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Philharmonie de Paris : voir la musique, écouter l’architecture

Mots clés : Architecture - Bruit - Manifestations culturelles

Après des années d’attente et de débats, la Philharmonie de Paris a ouvert ses portes le 14 janvier. Trop tôt certainement, puisque le chantier n’est pas terminé, ce qui paraît invraisemblable pour un programme de cette exigence spatiale et acoustique. Les architectes ont d’ailleurs signifié leur désaccord sur ce calendrier. Cinquante ans après Berlin, Paris s’est toutefois doté d’un outil incomparable tant cette salle philarmonique, conçue par les Ateliers Jean Nouvel avec Métra et Associés, est révolutionnaire.

Un regard dans le rétroviseur temporel montre que lors du concours au printemps 2007, la plupart des équipes d’architectes (MVRDV, Soler, Portzamparc, Coop Himmelb(l)au) s’inspiraient peu ou prou de la salle philarmonique construite par Hans Scharoun en 1963 à Berlin, dont la forme en pentagone surmontée d’un chapiteau avait déclenché un séisme dans le milieu musical. Dédié au chef d’orchestre Herbert von Karajan, ce « Zirkus Karajani » présente un dispositif en gradins décalés qui environnent la scène de toutes parts. Ce dessin, dit « en vignoble » adosse les grappes de rangs les unes aux autres. Pour le concours parisien, seule Zaha Hadid, éliminée pour un budget annoncé trop élevé (finalement le coût du bâtiment de Nouvel…), suivait une configuration profonde en « boîte à chaussures » (modèle du Musikverein à Vienne), avec des modelages fluides qui glissaient les uns au-dessus des autres sans toucher le sol. Il faut dire que la requête du commanditaire était de combiner ces deux modèles formels. Aguerri à cet exercice, le lauréat Jean Nouvel avait à son actif la salle de Lucerne (modèle boîte à chaussures) et la philharmonie de Copenhague (modèle vignoble), deux projets sur lesquels Brigitte Métra, associée à la salle parisienne, avait travaillé. L’ingéniosité de l’équipe formée par AJN et M & A a été de s’adjoindre Sir Harold Marshall (Marshall Day) acousticien réputé. Très connue en Nouvelle-Zélande d’où il est originaire, sa salle de 2 750 places pour le Christchurch Townhall (1972,) intéressait l’équipe de conception car elle témoigne d’une grande clarté et d’une forte amplitude sonore grâce à ses réflecteurs en plafond. L’équipe s’est adjoint aussi les conseils de Nagata Acoustics avec qui elle a déjà réalisé la philharmonie de Copenhague.

Netteté du son et réverbération longue

L’espace accompagne l’acoustique et l’acoustique participe de la forme : l’équipe de conception a poussé ce principe pour chercher une nouvelle typologie de salle capable de combiner très grande netteté du son et longue réverbération. En questionnant les modèles existants, elle invente un nouveau dispositif, dont l’essentiel consiste en l’emboîtement d’une salle intimiste en vignoble dans un vaste volume considéré comme la boîte à chaussures, qui permet de recevoir orchestres symphoniques et petites formations. Cela dépasse le principe de boîte dans la boîte maintes fois appliqué dans les lieux de spectacle : ici, un vide conséquent est ménagé entre les deux volumes. Ce principe favorise un enveloppement des auditeurs par la musique qui peut alors circuler, de manière maîtrisée, dans cet entre-deux. Les balcons suspendus ne sont pas adossés à la paroi matricielle, ils viennent en avant pour participer d’une intimité plus forte avec la scène et expriment un caractère réellement aérien, aidé par des structures métalliques en porte-à-faux. Avec un volume de 30 500 m3 et un temps moyen de réverbération prévu de 2 à 2,3 secondes, la sensation spatiale est surprenante. Non seulement, les composantes architecturales – balcons et « nuages acoustiques » -participent de cette lévitation mais la désolidarisation nette et perceptible des deux volumes lors de la « traversée » du vide de l’entre-deux pour accéder à son siège, renforce l’impression d’être non seulement dans les airs mais aussi « d’être dans la musique », comme le dit Brigitte Métra. De plus, la partition architecturale apporte une amplitude visuelle qui rend la salle immense, alors qu’elle est assez compacte, avec le...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 240 du 11/03/2015
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