées ensuite vers un bassin de stockage de 80 m2. Support des circulations douces à l’intérieur du quartier, il dessert les plots de logements collectifs et le gymnase. Les neuf promoteurs de la ZAC ont suivi un cahier des charges ciblant les techniques environnementales : chauffe-eau solaire, toitures végétalisées, porosité des sols… Une typologie variée d’habitat a également été mise en œuvre sur l’ancienne caserne : maisons individuelles, immeubles collectifs, villas sur toit, duplex…

Maîtrise d’ouvrage déléguée : Semaad (Société d’économie mixte d’aménagement de l’agglomération dijonnaise).

Etudes urbaines : Dusapin et Leclercq, architectes-urbanistes ; Bruno Tanant, paysagiste ; Tribu, BET HQE.

Maîtrise d’œuvre opérationnelle : cabinet Merlin, urbaniste ; Marc Thomson, paysagiste.

Surface : 9,3 ha.

Programmation : 600 logements (dont 120 sociaux) ; 1 500 m2 de commerces ; hôtel (80 chambres) ; crèche (60 places) ; gymnase.

Durée des travaux : 2003-2008.

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