[TO] Urbanisme et aménagement

paysage Une scénographie pour le site du pont du Diable

Mots clés : Aménagement paysager - Manifestations culturelles - Tourisme

L’opération Grand site Saint-Guilhem-le-Désert et gorges de l’Hérault a pour objectif d’améliorer l’accueil des touristes et de préserver le paysage et son illustre pont roman.

C’est l’un des sites touristiques français qui attire les foules chaque été : le pont du Diable et ses abords, un paysage de collines, de garrigues et de vignes, situé au débouché des gorges de l’Hérault. Ses roches en calcaire gris clair et ses plages naturelles ombragées en font le premier lieu de baignade en eau douce du département. Autre curiosité, le pont lui-même, ouvrage roman du XIe siècle, aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco.

Le Grand site Saint-Guilhem-le-Désert et gorges de l’Hérault (1) accueille 700 000 visiteurs par an. Une affluence qui était devenue problématique sur le site du pont du Diable : déchets remontés des berges, stationnement anarchique, problèmes d’accessibilité et de sécurité… « Il était urgent de mieux organiser les flux des piétons et des voitures, d’améliorer la qualité de l’accueil, et de faire en sorte que les riverains soient moins dérangés par cette affluence estivale », explique Louis Villaret, président de l’intercommunalité qui conduit l’opération Grand site (OGS) depuis 1991.

Une gravière pour accueillir le stationnement

L’aménagement des abords du pont du Diable constitue le volet essentiel de cette OGS. Mais sa gestation a été longue. La topographie, encaissée, faisait redouter que la moindre intervention ne dégrade ce paysage. Jusqu’à ce qu’une ancienne gravière, à 1000 mètres en aval du pont, soit remise au jour permettant d’accueillir enfin, dans de bonnes conditions, un parc de stationnement.Retenus à l’issue d’un concours de maîtrise d’œuvre, les paysagistes de l’agence APS mettent en avant une vision respectueuse de l’identité du site. « Tout l’enjeu était de conserver les équilibres en place avec un projet qui s’attache à révéler ce paysage plus qu’à le transformer », résument les paysagistes.

Glissés dans les replis des roches calcaires, ces aménagements résultent pourtant de lourds travaux de terrassement. Le parc de stationnement, installé dans l’emprise élargie de l’ancienne carrière, répartit les 440 places en trois terrasses étagées. La route départementale (RD27) a même été dévoyée sur quelque 300 mètres, afin de séparer les circulations piétonnes et automobiles. Les anciens remblais routiers ont été démolis pour remettre à nu la roche aux abords immédiats du pont du Diable.

Un chemin en belvédère sur la vallée

Désormais sécurisé et à l’abri des nuisances, le cheminement principal se présente en belvédère sur la vallée, offrant de nouveaux points de vue, lointains et rapprochés, sur le pont du Diable. Son parcours est jalonné par deux ouvrages qui jouent aussi la discrétion, presque l’effacement. La Maison du site, malgré son linéaire (plus de 70 mètres de long), est invisible depuis la route départementale : elle est semi-enterrée dans la terrasse alluviale haute de l’Hérault et végétalisée en toiture avec des essences de garrigue. La passerelle des Anges ensuite, enjambant la combe, un trait sobre dans le paysage qui relève d’une prouesse technique (2). C’est la première fois en Europe qu’est utilisé le béton de fibres ultra-haute performance (BFUP) pour un ouvrage d’art. « Sur ce site, tous les ponts incarnent la technologie de leur époque. Le pont roman, le pont routier de la fin du XIXe siècle, et aujourd’hui la passerelle qui exprime la modernité de ce début du XXIe siècle », affirme l’architecte Rudy Ricciotti.

D’autres cheminements sont créés ou rénovés, certains accèdent aux plages sur les deux rives, un autre rejoint la grotte de Clamouse. Les flux des voitures ont aussi été minimisés, avec la mise en place d’une navette qui emmène les touristes à Saint-Guilhem et désengorge ce village. On l’attend sur une vaste esplanade aménagée à cet effet, plantée de pins d’Alep et agrémentée de tables prévues pour des pique-niques.

Valorisation économique du site

Pour réaliser cette opération, plusieurs principes écologiques ont été retenus. Les déblais et remblais ont été gérés sur place, et le calcaire extrait de l’ancienne carrière a été exploité sous plusieurs formes : en concassé pour le paillage, en granulats pour le revêtement bi-couche du stationnement et de la route, et pour le béton désactivé des cheminements piétons principaux.

