Technique et chantier

Quand installer une centrale à béton mobile ?

Mots clés : Béton - Matériel - Equipement de chantier - Travaux publics

Génie civil. Avant de choisir sa centrale mobile, encore faut-il être sûr d’en avoir besoin… Dans le tableau d’investissement, le prix de l’équipement et la quantité de béton nécessaire sont des paramètres importants. Mais d’autres données entrent également en ligne de compte.

Le camion-toupie négocie son dernier virage. Dans quelques minutes, il déversera son contenu. Les compagnons, eux, ne devraient plus le revoir durant tout le chantier. Car le béton livré ne sera pas utilisé pour réaliser des voiles ou un radier. Il servira uniquement à couler une dalle afin d’y installer une centrale à béton mobile. « À partir d’un certain volume, il est clair que le choix d’une centrale mobile se pose, confirme Benjamin Richard, directeur matériel chez Léon Grosse. Chez nous, on commence à y réfléchir à partir de 7 000 m³, même si les volumes ne font pas tout car cela dépend aussi de la typologie du chantier, de la nature des bétons, et même de l’implantation de la centrale sur le site, sachant que, si on ne peut pas la placer sous une grue, une chargeuse sera forcément nécessaire, ce qui augmente le coût de l’installation. » Ce n’est donc pas un mais plusieurs paramètres dont il faut tenir compte, même si certaines zones géographiques ne laissent pas vraiment le choix. « En Rhône-Alpes, beaucoup de chantiers ont recours à ce type de matériel car leur accès est difficile et les routes sont sinueuses », confirme Pascal Pontillon, gérant de Savimat. Même chose pour les grandes agglomérations. Ainsi, chez Léon Grosse, 95 % des centrales sont montées en région parisienne. « Nous avons dix unités, dont quatre en propre », précise Benjamin Richard. Et ce chiffre pourrait encore évoluer car, ainsi que le rappellent les professionnels, le béton prêt à l’emploi coûte 20 % plus cher en région parisienne que partout ailleurs en France. Formulations de béton

L’autre signe qui ne trompe pas, c’est l’offensive des fournisseurs de béton eux-mêmes ! Après Lafarge et Cemex, Holcim a lui aussi ajouté cette prestation à son catalogue. Sa première − et pour l’instant unique − centrale à béton mobile tourne à plein régime sur le chantier du métro de Rennes (lire le « retour d’expérience » ci-contre). À l’instar de ses homologues, Holcim a pris soin de calculer son amortissement sur ce premier chantier car rien n’indique que la centrale sera réutilisée par la suite. Les équipes de Léon Grosse sont bien placées pour le savoir… « Sur un de nos chantiers, à Levallois-Perret, en région parisienne, nous utilisons une Skako Mastermix 3000, d’une capacité de 50 m3/h. Il nous fallait ça car la formulation des bétons pour la construction de ces bureaux est complexe », témoigne Benjamin Richard. Jean-Marc Abad, directeur du dépôt de Brétigny, détaille : « En tout, il y a sept formulations de béton différentes : des bétons à faible retrait que les centrales fixes alentour rechignaient à nous fournir ! » Le béton qui est coulé pour le plancher est sans joint de dilatation, d’où l’importance d’utiliser un tel béton. Autre caractéristique de l’équipement : la présence de quatre silos (et non de trois), dont deux pour le ciment, un pour le filler et un pour la cendre. » Cette centrale à béton resservira-t-elle ? A priori oui ! Mais pas tout de suite. Et en tout cas, pas par Léon Grosse qui a préféré la louer plutôt que l’acheter. L’autre donnée à calculer est celle liée aux travaux préparatoires et au recylage des eaux usées. Un silo de plusieurs dizaines de tonnes ne se pose pas à même le sol. Des travaux de fondation sont nécessaires. Il faut terrasser une plateforme plus ou moins grande, élever éventuellement des rampes pour la chargeuse, prévoir des voies de circulation pour les camions. Autres paramètres à prendre en compte : le bruit, la poussière, le trafic, les déchets. Le traitement des eaux usées fait également partie du cahier des charges. Les eaux de process et de nettoyage doivent ainsi être recyclées par un dispositif comprenant un ou plusieurs bacs de décantation et des bacs de stockage, tandis que les boues inertes issues de la décantation et des retours de béton doivent être évacuées vers un centre de décharge agréé. Cela en fait, des contraintes ! Car il faut se souvenir que les centrales à béton sont des installations classées pour la protection de l’environnement ; à ce titre, leur mise en place est soumise à des règles précisées par un arrêté ministériel daté du 26 novembre 2011. Un assouplissement a récemment été accordé aux centrales mobiles de chantier au sujet des distances d’éloignement minimales par rapport aux limites du site. Quiconque connaît l’étroitesse des emprises en centre-ville comprend que cette limite spatiale empêchait de facto l’installation d’une centrale à béton mobile sur son chantier. Mais ces dérogations aux règles communes sont exclusivement accordées aux centrales provisoires installées pour une période inférieure ou égale à douze mois. Au-delà, les contraintes administratives sont plus lourdes et peuvent décourager le chantier d’avoir recours à un tel équipement.

