Enjeux

Pourquoi l’A 75 s’est effondrée dans l’Hérault

Mots clés : Chaussée - Réseau routier

Le 12 septembre, un pan de chaussée s’est écroulé sur l’autoroute A 75. « Le Moniteur » en révèle les causes.

Après un épisode cévenol particulièrement violent le 12 septembre, un pan de l’autoroute A 75 reliant Clermont-Ferrand à Montpellier s’est effondré à quelques kilomètres au sud de Lodève, dans l’Hérault. Barrant la totalité de l’une des deux voies de circulation, un trou de plusieurs mètres de profondeur s’est formé, laissant apparaître en son fond un mélange chaotique de plaques d’enrobé, de terres, de gravats et d’éléments de buse en béton.

Cet affaissement brutal n’a fait aucune victime, et l’exploitant, la direction interdépartementale des routes (DIR) du Massif central, a rapidement coupé la circulation dans les deux sens, avant d’envoyer des géologues et hydrauliciens sur place.
Si le rapport technique reste confidentiel à ce jour, un fait semble d’ores et déjà confirmé : ce sont les afflux d’eau exceptionnels qui ont provoqué l’effondrement de la chaussée. Plusieurs experts contactés par « Le Moniteur » dessinent l’enchaînement des aléas qui ont entraîné la chute de l’ouvrage.

Infiltrations.

L’épisode cévenol, qui a vu plus de 300 mm d’eau tomber en seulement trois heures, « a commencé par mettre totalement en charge la conduite hydraulique à l’amont de l’ouvrage, constituée d’une buse en béton de 2 mètres de diamètre », explique un agent de la DIR Massif central. Ce conduit était également en partie saturé « par des écoulements solides ». Le débit n’étant plus absorbé en totalité par l’ouvrage hydraulique, l’eau a commencé à s’accumuler en amont avant d’inonder la chaussée.
Ce n’est pourtant pas ce « débordement » en surface qui aurait provoqué l’écroulement, mais des infiltrations d’eau au cœur du remblai. Plus précisément au droit d’une conduite hydraulique métallique qui était « branchée » à la conduite amont en béton. Héritage de l’ancienne RN 9 au-dessus de laquelle a été construite l’A 75 à cet endroit, cette buse métallique de type Armco, de 2,5 mètres de diamètre, aurait été victime « d’un défaut d’étanchéité de la tête d’entonnement en amont ».
A partir de ce point, le scénario est le suivant : les infiltrations d’eau ont d’abord entraîné les particules fines du lit de sable sur lequel la buse était posée. Puis, c’est tout le remblai technique qui a été emporté. Si bien que la conduite s’est progressivement retrouvée « sans support et a cédé brutalement, entraînant dans sa chute le remblai supérieur et la chaussée ».
Sous-dimensionnement, vice de construction, mauvais vieillissement de l’ouvrage… Quelle est la cause de cet effondrement ? D’après les experts, celui-ci résulterait en réalité « d’une conjonction de plusieurs paramètres », qui sont au moins au nombre de trois : une hauteur d’eau exceptionnelle, des écoulements solides obstruant un ouvrage hydraulique au diamètre insuffisant et un défaut d’étanchéité de l’ouvrage.

Des buses ou des ponts ?

Sans attendre les conclusions des experts, la DIR a procédé au « nettoyage » de la zone d’effondrement et l’exploitant a confié à ses services d’ingénierie (le SIR) le soin de concevoir l’ouvrage qui devrait remplacer la conduite hydraulique. Il devrait s’agir d’un ouvrage cadre en béton préfabriqué, calculé selon les méthodes de dimensionnement du guide Sétra (désormais Cerema) ad hoc. L’ouverture de ce passage hydraulique devrait être trois fois plus importante que le diamètre de la buse (7 mètres contre 2,5 mètres).
Alors que la DIR indique mener une série d’inspections sur les conduites similaires à celle-ci pour en détecter d’éventuelles faiblesses, cette réévaluation radicale de la capacité hydraulique de l’ouvrage amène à se poser une question : les ouvrages hydrauliques de la région seront-ils capables d’absorber un prochain épisode cévenol équivalent, voire plus intense ?
Un spécialiste en génie civil pense déjà avoir la réponse. « Dans cette région que je connais bien, la plupart des passages hydrauliques passant sous chaussée sont sous-dimensionnés », affirme-t-il. Et ce, en toute connaissance de cause : « Les précipitations peuvent être tellement fortes dans cette zone que, s’il fallait calculer les ouvrages en fonction des événements exceptionnels, les routes ne seraient plus posées sur des remblais mais sur des ponts continus ! Par principe de réalité économique, les ouvrages hydrauliques sont alors sous-dimensionnés. » Cette affirmation, qui n’a pas été démentie par un expert des services de l’Etat, pourrait porter à conséquence. Par chance, cet effondrement n’a fait aucune victime. Mais miser sur le fait qu’il en sera de même lors d’un aléa similaire est un pari risqué.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X