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Quelle chargeuse pour le front de taille ?

Mots clés : Matériel - Equipement de chantier

Carrières. Le choix d’une chargeuse ne s’improvise pas. Son coût d’exploitation n’est pas le seul paramètre à prendre en compte car ses dimensions et sa productivité ont un impact direct sur les autres équipements de la carrière.

Le groupe de travaux publics Charier et les Carrières du Boulonnais ont fait machine arrière presque en même temps. Caterpillar était pourtant sûr d’avoir trouvé la solution lors du lancement de la 993K, il y a maintenant sept ans. La 994K ? Une « belle bête », certes, mais bien trop grosse pour le marché français. Les deux entreprises s’étaient alors rabattues sur la 992G, bien qu’un peu sous-dimensionnée à leur goût. Lorsque Caterpillar a présenté la 993K, les Français n’ont pas mis longtemps à se laisser séduire. Ils tenaient enfin leur chargeuse de taille intermédiaire entre la 994K et la 992G, ni trop grosse ni trop petite…

Remplacer le matériel à temps

Sept ans plus tard, Charier a décidé de remplacer sa 933K par… une 992K ! Les Carrières du Boulonnais, elles, n’ont attendu que trois ans pour amorcer le même mouvement ! Comment expliquer un tel retournement de situation ? « La durée de vie d’une chargeuse de ce type est d’environ 14 000 heures. Or, sachant qu’une machine comme celle-ci fonctionne en moyenne 2 000 heures par an, il était temps de la remplacer », justifie Paul Bazireau, président du directoire de Charier. Il y avait aussi les pneus à changer, à 50 000 euros pièce. Coût de l’investissement : près de 200 000 euros ! Un peu cher pour prolonger sa vie que de quelques mois seulement… Il faut dire qu’entre-temps, les volumes extraits dans la carrière de la Clarté, à Herbignac, en Loire-Atlantique, ont diminué de près de 30 %.

Une productivité à tenir

Dans ce contexte, vers quel modèle se tourner ? Si le choix d’une chargeuse dépend évidemment des volumes extraits, d’autres paramètres doivent être pris en compte. Quelle est la capacité de chargement des tombereaux utilisés ? Quel est le volume horaire visé ? Quelle est la capacité du concasseur primaire ? Sur le site de la Noubleau, dans les Deux-Sèvres, lorsque les Carrières Roy ont été amenées à remplacer leurs deux chargeuses Caterpillar 992G − 30 000 heures au compteur −, l’entreprise en a profité pour repenser l’ensemble de la production. « Komatsu et Caterpillar sont arrivés à la même conclusion. Il nous fallait un godet de 14 m3. Or, avec la 992G, nous étions limités à 12 m3, précise Ludovic Goussé, chef de carrière. La trémie de notre concasseur primaire a été dessinée en fonction des bennes de nos cinq tombereaux 777, et il n’était évidemment pas question d’en changer. » Les Carrières Roy finiront par trancher en faveur de la WA900 de Komatsu et son godet de 14 m3 qui lui permet de procéder à quatre passes au lieu de cinq précédemment. « Notre primaire giratoire affiche un débit de 1 500 à 1700 t/h. Et nous pouvons même y placer des blocs de 1 m3 ! C’est un très gros investissement. Mais, pour que ce matériel reste opérationnel, il faut constamment l’alimenter ; sinon, on prend le risque de casser des pièces… » C’est d’ailleurs dans le même sens que l’organisation du travail a été repensée : maintenir la productivité, voire l’augmenter, tout en évitant les ruptures. « Chez nous, les chauffeurs sont payés pour rouler ! La mise en route des matériels, les pleins et autres contrôles, c’est notre service maintenance qui s’en occupe avant que les chauffeurs n’arrivent », poursuit Ludovic Goussé.

Coûts d’exploitation

Charier a déboursé 1,5 million d’euros pour s’offrir la 992K. Pourtant, malgré ce prix élevé, le coût d’exploitation de ces chargeuses XXL ne se limite pas à leur amortissement. Selon les estimations, sur une exploitation moyenne de 30 000 heures, celui-ci ne représenterait que 25 % ! Carburant, frais de réparation et de maintenance, pneumatiques, lubrifiants… Voilà où se cachent les 75 % restants. « L’un des plus gros postes de dépenses, c’est le carburant ! » reconnaît José Lambert, responsable d’exploitation à la Carrière du Boulonnais. Le site s’étend sur 2,5 km de long et 1,5 km de large. Or une chargeuse comme la 992K consomme en moyenne près de 100 l/h ; un tombereau, 60 l/h… Le poste carburant s’envole d’autant plus vite sur un site comme celui-ci qui fonctionne en trois postes… Mais que représente vraiment cette dépense dans les coûts d’exploitation d’une chargeuse ? Pour le savoir, Caterpillar a analysé les données télématiques des milliers d’engins qu’il suit sur des chantiers. Pour une chargeuse de seulement 220 ch, par exemple, le carburant représente 56 % des coûts d’exploitation ; la maintenance, 18 % ; le changement des pneus, 15 % ; et les réparations, seulement 11 %… La preuve, s’il en est besoin, que ces machines, à défaut d’être des modèles de sobriété, sont plutôt fiables !

