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Pourquoi les grues à flèche relevable se multiplient

Mots clés : Matériel - Equipement de chantier

Bâtiment. Si, en France, les grues à flèche distributrice continuent de dominer le marché, certains chantiers font aussi appel aux grues à flèche relevable. Une tendance qui se vérifie surtout en milieu urbain où ces matériels ont des atouts à faire valoir.

Bouygues Bâtiment Île-de-France n’a pas eu le choix. Pour les travaux de rénovation du palace parisien de la place de la Concorde, Le Crillon, il fallait impérativement avoir recours à une grue à flèche relevable. C’est l’ambassade américaine qui a imposé cette solution technique. Située à seulement quelques mètres du chantier, l’ambassade tenait à protéger son espace aérien et s’assurer qu’aucune personne mal intentionnée ne profite d’une grue à flèche distributrice pour se glisser sur ses toits à la faveur de la nuit… Bien qu’encore rares en France où on leur préfère les modèles à flèche distributrice, plus rapides, bien connues des hommes du chantier et moins chères, les grues à flèche relevable s’avèrent, qu’on le veuille ou non, incontournables dans certains cas. « Des contraintes de voisinage liées à des interdictions de survol à proximité du chantier peuvent effectivement imposer l’utilisation de grues à flèche relevable comme c’est le cas près de certains bâtiments publics (écoles, hôpitaux, etc.) ou de zones dites sensibles (ambassades, centrales nucléaires, voies SNCF, autoroutes, etc.), confirme Thibaut Le Besnerais, directeur produits monde des grues à tour Potain. Mais on note aussi un regain d’intérêt pour ce matériel sur les chantiers qui ne souffrent pourtant pas de ces contraintes particulières. »

Questions de priorité

Le nombre croissant de chantiers de centre-ville, avec des constructions toujours plus hautes et des environnements de plus en plus denses, profite en effet aux grues à flèche relevable, plus souples à utiliser sur des sites où l’espace est confiné et où plusieurs grues sont amenées à travailler en même temps. Cela est d’autant plus vrai pour ces matériels qui possèdent des contreflèches courtes et des rayons hors service limités, alors que l’implantation de grues à flèche distributrice requiert de plus grandes distances entre leurs bases… «L’autre problème, c’est que les grues hautes n’ont pas la priorité sur les plus basses. De fait, leur rendement est mauvais», développe Christophe Zimmermann, directeur général de Liebherr Grues à tour. En ligne de mire : les systèmes anticollisions qui, lorsque deux grues à flèche distributrice se croisent, en paralysent une le temps que l’autre passe. Contrairement aux grues à flèche relevable, les grues distributrices ne peuvent pas élever leurs charges pour passer par-dessus leurs voisines et continuer ainsi leur travail. Or, comme le rappelle Christophe Zimmermann, ce sont les grues qui font le rendement du chantier ! « Sous une seule de ces machines, ce sont près de 10 à 15 personnes qui travaillent (ferrailleurs, maçons, etc.). Or, le salaire de deux de ces personnes représente facilement à lui seul le coût mensuel de location d’une grue… » Crise aidant, les chantiers à délais très courts ont tendance à se multiplier. L’utilisation de grues à flèche relevable garantit ainsi une meilleure fluidité des interactions entre les grues et, donc, une plus grande rapidité d’exécution des manutentions. Mais encore faut-il calculer avec soin leur productivité. Car investir dans une grue relevable, que ce soit à la location ou à l’achat, a un coût qui, au regard du contexte économique, peu décourager.

Plus coûteuses

Ce qui les rend plus chères ? C’est d’abord et surtout leur motorisation, plus puissante. « Les grues à flèche relevable sont dotées de deux treuils de forte puissance  le treuil de levage et celui de relevage de flèche , alors que les grues à flèche distributrice nécessitent un seul treuil de levage », détaille Thibaut Le Besnerais. Pire : ces deux treuils sont aussi plus gros et plus puissants. Par exemple, pour une grue de 16 t – qui, en plus de porter une charge, doit également assumer le relevage de la flèche -, il faut ainsi un moteur de 110 kW, alors qu’une grue distributrice utilise un moteur de seulement 75 kW… Les coûts s’en ressentent forcément. Même si Thibaut Le Besnarais tient à rappeler que tout dépend de la nature des chantiers. « Dans une configuration de chantier multigrue, la superposition des grues à flèche distributrice induit des hauteurs sous crochet beaucoup plus élevées pour les grues en survol. L’implantation de plusieurs grues à flèche relevable limite donc les hauteurs sous crochet, ce qui a pour effet de réduire le coût du matériel et de son transport. » Si, en France, les grues à flèche distributrice constituent toujours le gros du marché, le recours aux grues à flèche relevable s’accroît, même si, traditionnellement, celles-ci étaient jusqu’alors surtout utilisées pour des travaux en grande hauteur du fait qu’elles pouvaient travailler plus haut que leur axe en s’ancrant sur des tours en construction. Selon les projections de Philippe Cohet, président de Matebat, premier loueur de grues à tour, de 50 unités en 2013, leur nombre pourrait ainsi passer à 100, voire 150 dès cette année. Belle progression ! Mais on reste encore loin des 5 000 grues à flèche distributrice qui constituent le gros du parc français.

