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Prêt à embaucher, le BTP attend que l’embellie se confirme

Mots clés : Entreprise du BTP - Monde du Travail

Le fameux « frémissement d’activité » évoqué ces derniers mois se transformera-t-il en reprise ? L’emploi dans le BTP ne repartira vraiment qu’à cette condition.

D’après les fédérations professionnelles du bâtiment et des travaux publics (FFB et FNTP), les entreprises de bâtiment ont perdu 44 600 postes de travail en un an, et les entreprises de TP pourraient en perdre entre 16 000 et 20 000. Pour autant, « une éclaircie » a été constatée au second semestre sur le front de l’emploi, selon les mots de Cédric Duquenne, responsable régional BTP & International au sein du cabinet de recrutement Hays. Les entreprises guettent ainsi la fameuse « reprise », régulièrement annoncée depuis le début de la crise, en 2009. « Le premier semestre a probablement été la période économique la plus difficile de ces dernières années, notamment pour les entreprises générales, observe Frédéric Rei, directeur Immobilier et Construction chez Page Personnel. Il y a eu des plans sociaux. Mais le nombre de placements de salariés que nous avons pu effectuer a augmenté de 10 % entre le deuxième et le troisième trimestre 2015. Le nombre de postes à pourvoir est croissant dans le secteur, nous en avons actuellement 284. » Autre signe que les temps sont tout de même meilleurs, les grands groupes ont légèrement augmenté la voilure, ou envisagent de le faire. Certains d’entre eux, après avoir freiné voire stoppé les embauches en CDI, s’y sont remis. « En 2014, nous avions embauché 6 500 personnes, dont 2 000 cadres, explique Franck Mougin, DRH de Vinci. Nous serons dans les mêmes eaux en 2015. On parle effectivement d’un frémissement de l’activité. Mais nous attendons d’être sûrs du fait que le point bas d’activité a été atteint avant de reprendre notre rythme d’embauche d’avant la crise. » Les grands groupes ont également eu davantage recours à l’intérim en 2015, ce qui peut expliquer en partie pourquoi le travail temporaire baisse moins fortement dans le BTP, comme le montre le baromètre Prism’emploi.

Les recruteurs prudents.

En 2015, dans la majorité des entreprises, priorité a été donnée, dans la mesure du possible, au maintien des effectifs. Pas (trop) de prise de risque. « Les processus de recrutement sont longs, les entretiens nombreux, avec parfois des tests psychologiques et techniques, détaille Cédric Duquenne. Les entreprises se concentrent sur des profils bien spécifiques qui apportent une vraie valeur ajoutée. Les équipes en place semblent suffisantes. » Céline Pomathiod, DRH du groupe Floriot (Ain, 350 salariés), le confirme : « En 2015, comme en 2014, nos recrutements ont accompagné la croissance du groupe, notamment sur les postes de conducteurs de travaux, sur lesquels nous sommes en veille continue. L’année 2016 s’annonce plus calme. Nous allons privilégier la mobilité interne. Nos effectifs actuels nous suffisent à absorber le “ mieux constaté en logement. » Les entreprises de construction peuvent parfois se montrer ainsi plus sélectives. « Nous sommes sur des projets plus complexes, qui couvrent tous les éléments du métier, comme la modernisation du stade de Roland-Garros ou la Canopée des Halles », explique Franck Mougin.

Le second œuvre, champion de l’embauche.

Quels sont, dans le BTP, les profils les plus prisés ? Sans surprise, « les ingénieurs études de prix et d’exécution, chiffreurs, métreurs, économistes de la construction, projeteurs confirmés », liste Frédéric Rei. Il est à noter que les profils de conducteurs de travaux, que l’on s’arrachait en 2008, ne trouvent parfois pas preneur. Autres postes très demandés : les corps d’états techniques en second œuvre. « Il y a toujours une pénurie sur ces profils, explique Stéphanie Madinier, DRH du groupe Balas (Seine-Saint-Denis, 800 salariés). Nous n’avons donc pas diminué nos recrutements en 2015. Mais nous remarquons qu’il est plus difficile qu’avant de débaucher des salariés. Ils sont frileux, compte tenu de la morosité du secteur. » Le second œuvre reste malgré tout champion des embauches.
Quant aux PME, elles semblent suivre la tendance générale, attendant de pouvoir retrouver les niveaux d’embauche d’avant-crise. Tout restera donc suspendu à la question de savoir si le frémissement d’activité a de l’avenir. Certains envisagent sérieusement un redémarrage prochain du logement, comme Eric Ferrari, directeur général de Fayat Bâtiment (2 800 salariés, groupe Fayat). « Nous restons prudents en matière de recrutement, car nous ne voulons pas nous retrouver en sureffectif au moindre éclatement d’une bulle immobilière. » Dans les conditions actuelles, il recruterait davantage « si le Code du travail était assoupli ». Réformer le Code du travail ? Les pouvoirs publics viennent d’ouvrir le chantier. Les bâtisseurs en frémissent d’avance.

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« Une croissance sérieuse attendue dans le génie civil et les infrastructures »

En 2015, notre volume de recrutement est constant sur les cadres. En 2016, nous prévoyons une croissance très sérieuse de l’activité génie civil et infrastructures, notamment dans le secteur de l’énergie ou sur le Grand Paris, ce qui entraînera des recrutements. Sur le front de l’emploi, nous ne sommes plus dans l’emballement des années 2007-2008, qui avait peut-être un peu diminué le niveau d’exigence des recruteurs. Nous recherchons surtout des cadres en études de prix en bâtiment et en génie civil. Les compétences auxquelles nous sommes de plus en plus sensibles sont la mobilité, qu’elle soit géographique ou interne, et la fonction commerciale-relation clients.

Laurence Antzorn, responsable recrutement chez Demathieu Bard (Moselle, 2 700 salariés).

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« La donne devrait rester la même en 2016 »

En matière de recrutement, le pôle construction de Rabot Dutilleul se montre prudent, mais pas frileux. Si le manque de visibilité sur les projets ne permet plus d’anticiper sur des plans de recrutements comme par le passé, 2015 est une bonne année et des opportunités sont toujours proposées. Il devrait en être de même pour 2016. Les profils recherchés sont surtout dans l’encadrement de chantier, les études de prix et techniques. Agilité intellectuelle, culture entrepreneuriale, capacité à innover et mobilité sont les qualités recherchées chez nos candidats. S’agissant du BIM, nous avons déjà des collaborateurs disposant de cette compétence et la développons par la formation professionnelle.

Mathieu Vilain, chargé de mission RH chez Rabot Dutilleul (entreprise générale, Nord, 2 000 salariés).

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« Nous n’envisageons pas de recruter à court ou moyen terme »

En 2015, nous avons remplacé les départs à la retraite. Les effectifs ont été maintenus. La reprise du BTP ? On en parle beaucoup, mais on se demande si elle arrivera un jour. Nos activités ont un peu progressé depuis le début de l’année, mais nous n’envisageons pas d’embauches à court ou moyen terme. Le Grand Paris devrait entraîner une progression de nos activités. Mais on ne sait pas encore quand ni à quel rythme. Et quelle place sera accordée aux PME ? Avant l’embauche d’un ouvrier, nous testons ses compétences par le filtre de l’intérim. Pour les agents de maîtrise et les cadres, nous faisons appel à des chasseurs de têtes ou nous passons par des annonces ou des candidatures spontanées.

Jean-Marc Médio, président de Parenge (TP, Hauts-de-Seine, 150 salariés).

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