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« Nous montons des chaînes sur le train avant »

José Lambert, responsable du service exploitation des Carrières du Boulonnais, à Ferques

« Sur ces machines, les pneumatiques coûtent cher, il faut les préserver au maximum. Voilà aussi pourquoi nous préférons mettre des chaînes sur les pneus du train avant. Même si cet équipement coûte lui aussi cher, il s’amortit en réduisant l’usure des pneus. Une carrière est un terrain accidenté, où, en plus des risques de coupure liés aux arêtes des blocs rocheux, il y a beaucoup de montées et de descentes, et de la boue quand il pleut. »

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Retour d'expérience - Adapter ses équipements à la demande des clients

Les Carrières du Boulonnais, à Ferques, dans le Nord-Pas-de-Calais, sont la plus grande exploitation de France. Il n’empêche. L’entreprise est aussi confrontée au ralentissement des commandes  de 6 millions de tonnes il y a un an, les volumes extraits devraient s’élever à 5,3 millions de tonnes cette année. Et elle doit également adapter ses équipements. Dédiées au chargement de quatre tombereaux rigides Caterpillar 777 (100 t de capacité de charge), d’un HD785 Komatsu (100 t de capacité de charge) et d’un plus petit modèle de 60 t, deux chargeuses Caterpillar 992K ont été choisies pour succéder à une 992G et à une 993K, qui affichaient respectivement environ 25 000 et 15 000 heures d’utilisation. « Nous avons profité du renouvellement de nos machines pour adapter nos équipements à la demande de nos clients », témoigne José Lambert, responsable du service exploitation. L’heure est davantage à la rationalisation qu’à la folie des grandeurs. Ce que confirme François Carrier, responsable produits de Bergerat Monnoyeur, le concessionnaire Caterpillar pour la France : « Avec la conjoncture actuelle, la course au gigantisme n’est plus vraiment d’actualité. C’est sûr. »

Les Carrières du Boulonnais n’en demeurent pas moins une référence dans le domaine des carrières. Chaque jour, ce sont 35 000 t de roche massive qui sont ainsi arrachées du sol, et 4 t d’explosifs maison utilisées sur le site de Ferques. Le passage de la 993K à la 992K entraîne seulement une passe supplémentaire  cinq au lieu de quatre  pour charger 100 t, du fait de la diminution de la taille du godet des machines. Et cela sans remettre en cause la productivité. « Si nous sommes près du concasseur, nous pouvons mettre trois tombereaux de 100 t et un de 60 t. En revanche, si nous sommes loin  la distance maximale avec le front de taille le plus éloigné du concasseur primaire est de 2,5 km , alors nous faisons appel aux cinq plus gros tombereaux », conclut José Lambert.

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« Nous voulions des dumpers de 125 ou 130 t »

Ludovic Goussé, chef de carrière aux Carrières Roy

« À l’origine, notre idée était de passer de deux chargeuses à une seule chargeuse et de cinq tombereaux à trois tombereaux, mais d’une capacité comprise entre 130 ou 125 t au lieu des 100 t actuelles. Nous n’avons pas franchi le pas car, financièrement, c’est tout de même assez compliqué… Et puis, en France, ce type de camion n’est pas commercialisé. Ce qui n’est évidemment pas idéal pour le service après-vente et les pièces de rechange… »

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Retour d'expérience - Les Carrières Roy ont fait le choix d'une Komatsu

Avant d’adopter la WA900 de Komatsu, les Carrières Roy possédaient deux Caterpillar 992G et cinq tombereaux d’une capacité de 100t.Les deux premières machines arrivaient en fin de vie après respectivement 16 000 et 30 000 heures de bons et loyaux services. Mais elles étaient surtout surdimensionnées. «Nous devions constamment attendre les camions,ce qui, évidemment, avait un impact surla productivité», regrette Ludovic Goussé, chef de carrière. La carrière est exploitée sur huit fronts de taille, d’où l’importance d’avoir des engins à translation rapide, comme les chargeuses, pour aller d’un front de taille jusqu’au concasseur primaire sans perdre de précieuses minutes. Les Carrières Roy sont donc passées de deux chargeuses à une seule, mais avec un godet plus important : 14 m3 contre 11,5 m3 pour les Caterpillar 992G. «Nous possédions aussi une pelle de 45 t, mais qui arrivait en fin de vie. Nous en avons donc profité pour en racheter une de 80 t, équipée d’un godetde 4,5 m3 : une Caterpillar 374D LME. »Sur un site aussi étendu, pas question d’utiliser la pelle à la production ! L’engin sert davantage aux aménagements, aux finitions et… de «roue de secours» si jamais la nouvelle chargeuse, acquise en 2013, venait à tomber en panne ce qui n’est encore jamais arrivé. La pelle sert surtout au décapage. «Nous faisons unepremière passe avec un bouteur D7E (Caterpillar), puis nous retirons la couche d’argile avecla pelle sur une hauteur d’environ 5m, poursuit Ludovic Goussé. C’est seulement après que démarre la phase d’élimination des stériles avec la chargeuse sur 7 à 8m de hauteur, avant de réutiliser la pelle et le bouteur pour nettoyer le gisement. »

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