La végétation des berges, nettoyée, a été complétée avec des essences botaniques locales – chênes blancs, chênes verts et pins d’Alep –, de même que les abords du pont du Diable. Des noues créées entre les terrasses du parking, recueillent les eaux de pluie en cas d’orage. Celles-ci sont acheminées ensuite vers des bassins de rétention en contrebas, qui ont aussi pour fonction d’héberger les espèces faunistiques chassées de la carrière. Enfin, trois hectares de vignobles et oliveraies ont été plantés pour faire la couture entre le paysage et les nouveaux aménagements. Leur gestion a été confiée à des agriculteurs et des viticulteurs. La valorisation économique de ce site touristique n’a donc pas été oubliée. Mais en respectant l’identité et la morphologie des lieux.

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Six opérations labellisées « Grands sites de France »

Créée en 1906, puis modernisée en 1930, la loi organisant « la protection des sites et monuments naturels de caractère artistique » est toujours en vigueur et, chaque année, de nouveaux sites sont classés. On en compte plus de 2 600 sur le territoire français. Mais, pour que ces sites fassent l’objet de projets d’aménagement qui aillent au-delà de leur seule protection, l’Etat a mis en place en 1976 les opérations Grands sites. On en compte quarante-six à ce jour, visités chaque année par 27 millions de touristes. Certains sont dotés de structures de gestion – syndicats mixtes, établissements publics de coopération culturelle, communautés de communes – qui se sont fédérées en 2000 dans le réseau des Grands sites de France. Depuis 2002, le label Grand site de France , décerné par l’Etat pour une durée de six ans, récompense les sites engagés dans une démarche de gestion durable. A ce jour, six sites ont obtenu ce label : l’Aven d’Orgnac (07), la Sainte-Victoire (13), la pointe du Raz (29), le pont du Gard (30), Bibracte Mont-Beuvray (71), Le Puy de Dôme (63). En savoir plus : www.grandsitedefrance.com

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« Réhabiliter et mettre en valeur »

MPourquoi avoir créé le réseau Grands sites de France ?

Ce réseau est né d’un besoin, celui d’échanger et d’améliorer les pratiques des gestionnaires qui sont confrontés aux mêmes problématiques et partagent un même objectif, impulser un développement local intelligent et respectueux des sites. La démarche de projet est aussi la même, mais les réponses sont spécifiques car liées à l’identité et à la morphologie de chaque site. Cette démarche part d’une vision systémique du lieu, parce qu’on ne peut l’appréhender comme un monument fermé. La réflexion doit tenir compte aussi des dimensions économiques, sociales et culturelles, puisqu’on ne peut se limiter à n’agir que sur l’accueil touristique.

MY a-t-il urgence à lancer de nouvelles opérations Grands sites ?

Entre 100 et 150 sites mériteraient d’être réhabilités et mis en valeur. Ce sont des sites au croisement d’enjeux multiples (protection et gestion du patrimoine paysager et architectural, de la biodiversité, des espaces naturels et agricoles…) et l’OGS permet d’avoir une vision transversale de ces enjeux, d’agir à bonne échelle en dépassant les frontières administratives. La Sainte-Baume, la vallée de la Vézère, Vézelay, mais aussi des sites très urbains comme le Champs de Mars. Tous posent des problèmes de gestion et de maîtrise des flux importants.

MQuelles sont les retombées économiques locales des opérations Grands sites ?

Au-delà des retombées liées aux travaux de réhabilitation ou de création de dispositifs d’accueil du public, la gestion territoriale de ces sites repose d’abord sur une organisation collective. Par exemple, des partenariats avec les mondes agricole et forestier permettent l’introduction de pâturages, de vignobles et de l’agriculture qui nous aident à maintenir des paysages ouverts. Il y a aussi la vente sur site de produits locaux. Mais ces opérations enclenchent parfois une dynamique beaucoup plus large. C’est le cas du Puy Mary dans le Cantal, où de nouveaux concepts d’hébergement touristique sont apparus. Le gestionnaire du site a une bonne connaissance du tissu rural et peut apporter son appui au porteur de projet privé.

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Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : communauté de communes Vallée de l’Hérault.

Maîtrise d’œuvre : APS, paysagistes mandataires (Hubert Guichard; Jean-Louis Knidel; Gilles Ottou) ; Rudy Ricciotti, architecte ; Cap vert, BET ; Studio Totem, designer.

Montant total de l’opération : 7 925 000 euros HT.

Financements : communauté de communes 31 %, Europe 7 %, région 16 %, Etat 18,5 %, conseil général 27,5 %.

(1) 10 000 hectares répartis sur cinq communes : Aniane, Montpeyroux, Puéchabon, Saint-Guilhem-le-Désert et Saint-Jean-de-Fos. (2) Voir aussi le portfolio sur www.lemoniteur.fr
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