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Paris Le XIXe arrondissement, laboratoire d’urbanisme

Mots clés : Architecte - Architecture - Droit de l'urbanisme - Manifestations culturelles - Produits et matériaux - Rénovation d'ouvrage - Rénovation urbaine

– De nouvelles entreprises ont choisi de s’y implanter, et le théâtre de l’Odéon a décidé de s’y installer pour deux ans. – Depuis plusieurs mois, l’arrondissement connaît un regain de dynamisme. – La priorité est donnée à l’achèvement des opérations en cours, avec l’ambition de développer la concertation et un urbanisme à visage humain.

« Le XIXe est un quartier qui bouge et qui fait parler de lui », se félicite Roger Madec, le maire de l’arrondissement. Pour commencer, l’emploi revient. Entre mars 1996 et juin 1997, neuf entreprises (2 800 emplois), parmi lesquelles le Club Méditerranée et sa filiale Aquarius, le Crédit du Nord, et la Caisse primaire d’assurances maladie ont choisi de s’implanter dans ce quartier populaire du nord-est de la capitale qui, au cours des dix années passées a perdu près de 10 000 emplois. Le XIXe arrondissement marque aussi des points dans le domaine culturel. Le « 14-Juillet-sur-Seine », le nouveau cinéma de Marin Karmitz, inauguré en septembre 1996, contribue à l’animation du site du Bassin-de-la-Villette avec ses six salles (900 places) et son restaurant-bar-salon de thé.

Les élus du XIXe ont aussi obtenu l’inscription sur la liste supplémentaire des Monuments historiques des deux halles du 104, rue d’Aubervilliers. Occupées jusqu’à la fin de l’année par le service municipal des pompes funèbres, elles abriteront à partir de septembre-octobre 1998, pour deux ans, le Théâtre national de l’Odéon, obligé de quitter sa salle du Ve arrondissement pour cause de travaux. Depuis plusieurs mois, on parle aussi d’un projet de multiplexe à la porte de la Villette.

Pour les responsables de l’aménagement et de l’urbanisme parisien, ce « dynamisme » est le fruit de la politique de rééquilibrage vers l’Est parisien, souhaitée par Jacques Chirac. « Avant, on trouvait que la Cité des sciences et de l’industrie et le parc de la Villette étaient loin du centre de Paris. On a le sentiment, aujourd’hui, que le centre de gravité s’est un peu déplacé », remarque Yves Boucly, directeur général de la Semavip, aménageur de quatre ZAC (1) dans le XIXe arrondissement. Pour Michel Bulté, ancien maire du XIXe arrondissement et actuel adjoint au maire de Paris chargé du logement et de la construction, c’est aussi le résultat d’une action très concrète sur le terrain. A l’image, par exemple, des interventions sur le bassin de la Villette. « La place et l’esplanade de la Bataille-de-Stalingrad étaient devenues un haut lieu du marché de la drogue, explique-t-il. La place accueille désormais des fêtes foraines, des brocantes, et les quais ont été rendus aux promeneurs et aux familles. »

Pour transformer l’essai, le XIXe arrondissement ne manque pas de potentialités. « Dans le domaine économique, il pourrait y avoir une place pour les entreprises d’innovation et de haute technologie, dans le sillage de la Cité des sciences et de l’industrie, dont l’influence sur l’amélioration de l’image du quartier est incontestable », note Yves Boucly. Le bassin de la Villette constitue un autre atout. « Ce plan d’eau de près de 10 ha est un site unique dans Paris, souligne Michel Bulté. Si nous parvenons à y créer une véritable animation avec des activités sportives, de loisirs, des restaurants… il deviendra un lieu exceptionnel qui renforcera l’attractivité du secteur. »

Un projet pour le bassin de la Villette

A la demande de la Semavip trois bureaux d’ingénierie culturelle ont travaillé sur ce thème. Un projet, élaboré à partir de leurs propositions, devrait être présenté aux élus en novembre prochain. L’un des problèmes les plus difficiles à résoudre concerne le devenir des « Magasins Généraux ». Ces deux bâtiments – l’un a brûlé en 1990 et l’autre, depuis, est muré – appartiennent au domaine public fluvial de la ville de Paris. « Nous sommes à la recherche d’un programme de 12 000 m2 à 15 000 m2 », commente le directeur de la Semavip. L’idée d’y installer le musée de la Marine n’ayant malheureusement pas abouti, la réflexion s’est engagée dans d’autres directions. « Nous réfléchissons à un grand centre des médias et à un musée de la presse, précise Michel Bulté. Mais nous devons trouver des partenaires pour mener ce projet à bien. ».

Le XIXe arrondissement est enfin l’un des derniers endroits de la capitale à disposer d’importantes réserves foncières, en particulier dans le périmètre d’étude du projet de ZAC Paris-Villette-Aubervilliers (90 ha, 500 000 m2 de planchers) qui, pour cause de crise immobilière, n’a jamais été créée.

Selon le directeur de la Semavip, une vingtaine d’hectares sont viabilisés et accessibles dans ce secteur, et vingt autres pourraient l’être rapidement. Les EMGP possèdent ainsi un terrain de 5 ha de l’autre côté du périphérique, autrefois occupé par la Charbonnière (dépôt d’hydrocarbures).

