Architecture Technique Reconversion

Quand l’usine cède la place au centre culturel

Mots clés : Établissements industriels, agricoles, ICPE - Manifestations culturelles - Salles d'audition, de conférences, de réunion, spectacles ou à usages multiples

Dans le Bas-Rhin, une ancienne chaufferie s’est faite maison des Arts. L’espace y a été réinvesti en conservant une partie de la mémoire industrielle.

Entre l’Ill et le canal de dérivation, l’île de la Muhlmatt à Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin) était autrefois occupée par la SACM, une entreprise qui fabriquait des locomotives. Une partie de l’usine a cédé la place à des habitations, à l’exception d’une extrémité où la nature a repris ses droits, lui conférant une dimension quelque peu sauvage. C’est là, dans cette espèce de bout du monde pourtant très proche du centre-ville, que s’élève dorénavant la Vill’A (« Vill’ », comme porté par la municipalité, « A », comme art, ailleurs, autrement, amateur, etc.), un équipement culturel destiné à encourager les pratiques artistiques. La Ville disposait déjà d’une école de musique et de danse, ainsi que d’ensembles associatifs éparpillés sur douze sites. Jacques Bigot, maire de la commune depuis 1995, a souhaité les rassembler tout en les ouvrant à d’autres disciplines : cirque, théâtre, arts plastiques, arts numériques. « Plus que l’excellence, notre objectif est d’encourager les amateurs à découvrir de nouveaux domaines, explique Pascale-Eva Gendrault, maire-adjointe, déléguée à la Culture. Nous ne voulions pas d’un établissement où l’on consomme les activités mais au contraire un lieu de rencontres, de partage et d’émulation. » Des enjeux qui correspondaient précisément à l’état d’esprit et au savoir-faire des architectes François Chochon et Laurent Pierre. En travaillant l’occupation de l’espace, les circulations et les perceptions à l’extérieur comme à l’intérieur, ils créent un lieu de vie qui suscite la créativité.

Le monde des scories.

Considérant les conditions d’accès comme indispensables au bon fonctionnement de l’équipement, ils projettent, dès le concours, d’édifier une passerelle – non prévue dans la consultation – pour créer un lien cohérent entre la ville, la nature et l’architecture. Porté par une forêt de piliers, l’ouvrage s’élève en pente douce vers le parvis, créé de toutes pièces à 4 m de hauteur. Le hall d’accueil s’installe donc au premier étage, « au-dessus du monde obscur des scories » où l’on évacuait autrefois le charbon et où sont notamment abrités les espaces les plus performants en termes d’acoustique. Du passé industriel seules demeurent trois façades et la travée centrale en béton brut des silos de stockage, conservées pour leurs qualités structurelles et patrimoniales, la notion de patrimoine devant servir ici à « s’interroger sur la manière dont il peut féconder le présent, a fortiori pour un lieu de création ! », souligne François Chochon. Restait donc un grand vide. Une aubaine pour les architectes qui s’y entendent à sculpter l’espace. Déclinant la métaphore du process, les architectes implantent des « moteurs » à vocation culturelle en préservant l’effet de volume monumental. Le projet ayant trouvé sa puissance, ils le laissent « vivre sa vie ». L’occasion pour Gaston Valente, architecte strasbourgeois associé au duo parisien, de prendre le relais sur le chantier et de s’exprimer sur certains détails d’exécution.

Au-delà de ces dispositifs techniques et fonctionnels, il résulte de cet assemblage de « moteurs » une imbrication d’espaces et d’interstices plus ou moins dilatés, hermétiques, indépendants. Chacun à sa façon génère des perceptions qui contribuent à enrichir les parcours : ici, une boîte avec vue sur la nature ; là, une perspective intérieure ; ailleurs, dans l’élargissement d’une circulation, un salon, mais aussi une faille, une « galerie des Glaces ». S’il y a de l’étonnement à parcourir le lieu, c’est qu’il y a eu, incontestablement, du plaisir et de la générosité dans la « manière » (comme on le disait des peintres de la Renaissance) de le réaliser : le plaisir de fabriquer un édifice social et la générosité de ne jamais perdre de vue l’usager.

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ENCADRE

L’ œil de la rédaction.

Contrairement à la domesticité rassurante que son nom évoque, la Vill’A ne se laisse pas apprivoiser au premier regard. L’atmosphère du lieu, l’importance des formes, les sensations physiques qui en résultent : tout est suggéré et implicite. Ce qui est le propre d’une poétique de l’espace.

ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : Ville d’Illkirch-Graffenstaden. Maîtrise d’œuvre : François Chochon & Laurent Pierre, architectes, Atelier Gaston Valente, architecte associé, BET : Egis Bâtiments Grand Est (TCE, économiste), Changement à vue (scénographie), Vivié et Associés (acoustique), Base (paysage). Principales entreprises : Bilfinger (gros œuvre), Muller Rost (charpente métal), Couvrest (façades vitrées et verrières), Hefi SAS (menuiseries extérieures), Wehr (plâtrerie isolation intérieure, faux plafonds). Surface : 4 200 m² Shon. Coût des travaux : 9,8 millions d’euros HT.

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