Edito

Pritzker, surprends-moi si tu peux

Du Pritzker 2015, ce grand prix d’architecture décerné par la Fondation Hyatt depuis 1979, on risque de retenir surtout la mésaventure d’un jury obligé de dévoiler son choix dans la précipitation le 10 mars dernier. En effet, son lauréat désigné, l’architecte allemand Frei Otto, venait de décéder à l’âge respectable de 89 ans et ce, bien avant la cérémonie de remise de cette récompense suprême, souvent comparée à un Nobel (voir page 80). Mais, si une pointe de déception nous titille, ce n’est pas seulement à cause de ce rendez-vous manqué.
Loin de quiconque l’idée de manquer de respect envers le récipiendaire disparu ou de minimiser la portée de son œuvre. Il n’empêche, ce n’est pas la première fois qu’on s’interroge : le Pritzker ne serait-il pas devenu un prix historiquement correct, une médaille pour architectes établis et déjà archi-connus ? Certes, les statuts de la récompense le disent : elle « honore un ou des architectes vivants » qui ont démontré, par leur œuvre bâtie, « leur talent, leur vision et leur engagement ». Le jury a donc célébré de grands maîtres, en commençant par l’américain Philip Johnson, lors de la toute première édition.
Mais ses partis pris ont été quelquefois plus audacieux, comme lorsqu’il a couronné le néerlandais Rem Koolhaas en 2000, ou l’anglo-irakienne Zaha Hadid en 2004. Le premier avait beaucoup écrit, la deuxième beaucoup remporté de compétitions, mais ni l’un ni l’autre n’avaient à l’époque tellement construit. Lauréat dès 1989, le nord-américain Frank Gehry était, quant à lui, encore loin d’avoir fait éclore les pétales du Walt Disney Concert Hall de Los Angeles ou du musée Guggenheim de Bilbao. Et, quand l’américain Richard Meier a décroché le 6e Pritzker en 1984, le jury a reconnu que son curriculum n’était encore que le « prologue » de l’œuvre assurément captivante qui allait naître sur sa planche à dessin. Plus qu’un prix, le Pritzker était alors aussi un pari. On aimerait être à nouveau surpris !

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