Evénement

Paul Chemetov « La monumentalité semblait, pour nous, une évidence »

Mots clés : Architecture - Conservation du patrimoine - Maîtrise d'œuvre

L’Atelier d’architecture et d’urbanisme (AUA) a initié entre les années 1960 et 1980 une démarche pluridisciplinaire de la pratique urbaine et architecturale. Créé par Jacques Allégret, l’AUA qui a vu passer dans ses rangs une centaine de professionnels – notamment Paul Chemetov, Henri Ciriani ou Michel Corajoud – a marqué une génération de maîtres d’œuvre par son engagement social et politique. À l’occasion de l’exposition rétrospective qui lui est consacrée à la Cité de l’architecture et du patrimoine du 30 octobre 2015 au 29 février 2016, Paul Chemetov rappelle ici quelles ont été les particularités de cet « atelier » hors du commun et le contexte politique et économique dans lequel il a évolué.

Le hasard place l’exposition consacrée à l’AUA à la suite des célébrations du cinquantenaire de la mort de Le Corbusier. Or, il y a cinquante ans, l’AUA recevait (avec l’Atelier de Montrouge et l’agence Salier-Courtois-Lajus-Sadirac) le prix du Cercle d’études architecturales. On imagine qu’il était pour vous grand temps que soit mis en valeur le travail de l’AUA, fondé en 1960, en pleine crise des CIAM ?

Oui, en effet, les choses ont pris du temps : le projet remonte à 1995. L’initiative était alors venue du Centre Pompidou et elle n’a pas abouti, aussi pour des raisons propres à l’AUA. Il était probablement trop tôt, nous étions alors quasiment tous en activité, chacun sur sa lancée et cela rendait difficile ce travail rétrospectif. L’AUA sous sa forme originelle, une coopérative de moyens, n’était dissout que depuis dix ans. Je suis convaincu qu’on ne peut comprendre l’AUA sans avoir pleinement à l’esprit le contexte des Trente Glorieuses dans lequel il a émergé, les rapports de forces, les conflits, les mutations de la société de l’après-guerre.

Le titre de l’exposition est « Une architecture de l’engagement ». Mais cet engagement était d’abord politique…

Il y avait bien entendu un engagement politique chez la plupart d’entre nous, mais on nous a collé une étiquette de « rouges vifs » qui ne correspondait pas à la réalité. Certains étaient proches du parti communiste – et, de fait, nous avons beaucoup travaillé pour des municipalités à direction communiste dans les banlieues nord et est de Paris -, mais les sensibilités étaient nombreuses. On trouvait aussi à l’AUA un autogestionnaire, un chrétien-social, un anarchiste… Globalement nous défendions tous les valeurs du progrès social. L’architecture telle qu’on la pratiquait alors – les grands ensembles, les grandes compositions – ne nous intéressait pas. Nous refusions ce cynisme qui permettait à nos aînés, même les plus brillants, de construire des logements par milliers. Il faut se rappeler les échelles des programmes de l’époque : quand Georges Loiseau et Jean Tribel gagnent le concours lancé par la Caisse des dépôts, réservé aux moins de 35 ans – ce qui leur permettra d’entrer à l’AUA – le programme porte sur 1 700 logements. Quelques années plus tard, ils feront pour Grigny un projet de 4 000 logements ! À titre personnel, je n’ai jamais construit plus de 300 logements sur le même site.

En opposition au système de l’École des beaux-arts, votre pratique de l’urbanisme et de l’architecture se fondait sur une...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 246 du 13/11/2015
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