Evénement

PATRICK BOUCHAIN : CONSTRUIRE AVEC LE POLITIQUE

Mots clés : Architecte

Avant de devenir l’architecte iconoclaste que l’on connaît, Patrick Bouchain a connu un début de carrière singulier : entre 1968 et 1981, il a exercé son métier essentiellement comme scénographe pour le Parti communiste français. Il revient sur l’histoire peu connue de ses débuts professionnels et militants.

Patrick Bouchain suit dans les années 1960 des études à l’école Camondo et aux Beaux-Arts de Paris. Il devient membre du Parti communiste français peu de temps après Mai 1968, à son retour du service militaire, effectué en Afrique. Dans les années 1970, il milite à Paris dans le VI arrondissement, son quartier, en même temps qu’il enseigne à l’école des beaux-arts de Bourges. Grâce à l’effervescence culturelle et intellectuelle de sa cellule et au rayonnement de La Nouvelle Critique (1948-1980), la revue théorique du PCF, Bouchain est rapidement invité à exercer son métier de scénographe au service du parti. Considéré d’abord comme un technicien « spécialiste de la réglementation » pour rendre les manifestations politiques conformes aux règlements de sécurité, il comptera ensuite parmi ceux qui ont donné une esthétique nouvelle au parti. Il intègre les différentes structures de création liées au PCF. D’abord le collectif Unicité (Unité, cinéma, télévision) [1968-1976], attaché au secteur propagande, puis il rejoint les fondateurs du groupe Signis, qui prend comme modèle « ceux qui ont une vision globale du graphisme, de l’architecture et du design ».

Il aspire alors à imiter les Néerlandais de Total Design (fondé en 1963), ou les Anglais de Pentagram (fondé en 1972). Signis fera faillite en 1974.

Bouchain travaille sur des sujets très variés, comme le design d’une « unité mobile d’information», container urbain déployable avec des parois « sandwich » destiné aux besoins divers des collectivités locales, ou le dispositif itinérant d’une exposition audiovisuelle présenté pour la première fois à Grenoble lors du colloque « Pour un urbanisme… » (1974).

Bouchain continuera à œuvrer au PCF jusqu’à son exclusion, en 1981, pour reprendre l’enseignement en créant Les Ateliers-École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI) avec Jean Prouvé. C’est à cette période, qu’il considère à la fois formatrice et politique, que cet entretien est consacré.

« JE METTAIS MON MÉTIER AU SERVICE D’UNE ACTION »

Quelle est l’origine de votre adhésion au Parti communiste français ?

Je viens d’un milieu catholique. J’ai été élevé chez les jésuites et mon frère est prêtre. Chez nous, nous étions donc dans un catholicisme social. Mais j’étais intéressé, avant 1968, par tout ce qui changeait en France, y compris la contestation de l’Église. J’avais envie de rejeter d’où je venais, et je cherchais un autre endroit où je pouvais poursuivre une mission sociale. Il y a eu les événements de Mai 68, qui m’ont fait me poser des questions et, en fin de compte, j’ai décidé d’aller au Parti communiste français. Mais je n’ai jamais fait partie de ce que l’on appelait « l’aristocratie rouge ».

C’est étonnant pour un homme de votre génération d’adhérer au PCF après les événements de Mai 68 ?

Je suis sorti de l’école en 1966, puis suis parti en Afrique en 1967-1968 où j’ai fait mon service militaire au titre de la coopération en tant que directeur de la cinémathèque du centre...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 255 du 08/11/2016
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