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Patrick Mallié, promoteur immobilier Chauffage électrique pour un bâtiment basse consommation

Mots clés : Efficacité énergétique - Energie renouvelable - Equipements techniques et finitions - Gestion et opérations immobilières - Produits et matériaux

Le secteur du bâtiment est le plus gros consommateur d’énergie et le 2e plus gros producteur de gaz à effet de serre. En outre, dans le logement, le poste chauffage représente 69 % de l’énergie consommée. C’est pourquoi le Grenelle de l’environnement a focalisé sur le sujet considérant qu’il était plus facile d’agir vite et fort sur ce poste (avec des espérances de résultats rapides) que sur le poste transport et déplacement.

Nous réalisons un programme de 88 logements (52 en accession et 36 sociaux), « Les lofts des Salines » à La Rochelle. Il s’agit du premier programme BBC (bâtiment basse consommation) de cette ville. Cette opération peut être une base de réflexion sur les contradictions de la réglementation thermique française qui reste le fruit de compromis entre la politique énergétique nationale (partage entre le mix énergétique d’EDF et celui de GDF Suez) d’une part, et les lobbies des grands industriels du bâtiment d’autre part. Elle peut être une base de réflexion aussi pour les élus et les services d’urbanisme des collectivités territoriales qui croient prendre une décision vertueuse en interdisant le chauffage électrique dans les programmes neufs.

Choix de l’option énergétique

Il est facile de faire un bâtiment neuf basse consommation avec une chaudière gaz à condensation ou avec un réseau de chaleur. La réglementation est calibrée pour pousser dans ce sens. Or, comble de l’impertinence, nous avons choisi un chauffage électrique dans un quartier disposant du gaz de ville et d’un réseau de chaleur. Nous avons mené une étude économique basée sur un raisonnement en coût global (vingt ans) comparant divers systèmes de chauffage : coût d’installation, d’abonnement, de maintenance, durée de vie et coût de remplacement, coût d’énergie, incidence sur le calcul réglementaire, adéquation aux usages des habitants, impact des charges sur le budget mensuel. Les résultats de l’étude indiquent que dans un bâtiment BBC dont l’orientation, l’enveloppe, l’étanchéité à l’air ont été optimisées, et seulement dans ce cas, tout autre chauffage que le chauffage électrique est un surinvestissement avec pour le maître d’ouvrage un prix de revient plus élevé (répercuté sur les prix de vente et donc sur la rentabilité locative), pour les locataires du privé par des loyers et charges plus importantes et pour les bailleurs sociaux, confrontés au prix de loyers réglementés, par plus de difficulté à équilibrer leur opération.

Nous avons donc retenu les choix d’énergie suivants : radiants et convecteurs programmables pour le chauffage, production d’eau chaude solaire collective, assistance de la production d’eau chaude par le réseau de chaleur urbain, systèmes de délestage au tableau des appartements, technologies à variation de fréquence. On notera que si nos calculs nous ont conduits à ne pas utiliser le réseau de chaleur pour le chauffage, nous avons été obligés par le calcul réglementaire de la RT 2005, pour atteindre le niveau BBC, de supprimer l’assistance électrique de l’eau chaude solaire. En effet, la pénalité du coefficient de 2,58 (énergie primaire-énergie finale) ne permettait pas de descendre en dessous des 50 kWh/m²/an malgré un besoin de chauffage très faible dû à la qualité de l’enveloppe.

Cet ensemble de choix techniques, le plus avantageux économiquement parlant, n’est reproductible que si un réseau de chaleur urbain est disponible, ce qui est rare. Comme le niveau de performance BBC va devenir obligatoire, le surinvestissement sera la règle, avec des chaudières à condensation, chaudières bois ou pompes à chaleur, toutes solutions qui devraient être réservées aux cas où il est difficile d’améliorer l’enveloppe des bâtiments et de supprimer les ponts thermiques, c’est-à-dire en réhabilitation.

Investir dans le photovoltaïque

Il y a pourtant des solutions techniques qui seraient plus conformes aux engagements de la France en termes d’application du « paquet énergie-climat » et des directives européennes sur les réductions d’émission de CO2. Pourquoi appliquer un coefficient de 2,58 de conversion énergie finale/énergie primaire si le bâtiment est abonné à un énergéticien fournissant de l’électricité 100 % renouvelable ? Pourquoi limiter, dans le calcul réglementaire, la quantité d’énergie photovoltaïque produite à 12 kWh/m²/an, ce qui empêche d’atteindre le niveau de performance BBC même si l’enveloppe est très efficace et les déperditions de l’immeuble très faibles ? Certes, le photovoltaïque coûte cher, mais ce n’est un surinvestissement ni pour le maître d’ouvrage ni pour les habitants puisque l’installation elle-même génère son propre retour sur investissement. Le photovoltaïque est le mode de production dont le prix va baisser le plus vite sur les vingt ans à venir. Ce n’est qu’en modifiant ces deux dispositions réglementaires qu’on pourra atteindre à moindre coût l’objectif de généraliser dès 2020 les bâtiments collectifs à énergie positive prévus par le Grenelle de l’environnement.

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