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Pascal Cribier, Jardinier fulgurant et inspiré

Il était beau et le savait, élégant, avec parfois une touche de farfelu – d’abominables baskets par exemple – les yeux azur, -transparents et perçants. Pascal Cribier s’est donné la mort dans la nuit du 3 au 4 novembre dernier, dans son appartement en belvédère sur les arbres du jardin du Luxembourg à Paris. Il évoquait cette fin depuis plusieurs mois, touché par une maladie évolutive et invalidante. « Je souffre tant physiquement et moralement que je ne peux plus créer », disait-il. Touché aussi par le temps qui passe, l’angoisse de ne plus tout contrôler, lui qui contrôlait tout jusqu’à l’infime détail. Touché encore par le décès récent de Robert Morel qui s’occupait du bois de Morville, qu’ils avaient créé ensemble avec Éric Choquet, à deux pas de l’église Saint-Valery à Varengeville-sur-Mer (Seine-Maritime). Un parc un peu fou, huit hectares d’une valleuse s’abandonnant vers la mer. Un parc d’enragés à vouloir inventer avec la nature locale en liberté surveillée, manipulée, redressée, enrichie, taillée, presque peignée-coiffée avec un art incroyable que les pluies incessantes de ces dernières années abîmaient et rendaient rétive à la main de l’homme. Un parc qui désormais l’épuisait, lui échappait alors qu’il s’entêtait.

Né en septembre 1953 à Louviers (Eure), dans une famille qu’il laissait penser modeste, Pascal Cribier habite à Paris porte de Vincennes. Il n’est pas un forcené de l’école et s’enthousiasme tout jeune pour les voitures, une passion qui ne cessera plus, lui qui circulait vite, trop vite, en Mercedes, Porsche et Golf GTI. À 14 ans, il quitte le système scolaire, pose pour des magazines et des publicités, fréquente pour peu de temps un lycée technique et surtout, intègre l’équipe de France de kart pendant trois ans. En 1972, il rencontre Éric Choquet et entame l’aventure du bois de Morville, une terre si difficile, si détrempée, que pas une machine n’y accède, que tout s’y fait à la main. La même année, il entre aux Beaux-Arts, puis en troisième année d’architecture à l’université Paris-VI, dont il sort diplômé en 1978. Suivent deux ans chez...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 249 du 14/03/2016
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