Technique et chantier

Quelles nacelles pour la construction métallique ?

Mots clés : Bardage - Matériel - Equipement de chantier

Bâtiment. Si les nacelles ciseaux ont la faveur des spécialistes du bardage métallique, d’autres matériels de levage sont à prévoir en appui dans certaines circonstances.

Jean, l’opérateur, referme le portillon de la nacelle derrière lui. Avec ses chaussures de sécurité et son casque de protection, on dirait un alpiniste de retour d’expédition. Sauf qu’ici, pas de montagne à gravir mais un bardage métallique à monter sur la charpente d’un entrepôt de près de 18 m de haut, qui court sur plusieurs centaines de mètres de long. Une opération relativement simple, à entendre le conducteur de travaux. Le sol est plat, stable, et la physionomie du futur bâtiment est on ne peut plus basique. Ce n’est pas toujours le cas… et « il y a presque autant de nacelles que de chantiers, d’où l’importance de se poser les bonnes questions », rappelle François Salomez, directeur marketing de l’entreprise de location Salti.

L’embarras du choix

S’agit-il de maintenance, de réparations ou de construction ? Y a-t-il beaucoup d’obstacles ? Et sur quel type de terrain le matériel va-t-il évoluer ? De la terre ? De l’asphalte ? Entre les nacelles ciseaux, les nacelles articulées et les nacelles téléscopiques, celles sur pneus et même… sur chenilles, il n’y a que l’embarras du choix. L’offre est d’autant plus large qu’outre l’usage ou le terrain, il faut aussi tenir compte de la hauteur de travail. Dans son catalogue, Haulotte propose au moins 53 machines différentes. Il y a aussi la motorisation. « Dès que l’on travaille en intérieur, les moteurs électriques s’imposent à cause des gaz d’échappement », confirme Yann Schenowitz, directeur des achats de Loxam. En France, l’industrie, la distribution et les immeubles de bureaux ont largement recours au bardage métallique. Ces bâtiments ou entrepôts, relativement simples dans leurs structures, offrent de grandes surfaces planes, ce qui encourage les bardeurs à privilégier les nacelles ciseaux qui permettent de travailler au plus près des bâtiments. « En règle générale, les bardeurs qui interviennent sur ce type de chantier y ajoutent une nacelle articulée ou une nacelle télescopique permettant d’atteindre des endroits difficiles d’accès grâce à leur mât. Elles peuvent ainsi franchir d’éventuels obstacles comme des corniches ou des balcons », témoigne Franck Cazarre, directeur de la filiale française de Haulotte. Le renfort d’une nacelle articulée s’avère particulièrement précieux pour l’installation d’une ventilation mécanique controlée (VMC) ou d’un réseau électrique. Une nacelle télescopique est idéale pour franchir des obstacles comme une voie ferrée ou des poutrelles métalliques extérieures qui rendraient l’accès direct à la façade impossible. Parmi les autres matériels indissociables, il y a enfin le chariot élévateur télescopique. « Les bardeurs s’en servent pour monter des charges, poursuit Franck Cazarre. Pratique si l’on veut éviter d’être rapidement en surcharge au niveau du panier, ou que l’on rechigne à monter et à descendre constamment pour aller chercher des outils. » Car il en faut de la place pour loger les plaques de métal à monter ! Si l’on ajoute à cela le poids des deux opérateurs chargés d’habiller le bâtiment, le poids maximal autorisé est vite atteint, même si une nacelle ciseaux qui monte à 18 m de hauteur peut embarquer 500 kg en moyenne, contre seulement 230 kg pour une nacelle articulée qui travaillerait à la même hauteur. Face à autant de contraintes et de machines aux caractéristiques techniques différentes, la plupart des utilisateurs préfèrent se tourner vers la location.

Harnachage de rigueur

« Le temps de l’achat est révolu », confirme Hervé Caretero, directeur de travaux chez Castel & Fromaget (groupe Fayat). Ce que cherche le numéro un français du bardage métallique qui loue 90 % des engins qu’il utilise ? « Des machines récentes qui nécessitent le moins d’entretien possible ». François Salomez, chez Salti, n’est pas surpris : « C’est la même logique que pour les flottes automobiles. Les entreprises n’ont pas envie d’avoir à gérer l’entretien, ni que cela pèse sur leurs comptes. » Et la sécurité dans tout ça ? Manœuvrer une nacelle n’est pas sans risque. En 2013, la Fédération internationale du matériel d’accès en hauteur (Ipaf) a recensé 53 accident mortels, dont 2 en France. « La première cause d’accident est le retournement de la machine. C’est pourquoi il vaut mieux faire circuler ces engins sur des terrains aplanis et stabilisés », peut-on lire dans son rapport. La deuxième cause de décès est la chute depuis le panier. Si celle-ci survient souvent à cause d’une « acrobatie » de l’opérateur, elle résulte parfois de l’« effet catapulte » : le chaos d’une roue passant dans un trou se répercute le long du mât, s’amplifie et provoque alors un violent mouvement du panier. Dans ce cas, il n’y aurait pas mort d’homme si l’opérateur portait un harnais… Une recommandation simple que Jean, qui travaille dans la zone industrielle de Lille et dont l’équipement nous faisait penser à celui d’un alpiniste, admet ne pas suivre systématiquement… Il est malheureusement loin d’être le seul.

