Autres Entreprises

Pour les jeunes, le bonheur est dans le BTP

Mots clés : Enfance et famille - Entreprise du BTP

Malgré les contraintes du métier, la jeunesse est attirée par le secteur et s’y épanouit. Les clefs du bien-être ? Autonomie, relations humaines et absence de routine.

Chez les jeunes actifs du secteur, le BTP est une histoire de vocation. « Ils voulaient mettre des bottes, un casque, et aller sur les chantiers », illustre Stéphanie Madinier, DRH du groupe francilien Balas. Et ils s’y plaisent. C’est d’ailleurs l’un des enseignements de l’étude intitulée « Les conditions de vie des jeunes salariés du BTP », réalisée par la Fondation BTP Plus avec Ipsos et PRO BTP (voir infographies pages suivantes) et publiée en novembre 2015. Les trois quarts des répondants, Etam (employés, techniciens et agents de maîtrise) et ouvriers, se déclarent en effet heureux au travail. « Mais cela vaut pour l’ensemble du personnel, cadres y compris », observe Michel Rodé, P-DG de l’entreprise mosellane de travaux publics Stradest. Au cœur des critères de satisfaction : les rapports humains. « Le relationnel, c’est 80 % du travail, évalue ainsi Fabrice Meiffren, directeur d’exploitation au sein de Prunevieille (travaux d’électricité, Seine-Saint-Denis). Nous mettons d’autant plus l’accent sur la qualité du management, avec une écoute et des échanges qui vont dans les deux sens. » Les jeunes recrues sont sensibles à l’ambiance qui règne sur le terrain, source de bien-être : Fabrice Meiffren en veut pour preuve l’absence de turnover dans les équipes. Les jeunes cadres du BTP, en particulier les conducteurs de travaux, apprécient en outre le contact avec des interlocuteurs d’horizons divers.

Patron de son propre chantier.

Autre avantage : l’autonomie. « Dans les TP, les salariés ne voient leur patron que le matin et le soir, ce qui leur permet de prendre des initiatives et leur ménage une part d’improvisation », reprend Michel Rodé. C’est d’autant plus valorisant pour les conducteurs de travaux. « Loin du centre de décision, ils peuvent prendre rapidement des responsabilités : ils se sentent le patron de leur chantier », rebondit Eric Logheder, DRH du groupe GCC. « Garants de la technicité sur un projet concret, les jeunes sont ravis de mettre en pratique ce qu’ils ont appris pendant leurs études », ajoute Amélie Petit, responsable des relations écoles et du recrutement des stagiaires chez Léon Grosse. Ces salariés ont aussi l’agrément de voir progresser jour après jour sous leurs yeux la construction, fruit de leur travail, de surcroît toujours un prototype. De quoi donner un sens au travail, qui fait parfois cruellement défaut dans d’autres secteurs. Des paramètres sur lesquels ils n’ont pas de prise, comme des retards sur un chantier, sont a contrario susceptibles d’entamer leur moral. « Pour autant, même en cas de chantier long et difficile, très peu lâchent au milieu de l’histoire, note Stéphanie Madinier, DRH du groupe francilien Balas. Il y va de la fierté de leurs réalisations. »

Reste néanmoins une tendance dans l’air du temps. « Les jeunes d’aujourd’hui parlent beaucoup de plaisir au travail… A condition qu’ils en aient aussi à côté ! » remarque Eric Logheder. Que l’équilibre entre vies professionnelle et personnelle vienne à s’infléchir, et les griefs émergent. Chez Hervé SA (gros œuvre, Yvelines), le sujet fait grincer quelques dents. « C’est le troisième jeune qui claque la porte en quelques mois, alors que nous avons investi plusieurs années pour le former ! » s’agace la DRH Nathalie Turon Lagau. En cause : une lassitude liée aux amplitudes horaires. « Certains jeunes préfèrent ainsi se replier vers l’assistance à maîtrise d’ouvrage, réputée plus calme. » Pour Amélie Petit, « ils ont été préparés aux contraintes du métier lors de leur stage de fin d’études, ce n’est pas ce qui les freine ». Mais de concéder : « Il n’en demeure pas moins en tête, chez certains, un plan de carrière avec un début en conduite de travaux, suivi d’une mobilité vers les études, une fois qu’ils auront fondé une famille. » Le métier n’est certes pas de tout repos. « Les conducteurs de travaux doivent batailler auprès des fournisseurs et des sous-traitants et, en interne, des services matériels et des bureaux d’études. Ils passent ainsi d’un sujet à l’autre, avec l’impression de ne pas avancer », renchérit Eric Logheder. Pression n’en rime pas moins avec satisfaction : « Ils évoquent ce quotidien difficile tantôt comme un inconvénient, tantôt comme une richesse ! » Car c’est aussi ce qui fait, à leurs yeux, le sel de la vie sur les chantiers

