Enjeux Coup de chapeau

Perret ressuscité

C’est peut-être Stendhal qui a le plus joliment décrit Grenoble, sa ville natale. « Au bout de chaque rue, une montagne », s’extasiait au XIXe siècle l’auteur de « La Chartreuse de Parme ». Depuis, l’horizon grenoblois s’est enrichi d’un « phare ». En 1924, Auguste et Gustave Perret concevaient et bâtissaient au cœur de la capitale des Alpes la première tour en béton armée d’Europe. Elle célébrait alors l’exposition internationale de la houille blanche – le surnom de l’hydroélectricité. Du haut de ses 95 mètres, la tour Perret toise la ville de sa majesté minérale.

A l’origine, elle fait aussi office de tour d’orientation, invitant les touristes à découvrir le somptueux triptyque des massifs montagneux qui enveloppent la ville : Belledonne, la Chartreuse et le Vercors. En 1968, la flamme des Jeux olympiques jaillit d’une vasque à quelques centaines de mètres de là, offrant une perspective télévisée sur le – désormais – plus célèbre édifice de la ville. Un beau trompe-l’œil. Faute d’entretien, la tour Perret a été fermée au public en 1960. Depuis, ce monument, qui n’était pas conçu pour durer, agonise. Le béton s’effrite. Les pigeons y déposent le fruit agressif de leur digestion. Les noctambules y taguent des messages que seules leurs libations excusent – et encore.

Que fait donc la Ville pour ce monument historique, classé en 1998 ? Majorité municipale après majorité municipale, le sujet ressurgit. La polémique sur les coûts aussi. Puis les palabres dérivent vers d’autres priorités : la cohabitation vélos-piétons, un parking en épi ou en bataille… La tour renaîtra-t-elle enfin ? Le maire, Eric Piolle, s’y était engagé. Il semble tenir parole : fin juin, la réhabilitation était chiffrée à 8 millions d’euros, et le mécénat appelé à la rescousse. Une entreprise née à Genevrey-de-Vif, un petit village à quelques kilomètres de Grenoble, est prête à mettre la main à la poche. Il s’agit de Vicat, qui fête cette année les 200 ans de l’invention du ciment artificiel. La preuve que le béton est fait pour durer.

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