Architecture Exposition

Quand deux artistes redessinent la ville

Mots clés : Manifestations culturelles

A Nanterre (Hauts-de-Seine), la Terrasse expose les regards graphiques croisés de Marjorie Welish et Olivier Gourvil autour de l’urbanisme.

Les peintures et dessins de Marjorie Welish et Olivier Gourvil présentés dans l’exposition Urbanisme sur papier à la Terrasse de Nanterre (1) entrent parfaitement en résonance avec l’environnement de cet espace d’art ouvert en 2014 par la mairie. « Cette ville a connu d’importantes transformations urbaines, et le nouveau quartier des Terrasses est un projet pour “recoudre” le territoire dans le prolongement de La Défense », expose Sandrine Moreau, directrice artistique du lieu.

En 2013, la peintre, poétesse et théoricienne de l’art américaine Marjorie Welish propose au peintre français Olivier Gourvil de travailler sur l’imaginaire des formes urbaines. Elle le fera depuis New York et lui, depuis Paris et Daebudo, une presqu’île au large de Séoul (Corée du Sud) où il est en résidence. Tous deux demandent à la compagne d’Olivier Gourvil, l’architecte et urbaniste parisienne Muriel Pagès, d’écrire un texte qui leur servira de point de départ. Intitulé « Fabriquer la ville avec la ville », il enrichit leurs échanges et leurs productions pendant trois ans.

Ce texte, qui n’attendait ni illustration ni analyse, fonctionne plutôt comme un repère pour les deux artistes. « J’ai essayé de leur donner les clés contemporaines avec lesquelles nous autres urbanistes travaillons, notamment dans notre réflexion autour du Grand Paris – la centralité, la périphérie, les corridors écologiques, la ville poreuse, etc. -, auxquelles j’ai ajouté des mots plus larges et poétiques comme “ balises ” », explique Muriel Pagès.

Un espace versus un lieu. Pour Marjorie Welish, ses œuvres représentent « a space » (un espace), et celles d’Olivier Gourvil « a place » (un lieu). Elle se situe dans l’horizontalité et l’abstraction tandis qu’il investit la verticalité et la narration. Les ruptures de grilles, les lignes brisées, les répétitions de l’Américaine évoquent les variations d’un plan-masse new-yorkais. « Mes tableaux ne correspondent pas à des lieux spécifiques mais à des espaces, à des opérations théorisées par Peter Eisenmann, particulièrement dans son livre Diagram Diaries », explique la peintre.

Dans son cas, les diagrammes sont à prendre comme les traces de dispositifs graphiques expliquant la logique de conception de la ville. « Marjorie joue sur les processus avec lesquels les urbanistes travaillent, comme la stratification, la mise en abyme d’un territoire préexistant, l’approche analytique à travers laquelle nous inventons le projet », observe Muriel Pagès. Un agrandissement de son carnet de croquis rend ainsi compte de la visite de Marjorie Welish au McCormick Tribune Campus Center conçu par Rem Koolhaas à l’Illinois Institute of Technology de Chicago, qu’elle considère comme une antithèse du bâtiment adjacent réalisé en 1953 par Ludwig Mies van der Rohe. « C’est une tectonique de passages, de couloirs, de points de rencontres mais pas de structure », ajoute-t-elle.

De son côté, Olivier Gourvil interroge le lieu et l’événement dans des vues frontales mêlant buildings au sommet couvert de déchets, visions d’accidents, moyens de transports et tigres coréens. « Je capte un imaginaire fait de flux, de déplacements, de sensations, de perceptions », raconte-t-il. Ses dessins évoquent le monde contemporain d’une cité vécue, violente, loin d’être idéale ou futuriste. Le visiteur se projette aisément dans ces étranges scènes où des grues de chantier prennent l’allure d’animaux lâchés dans la ville. Dans cette même veine, Olivier Gourvil expose sa représentation « anthropomorphico-animale » du Dongdaemun Design Plaza de Zaha Hadid, dont les courbes l’ont tant fasciné lors de son séjour à Séoul.

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(1) Jusqu’au 30 mars à la Terrasse, 57, boulevard de Pesaro à Nanterre (92), du mardi au vendredi de 12 h à 18 h et le samedi de 15 h à 18 h.
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