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Retour d'expérience - Un recours quand il n'y a pas d'autre choix

Utiliser des grues à flèche relevable ? «Dans 90% des cas, ce matériel est utilisé parce que l’on n’est pas autorisé à survoler certaines zones (écoles, hôpitaux, stades, centrales nucléaires…)», constate un responsable des grues à tour chez Vinci. Peu convaincu par ce matériel qu’il juge trop lent et trop lourd, il ne l’est guère plus par les gains de productivité que les grues à flèche relevable sont censées apporter sur les chantiers où plusieurs grues à flèche distributrice sont amenées à travailler de concert malgré leurs systèmes anticollisions. «Lorsqu’il n’y a que quatre ou cinq grues, et au regard des surcoûts que cela entraîne, ce type d’argument me semble insuffisant», maintient-il. Vinci a cependant parfois recours à ces matériels lorsque la configuration du chantier l’exige, comme c’est actuellement le cas sur le site du futur stade de la Défense   Arena 92 , situé dans une zone urbaine très dense, en proche banlieue parisienne. Sur un parc de 450 à 500 machines, la division matériel deVinci Construction France ne possède que… deux grues à flèche relevable! C’est peu. Mais à peine moins que chez certains loueurs comme Liebherr location France qui, sur un parc locatif de 200 grues, propose seulement 6 modèles à flèche relevable…. Dans les grues à tour, l’effet de parc est très important. Remplacer le matériel est d’autant plus long et coûteux que, outre leur achat, d’autres frais sont à prévoir (porteurs adaptés, formation des conducteurs de grues, service après-vente, etc.). Face à un marché de la construction à la peine, peu de groupes sont enclins à franchir le pas tant que la loi ne les y oblige pas. Déjà que les ascenseurs censés équiper les grues de plus de 30 m dès le 1er janvier 2017 tardent à être installés…

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« Ces grues sont moins productives »

Stéphane Chadirac, responsable des grues à tour chez Bouygues Construction Matériel

« Les grues à flèche relevable affichent une productivité 20 à 30 % plus faible que les grues à flèche distributrice. C’est pourquoi elles ne les remplaceront pas mais resteront des matériels spécifiques à utiliser dans les situations où il n’y a pas d’autre choix. »

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Retour d'expérience - Un chantier vitrine aux portes de Paris

Les grues à flèche relevable sont rares en France. En voir une est inhabituel. En voir six sur un même chantier est tout à fait exceptionnel. C’est pourtant ce spectacle qui s’offre aux parisiens depuis que Bouygues Construction a commencé le gros œuvre du futur palais de justice de Paris, dans le quartier des Batignolles, au nord-ouest de la capitale. Parmi les douze grues implantées, six sont à flèche relevable. «Nous avons fait plusieurs études, et ce panachage nous a semblé être la meilleure solution», explique Stéphane Chadirac , responsable des grues à tour chez Bouygues Construction Matériel. Les grues classiques, dites «à flèche distributrice», ont l’avantage d’être rapides et bien connues des hommes du chantier. À l’inverse, les grues à flèche relevable sont plus lentes, donc moins productives. Mais elles ont un atout: leur capacité d’évitement. Quand deux grues à flèche distributrice vont se croiser, un système électronique dit «anticollision» en immobilise une le temps que la zone d’interférence soit dégagée. La grue à flèche relevable, elle, élève sa charge, passe devant sa voisine et continue son travail.Si une grue reste longtemps immobile, pour la pose d’un élément préfabriqué par exemple, ses voisines sont paralysées. Comme ce n’est pas le cas des grues à flèche relevable, la cadence du chantier s’en trouve améliorée. Cet avantage a dicté le choix de Bouygues.Et ce n’est pas là le seul atout ! Le futur palais de justice de Paris se présente sous la forme d’un socle surmonté par trois blocs de verre. La structure interne est constituée par trois noyaux mitoyens: 149m de haut pour le premier, 107m pour le deuxième et 68m pour le troisième. Le chantier pourrait s’apparenter à trois immeubles de grande hauteur construits côte à côte. «Avec une grue classique, la flèche et la contre-flèche auraient percuté le noyau voisin rendant son utilisation impossible», explique Stéphane Chadirac.

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« Les demandes de formation à la conduite de ces grues ont doublé »

Olivier Lefèvre, directeur adjoint d’Astral, cabinet de formation à la conduite d’engins de chantier

« En un an, les demandes de formation à la conduite de grues à flèche relevable ont doublé chez nous. Cela indique une vraie tendance qui devrait se poursuivre, ne serait-ce qu’en raison de l’interdiction de survol de certains sites sensibles. À la pointe, les communes d’Île-de-France sont particulièrement sensibles à la question, mais d’autres régions devraient suivre. »

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