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

Méthodologie

Les graphiques reprennent certains résultats de l’étude réalisée par la Fondation BTP Plus, avec Ipsos et PRO BTP, et finalisée en février 2015. Le sondage a été réalisé en juillet 2014 auprès de 6 000 ouvriers, apprentis et Etam (employés, techniciens et agents de maîtrise) du BTP âgés de 16 à 21 ans. Il apparaît notamment que la principale caractéristique plébiscitée dans le travail est le sérieux et la fiabilité pour 33 % des Etam et 31 % des ouvriers et apprentis.

ENCADRE

« J’apprécie la liberté que donne le chantier »

« J’ai toujours beaucoup de plaisir à me déplacer sur le chantier, à aller à la rencontre des ouvriers et à observer la construction avancer au quotidien : c’est le cœur du métier. Je suis ainsi très attaché à cette dimension pratique et concrète. » Diplômé de Polytech Marseille, Robin Giana a travaillé pendant trois ans chez Spie Batignolles TPCI, avant de rejoindre Fayat Bâtiment en tant qu’ingénieur travaux. « Contrairement à l’industrie, il y a dans le BTP une vraie relation avec l’objet bâti : il est unique. » Ce qui compte également à ses yeux : l’autonomie que lui apporte son métier, et la possibilité de prendre beaucoup d’initiatives. « La liberté sur un chantier correspond à celle d’une petite entreprise. Il y a sur place une chaîne de décisions beaucoup plus courte que dans d’autres secteurs. Ce qui implique en revanche beaucoup de responsabilités. » L’avenir, Robin Giana l’envisage dans le secteur, avec, à moyen terme, davantage d’autonomie et de marges de manœuvre, pour pouvoir à son tour construire à sa façon.

Robin Giana, 27 ans, ingénieur travaux chez Fayat Bâtiment

ENCADRE

« Le relationnel rend le métier passionnant »

C’est son stage de fin d’études qui a donné à Salma Amellah le virus de la conduite de travaux. « Avant de découvrir le BTP, j’en avais l’image d’un secteur très peu organisé. Il n’en est rien ! Tout est calculé, planifié, et les méthodes de travail sont très abouties. » Son diplôme de l’Ecole nationale supérieure d’arts et métiers d’Angers en poche, elle intègre Sogea Atlantique il y a près de deux ans. « La chose la plus importante pour moi est de prendre goût à mon travail. » Le relationnel constitue sa principale source de satisfaction, avec une multitude d’interlocuteurs à côtoyer, depuis l’architecte jusqu’aux ouvriers, en passant par les fournisseurs et les clients. « C’est ce qui rend le métier passionnant ! Il s’agit d’adapter son discours à chaque professionnel, car la vision du projet diffère selon chacun. » La suite ? « Je rejoins bientôt le service des études de prix pour un an, dans le cadre du programme d’intégration Coaching Team. » Pour, peut-être, revenir ensuite à la conduite de travaux.

Salma Amellah, 25 ans, conductrice de travaux chez Sogea Atlantique (Vinci Construction France)

ENCADRE

« Rester dans le secteur et créer mon entreprise »

Ce qui motive le plus Nelson Collet dans le métier de peintre ? « La dimension décorative du travail et la méticulosité dont il faut faire preuve pour réaliser les tâches. On ressent une véritable fierté du travail accompli, une fois les meubles posés ! » Etudiant au CFA BTP de Plérin (Côtes-d’Armor) pour préparer un brevet professionnel en peinture, le jeune homme de 19 ans travaille comme apprenti depuis trois ans au sein de l’entreprise Dejoie. « J’apprécie aussi beaucoup le contact direct avec le client et les salariés d’autres corps de métier : je me sens à l’aise dans le relationnel. Physiquement, ce n’est pas toujours simple non plus. Il m’arrive souvent de souffrir du dos et des épaules. Il faut donc bien se protéger, mais c’est un inconvénient du métier comme un autre. Le BTP est un secteur où il y aura toujours du travail, et où les techniques et les produits évoluent sans cesse. » Nelson Collet doit passer son diplôme en 2017. « Je me vois rester quelques années chez Dejoie pour me perfectionner et, ensuite, créer ma propre entreprise. »

Nelson Collet, 19 ans, apprenti en peinture, entreprise Dejoie

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X