Architecture Technique Equipement

Plongée dans un univers de béton brut

Mots clés : Béton - Bibliothèques, centres de documentation et de consultation d'archives - Établissements sportifs couverts - Manifestations culturelles

Dans une commune désertée des Deux-Sèvres, une ancienne piscine devient médiathèque. Le début d’une reconquête.

Saint-Maixent-l’Ecole (Deux-Sèvres), entre Niort et Poitiers : 6 545 habitants et un cœur de bourg qui périclite, comme celui de 15 000 communes rurales en France qui voient leurs commerces, équipements et services disparaître et leur population s’amenuiser. Cependant, la nouvelle médiathèque intercommunale Aqua-Libris forme ici le premier jalon d’un processus de renouvellement urbain en cours, le bourg faisant aujourd’hui partie des 50 communes subventionnées par l’Etat pour revitaliser leur centre. L’équipement a pris place à l’intérieur d’une ancienne piscine bâtie en 1931, elle-même située dans l’enceinte d’une abbaye bénédictine où était installée une école de sous-officiers depuis le XIXe siècle. Les militaires partis en 2010, le site et ses dépendances ont été classés au titre des Monuments historiques, dont le volume voûté monobloc qui abritait la piscine, représentatif des débuts du béton armé. L’édifice a, en effet, été réalisé selon un procédé constructif d’ossature innovant, mis au point par l’ingénieur François Hennebique (1842-1921). Un système qui a permis d’amincir l’enveloppe, mettant ainsi en valeur la structure et donnant au bâtiment sa légèreté. L’architecte en chef des Monuments historiques (ACMH) Pierre-Antoine Gatier (spécialiste du patrimoine architectural du XXe siècle) et son confrère Bernard Desmoulin ont associé leurs savoir-faire pour transformer cette piscine en une médiathèque. Le premier pour la restauration du clos couvert, le second pour l’adaptation de l’ouvrage à sa nouvelle destination.

Effet miroir.

A l’intérieur, l’édifice se présente comme une longue nef, rythmée par une ossature de poteaux et de poutres cintrées, surmontée par une verrière. Pierre-Antoine Gatier a redonné au béton sa splendeur : celui de la structure et celui du soubassement, de type granito, dont la composition (ciment et éclats de pierre) avait pour fonction de protéger la partie basse des murs au contact de l’eau. En partie haute, malgré la mise aux normes acoustiques, le remplissage a conservé son aspect brut grâce à un enduit absorbant en plâtre d’aspect béton. Pour Bernard Desmoulin, le défi a été de conserver la lisibilité du volume originel tout en créant la surface de plancher suffisante pour stocker le maximum de documents. La solution réside dans une illusion d’optique. Au centre de la nef, un pan de mur est couvert de panneaux en Inox poli miroir qui divise l’espace en deux parties, tout en permettant de reconstituer, par réflexion, le volume sur toute sa longueur. De l’autre côté du miroir, une mezzanine permet de trouver la surface nécessaire pour les espaces de consultation. L’intérieur ayant été entièrement démoli lors du chantier, l’architecte a néanmoins reconstitué une partie du bassin, ainsi que ses emmarchements, pour créer un mini-amphithéâtre. La mosaïque d’origine, qui recouvre le mur d’entrée et où figure une scène inspirée de l’Antiquité romaine, ajoute une touche de théâtralité dans cet espace brut de béton et de verre. Une extension abritant l’accueil et les bureaux de l’administration vient se greffer sur l’existant. Elle est composée de deux volumes imbriqués : le premier en béton brut se raccorde à l’ancienne piscine ; le second, enveloppé d’un claustra en acier autopatinable, fait la transition avec l’abbaye voisine.

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ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : communauté de communes Haut Val-de-Sèvres. Maîtrise d’œuvre : Bernard Desmoulin, architecte ; Pierre-Antoine Gatier, ACMH, mandataire. BET : Egis (TCE). Principales entreprises : Boutillet (gros œuvre), Smac (couverture, étanchéité), Marc Meunier (isolation thermique, revêtements de sol). Surface : 1 500 m2 Shon. Coût des travaux : 2,8 millions d’euros HT.

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