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« Le travail est beaucoup moins pénible »

Akim Cheblal, conducteur de nacelles chez Smac

« Il n’y a pas quinze ans, on travaillait avec des échafaudages. Avec les nacelles, le travail est beaucoup moins pénible. Quelle que soit leur configuration, ces engins sont, de manière générale, assez simples à utiliser, mais ce n’est pas une raison pour oublier les règles de sécurité élémentaires : ne pas rouler lorsque le panier est à plusieurs mètres du sol, accrocher son harnais de sécurité, etc. Ces réflexes ont beau être simples, ils sont aussi faciles à oublier… »

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Retour d'expérience - La Smac préfère faire appel à la location

Malgré la pluie fine qui tombe sans interruption depuis le début de la journée, les nacelles n’interrompent pas leur ballet aérien. « Nous avons des délais à tenir!» rappellent Thierry Houzé et Mickaël Hamy, respectivement conducteur de travaux et directeur de l’agence Nord de Smac. Le chantier, qui court sur plus de 20 000 m2 au sol, compte plusieurs bâtiments classés qui abritaient auparavant la bourse du travail ; ces derniers sont aujourd’hui amenés à être transformés en établissement scolaire. « Il faut vraiment que les conditions météorologiques soient exécrables pour que l’on se résigne à s’arrêter», poursuit Thierry Houzé. Sur cette friche industrielle, située à Lille, plusieurs entreprises du bâtiment s’ affairent.Et mieux vaut ne pas prendre de retard, « car les autres corps de métier ne nous attendent pas», poursuit Thierry Houzé. Si les charpentiers terminent leur travail et que nous n’avons plus d’accès direct à la façade, ce sera alors à nous de trouver une solution, comme de faire appel à des cordistes, par exemple». Et, évidemment, cela a un coût… Voilà aussi pourquoi l’entreprise spécialisée dans le bardage et les travaux d’étanchéité a choisi de se tourner vers la location.En optant pour cette solution, plus de problème d’entretien, de logistique ou de documents administratifs à fournir aux assurances. L’entreprise peut se concentrer sur son métier. Pour l’instant, quatre machines occupent le terrain: deux nacelles télescopiques de 43 et 26m, une nacelle ciseaux de 22m et un chariot télescopique. Mais William Leblanc, représentant de Salti, le loueur de nacelles, sait que «cette configuration sera amenée à évoluer au fur et à mesure de l’avancée des travaux».Car les questions de déport, d’encombrement, d’accessibilité du site ou encore de portance du sol ne sont pas les seuls paramètres dont ilfaut tenir compte. Il faut aussi prévoir les pannes et être réactif lorsque la situation se présente.

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« Les articulées passent partout »

Grégory Carlier, conducteur de nacelles chez Espace Aluminium du Vermandois (EAV)

« Depuis que j’utilise des nacelles articulées, je ne leur trouve pas beaucoup de défauts. Elles passent partout et leurs mouvements sont fluides. Le principal point négatif, c’est leurs systèmes de sécurité. Parfois, on se dit qu’il y en a trop ! Il suffit d’être en hauteur et que le vent se lève pour que l’engin se bloque et indique une surcharge, alors que la charge maximale n’est pas dépassée. Quant au harnais de sécurité, c’est vrai qu’il est important, mais il réduit notre liberté de mouvements et nous empêche d’être parfaitement à l’aise lorsque nous travaillons. »

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Retour d'expérience - Un parc à géométrie variable pour Soprema

Des nacelles électriques, thermiques, des télescopiques et d’autres ciseaux. Il y a aussi des chariots.En tout, six machines que Soprema a louées à Loxam pour habiller les locaux industriels de la coopérative laitière SFPL, à Abbeville (Somme), d’un bardage métallique. Sur le chantier, d’autres sous-traitants en utilisent aussi. C’est notamment le cas de l’entreprise Espace Aluminium du Vermandois qui est chargée de poser les fenêtres et d’en assurer l’étanchéité. L’agence locale de location Loxam se trouve à proximité du site mais la plupart des engins viennent de l’agence d’Amiens, à environ quarante minutes de trajet parla route. «Étant spécialisés dans les nacelles [Loxam Amiens en possède 73, NDLR], notre parc est bien plus important que celui de notre agence d’Abbeville qui, elle, est une agence généraliste», justifie Franck-Olivier Froment, chef d’agence. Le chantier ne présente pas de difficulté majeure, que ce soit au niveau des sols ou de son accessibilité, même si, à certains endroits, des parties du terrain sont en pente et que, dans d’autres secteurs, des poutres métalliques quadrillent les façades extérieures. Dans ces deux derniers cas, le recours à des nacelles ciseaux est impossible, et les nacelles télescopiques prennent le relais. Rien de bien méchant, donc. Ce qui n’empêche… L’hiver approche, et il y a des délais à tenir. Pour suivre la cadence, le conducteur des travaux de Soprema fait savoir qu’il lui faut deux nacelles supplémentaires capables de se hisser à 43m de haut. Franck-Olivier Froment n’en a plus qu’une de disponible dans l’agence d’Amiens. Mais un simple coup de fil aux autres agences du réseau lui permet de trouver la machine qui lui manque.

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