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« Apprendre à travailler en flux tendu »

Ahmed Elamine et Franck Derouet, centraliers chez Holcim

« Un chantier aussi lourd et complexe ne supporte aucun retard. C’est d’ailleurs pour ça que nous sommes deux. Ciments, granulats, adjuvants… Il faut être capable de réagir vite et savoir travailler en flux tendu. Nous suivons aussi la maintenance : surveillance des organes de sécurité, nettoyage de la centrale, contrôle des niveaux de la chargeuse, etc. Jusqu’à présent, nous n’avons eu que des problèmes mineurs, comme un tuyau de la partie pneumatique à déboucher, ou un mauvais contact électrique à trouver. Mais il faut dire que cet équipement est neuf. »

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Retour d'expérience - Mise à disposition d'une centrale par le fournisseur de béton

Lœil rivé sur le planning, les deux opérateurs chargés de faire fonctionner la centrale à béton installée sur le chantier du métro de Rennes aident les camions àse positionner pour le chargement. « C’est notre première centrale à béton mobile, une Euro Équipement», précise Frédéric Amoroso, directeur de la nouvelle division béton mobile chez Holcim. Doté de trois silos à ciment de 80t, d’un malaxeur d’une capacité de 3m³, l’équipement flambant neuf tourne à plein régime. Et il en sera ainsi jusqu’à ce que le lot n° 3 du métro de Rennes, qui couvre 1,5km de voies ainsi que la création de deux stations, soit livré. Sur les 100 000 m³ de béton prévus d’ici à mars 2016 date prévisionnelle de la fin du chantier, 37 000 m³ ont déjà été coulés en un peu moins de dix mois. « Cette centrale est capable de produire 700m³/j. Et même plus si nécessaire! » poursuit Frédéric Amoroso.Et, s’il y a besoin d’un complément ou en cas de panne, Holcim peut aussi s’appuyer sur deux centrales fixes de son réseau : la première se trouve à Chantepie, à seulement une dizaine de kilomètres du chantier ; et la seconde, à Betton  ça ne s’invente pas!, à une quinzaine de kilomètres. Ici, Holcim s’occupe de tout: fourniture du matériel, démarches administratives, approvisionnement en ciment, en granulats et en adjuvants. L’entreprise fournit aussi les équipes dédiées. Située sur un vaste terrain bordé par les herbes sauvages, l’aire du chantier sur lequel a été installée la centrale a nécessité dix semaines de préparation : débroussaillage, terrassement, branchements d’eau, d’électricité, etc.Une couche d’enrobéa même été déposée pour éviter que les sorties des camions ne salissent trop les routes. Car six ou sept camions-toupies entrent et sortent constamment, chacun d’eux faisant en moyenne six tournées par jour. Cette centrale est la première centrale à béton mobile d’Holcim.

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« Pour les chantiers difficiles d'accès »

Patrice Thaureaux, technicien chez Savimat

« Les centrales mobiles sont une solution idéale pour les chantiers difficiles d’accès. Récemment, nous en avons installé une sur une île, au large de Bréhat, en Bretagne. Les matériaux étaient livrés par barges. Et, grâce à la trémie qui remplace les rayons raclants, il a suffi de couler une dalle de 3,10 m dans un couloir de 4 m de large pour l’installer. Au passage, le rendement du malaxeur est passé de 25 m3/h à 35 m3/h… »

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Retour d'expérience - La location est pertinente dès 500 m³ par mois

Dans l’atelier de Savimat, loueur de centrales à béton, un technicien tourne autour d’un matériel revenant de chantier, puis marque un temps d’arrêt devant les rayons raclants. Moins d’une minute plus tard,le verdict tombe.Et il est sans appel: « Il faut les changer! » « 75à 80% des pannes sont dues à un manque d’entretien », regrette Pascal Pontillon, gérant de Savimat. L’entreprise, qui dispose d’un parc de douze centrales d’une capacité de production de 20à 30m³/h, travaille aussi bien avec des petites entreprises du bâtiment qu’avec les grands groupes de construction. « En fait, la location devient intéressante dès 500m³ par mois », poursuit Pascal Pontillon. Les centrales équipées de deux rayons raclants sont réservées aux clients qui font leurs mélanges eux-mêmes, tandis que celles avec un seul rayon partent sur les chantiers qui se font livrer les agrégats prémélangés. L’un des principaux avantages de cette dernière solution est de réduire l’emprise au sol, non seulement du matériel, mais également du stock de granulats. Et c’est d’ailleurs à cette même fin que les rayons raclants ont tendance à être remplacés par une trémie alimentée par une chargeuse ou un chariot télescopique. « Globalement, c’est surtout au niveau des panneaux de commande qu’il y a eu le plus d’évolutions », intervient Paolo Daneluzzi, chez AGPN, une entreprise spécialisée dans la mise en place et le suivi des installations, et la composition des bétons. À la mécanique, à l’électricité et à l’hydraulique s’ajoute désormais une part d’électronique très appréciable lorsqu’il s’agit, par exemple, de reprendre l’historique des formulations afin de prouver aux clients que les mélanges utilisés étaient bien conformes à leur cahier des charges.

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