Architecture Technique Risques naturels

Quand l’architecture prend l’eau

Mots clés : Architecture - Sécurite civile

De plus en plus, les bâtiments se protègent des inondations en accueillant l’eau…

Avec les changements climatiques, les zones inondables sont appelées à se multiplier, au moment même où la population mondiale continue d’augmenter (3 milliards de plus en 2050). Pour conquérir de l’espace, il faudra compter avec la réserve foncière que constituent les zones exposées aux risques d’inondations. A cela s’ajoute une urbanisation effrénée qui, selon les experts, aurait la part de responsabilités la plus importante dans les inondations qui se produisent en zones a priori non inondables, sur le littoral, dans les villes bâties sur les pentes des collines, sur des terrains plats à l’intérieur des terres.
Dans ce contexte, il s’agit d’accepter l’eau et non plus de la combattre, celle-ci devenant un matériau à part entière dans la conception des édifices, au même titre que les matériaux solides. Et puis, n’a-t-elle pas été de tout temps un élément à fort potentiel poétique au même titre que la lumière ? Peintres, photographes, cinéastes, etc. s’en emparent depuis toujours. Aux architectes de déployer l’inventivité nécessaire pour intégrer le risque inondations et s’adonner à de nouveaux plaisirs créatifs.

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« Construire en zone inondable est une très belle contrainte »

« Le coût de construction de grands ouvrages spécifiques pour retenir l’eau serait aujourd’hui beaucoup trop élevé. On en vient aujourd’hui à accepter cette eau après l’avoir combattue. Mais, pour cela, les architectes doivent travailler avec les pouvoirs publics, leur bureau d’études techniques en VRD, les agences de l’eau, etc. Ils doivent se renseigner précisément sur le contexte géographique, sur les règlements pour pouvoir jouer avec. Bref, ils doivent se faire plaisir et, pour une profession qui aime les contraintes, construire en zone inondable est une très belle contrainte. »

Christian Piel, urbaniste et hydrologue (Urban Water).

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Bordeaux - Une mise en scène où l’eau a le beau rôle

Réalisé dans le cadre de l’aménagement des rives de la Garonne (Garonne Eiffel), ce projet de logements et bureaux situé à Bordeaux (Gironde) se trouve aux premières loges en matière de risques d’inondations. Lors du concours, une étude préalable a été remise aux équipes en lice, leur indiquant les zones de « transparence hydraulique » à respecter, le terme désignant l’aptitude que possède un ouvrage à ne pas faire obstacle aux mouvements des eaux. Les rez-de-chaussée des trois bâtiments sont surélevés du sol naturel de 70 centimètres pour atteindre la cote imposée par le plan de prévention des risques d’inondation (PPRI). Deux d’entre eux ménagent des vides dans cet interstice pour laisser passer l’eau sous eux. Les architectes Xavier Gonzalez et Olivier Brenac, qui ont conçu le siège du constructeur BTP Fayat ainsi qu’un immeuble de logements (un troisième immeuble de logements ayant été confié à l’agence Leibar & Seigneurin), en ont alors profité pour créer en effet de monumentalité à l’endroit des accès, perçant les bâtiments de grands porches traversants, comme de grandes fenêtres ouvertes sur la ville. Désolidarisés du sol naturel, ces rez-de-chaussée prennent alors le statut de mini-esplanades urbaines. « Construire en zone inondable ouvre une nouvelle réflexion sur le traitement des rez-de-chaussée d’immeubles », analyse Xavier Gonzalez. Livraison courant 2018.

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Maîtrise d’ouvrage : Fayat Immobilier. Maîtrise d’œuvre : Brenac & Gonzalez, architectes ; Leibar & Seigneurin, architectes. Surface : 10 200 m2 SP (bureaux), 7 000 m2 SP (accession libre), 3 200 m2 (logements sociaux + accession libre). Coût : 30,6 M€ HT.

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Saint-Ouen-l’Aumône - Un jardin semi-aquatique, à la manière de Claude Monet

Non, ces huit plots de logements sociaux montés sur pilotis au-dessus d’un sol humide à la végétation luxuriante ne se trouvent pas en zone tropicale mais à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), sur un terrain inondable à proximité de l’Oise, dont le décaissé (2,50 m au-dessous du niveau de la voirie) constitue depuis toujours un réceptacle idéal en cas de crue.
Pour la commune, pas question donc de contrecarrer la libre circulation de l’eau par du bâti. L’agence Daufresne, Le Garrec & Associés a eu l’idée d’exploiter cette forte contrainte pour fabriquer un paysage poétique, semi-aquatique – un Jardin des pluies, tel qu’il a été baptisé – inséré entre deux fronts bâtis de logements dont les pilotis fondés sur pieux laissent librement circuler l’eau. Faisant fonction de noue, le jardin récolte les eaux de ruissellement. Les habitants ne peuvent bien sûr pas en fouler le sol, mais le traversent néanmoins en hauteur, en empruntant les passerelles qui donnent accès aux logements. Là est toute la différence avec de nombreuses opérations de logements non soumises aux risques d’inondation, où l’espace vert est souvent conçu pour être vu et non pratiqué, engendrant ainsi une certaine frustration. L’aspect pictural n’est cependant pas oublié, ce Jardin des pluies évoquant le Jardin d’eau que le peintre Claude Monet a conçu pour sa maison de Giverny (Eure), dans lequel un pont japonais enjambe le bras d’un étang…

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Maîtrise d’ouvrage : Emmaüs Habitat. Maîtrise d’œuvre : Daufresne, Le Garrec & Associés, architectes. Laurence Jouhaud, paysagiste. BET : SNC Lavalin (économiste, TCE), Qualiconsult (HQE). Entreprise générale : Bateg. Surface : 7 470 m2 Shon. Montant des travaux : 10,7 M€ HT.

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Londres - Un îlot de résistance face aux inondations

Alors qu’en 2014 une grande partie du Royaume-Uni a les pieds dans l’eau et que le front des inondations progresse vers la capitale, un petit groupe de trois maisons en briques situées dans le quartier londonien de Forest Hill résiste aux pluies diluviennes. Pourtant, chaque logement donne de plain-pied sur l’extérieur et, comme un défi supplémentaire envers la tempête, les façades sont percées de baies vitrées qui s’élèvent du niveau de la cour jusqu’au faîtage.
Mais c’est sans compter le dispositif qui contrôle le cheminement de l’eau. En cas de déluge, celle-ci est d’abord ralentie par la végétation qui recouvre les toits avant de s’écouler par les descentes d’eaux pluviales. Jusque-là, rien d’exceptionnel. C’est en sous-sol que l’eau disparaît, absorbée par des canalisations souterraines qui la guident vers un grand réservoir enterré sous la cour. La pluie tombant directement au sol est quant à elle récoltée dans un bassin de rétention souterrain. Celui-ci est composé de modules alvéolaires en polypropylène, légers et très résistant aux charges, qui ménagent 95 % de vide pour stocker l’eau. Le dispositif restant totalement invisible depuis l’extérieur, les trombes d’eau semblent s’évacuer comme par miracle.

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Maîtrise d’ouvrage : privée.Maîtrise d’œuvre : Baca Architects (Robert et Jessica Barker, Richard Coutts). BET : Paul Carpenter Associates (structure).Entreprise générale :John Perkins Projects. Surface : 400 m2.Montant des travaux : NC.

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