« Deux hypothèses sont à l’étude concernant l’aménagement de ce site, explique Charles Salphati, P-DG des EMGP. Avec l’autorisation de la ville de Paris, nous pourrions réaliser des équipements commerciaux, qui bénéficieraient d’une vitrine de 600 m en bordure du périphérique. Sinon, le programme pourrait comporter des équipements tournés vers le loisir et le ludique avec, par exemple, un multiplexe et/ou un parc de loisirs virtuels. Une autre possibilité, c’est de louer le terrain en attendant une évolution du marché, poursuit-il. Tout va dépendre de nos discussions avec la ville de Paris, ainsi que des aménagements qui seront retenus sur le solde des terrains de l’ancien hôpital Claude- Bernard et des propositions du groupe de travail sur l’aménagement de la porte d’Aubervilliers. »

A la direction de l’aménagement et de l’urbanisme (DAU) de Paris , on se contente d’indiquer que « les études sur les perspectives d’utilisation des emprises du secteur d’aménagement Paris-Villette-Aubervilliers sont en cours », sans plus de précision.

Des opérations moins denses et mieux équilibrées

Aujourd’hui, la priorité pour la mairie de Paris n’est pas de lancer de nouvelles opérations mais d’achever celles qui sont engagées. Ce que regrette Charles Salphati : « La ville a perdu toute ambition sur ce secteur. L’ensemble de ses moyens est mobilisé sur Paris-Rive-Gauche. »

L’achèvement des ZAC en cours s’inscrit dans un nouveau contexte : celui de l’urbanisme à visage humain et de son corollaire, la concertation. Ce thème, cher au maire de Paris, est aussi revendiqué par Roger Madec, qui entend bien faire valoir son point de vue, même si en tant que maire d’arrondissement ses compétences sont très limitées.

« Les maux dont souffrent le XIXe arrondissement sont provoqués par la surdensification des années 70, déclare-t-il. On a construit sans se préoccuper des équipements publics et, aujourd’hui, nous sommes confrontés aux mêmes problèmes que la banlieue. Ce que nous souhaitons, ce sont des opérations moins denses, dans lesquelles les différentes catégories de logements soient mieux équilibrées, et avec des équipements publics intégrés dès le départ. »

Forte de ces principes, la nouvelle équipe municipale a donc demandé, en juillet 1995, une révision de la ZAC du Bassin-de-la-Villette (encadré). Elle a aussi réclamé la dédensification de la ZAC de la Porte-des-Lilas et la construction d’un mur antibruit. L’opération est aujourd’hui gelée. « On nous reproche de bloquer la construction de logements sociaux, constate Roger Madec. En fait, nous demandons que leur construction soit mieux répartie sur la capitale. »

Reconquête des quartiers difficiles

Autre priorité du maire d’arrondissement : la reconquête des quartiers difficiles et notamment celle de la cité Curial/Cambrai/Alphonse-Karr (1 700 logements), classée en site DSU (développement social urbain). « Les procédures se mettent lentement en place, souligne-t-il. Mais l’année 1997 devrait voir les premières réalisations. »

Il souhaiterait aussi que son arrondissement soit doté de nouveaux équipements sportifs et de loisirs – de ce point de vue-là, le projet de reconstruction de la piscine Pailleron (80 millions de francs) constitue un motif de satisfaction – ; que le réseau de pistes cyclables soit développé et que deux zones « quartiers tranquilles » soient aménagées…. « Beaucoup reste à faire pour que les habitants du XIXe aient la même qualité de vie que les autres Parisiens », conclut-il.

(1) La ZAC du Bassin-de-la-Villette, la ZAC Manin-Jaurès en voie d’achèvement, la ZAC Flandre Nord et la ZAC Flandre Sud.

Chiffres clef

165 000 habitants

(+ 1,52% par rapport à 1982).

678,7 ha (7,81 % du territoire communal).

68 500 emplois.

14,2 % de taux de chômage.

83 547 logements.

19,7 % de logements sociaux.

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Inauguration de « l'Espace Pont-de-Flandre »

Le 9 juillet, Jean Tibéri a inauguré « l’Espace Pont-de-Flandre », le pôle d’activités développé par la Compagnie des entrepôts et magasins généraux, rue de Cambrai. En 1994, une modification du POS avait permis la tertiarisation de ce site de 5 ha.

Les bâtiments les plus anciens ont été construits à partir de 1860, en briques et pierres meulières, récupérés des chantiers de démolition hausmanniens. Ils étaient utilisés pour le stockage des sucres, des farines et des alcools. Depuis 1987, EMGP en ont rénové quatre, dont celui abritant le Club Méditerranée (photo ci-contre) sur 12 000 m2 : maître d’ouvrage délégué , SA Plaine Création; maître d’oeuvre, cabinet BTAV; maître d’oeuvre pour les agencements spécifiques et conseil pour la sélection du mobilier, agence Canal (Daniel et Patrick Rubin). Deux autres devraient l’être d’ici à, la fin de 1998. De nombreux espaces verts ont été aménagés (agence François Maes) ainsi qu’une darse de 100 m de long. Pour 2000, EMGP prévoit la construction de 20 000 m2 de bureaux neufs et envisage, en étroite collaboration avec la direction de la voirie, la création d’une nouvelle voie qui, passant sous les voies SNCF, déboucherait rue Curial et améliorerait par là même l’accessibilité du site.

Le projet architectural de cette nouvelle entrée a été confié à l’architecte Jean-Claude Guibert.

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L'opération de la Porte-d'Aubervilliers en cours d'achèvement

Cette opération, d’une emprise de 4,5 ha correspondant à la partie ouest du terrain compris entre l’avenue d’Aubervilliers, le boulevard Mac-Donald, le quai de la Gironde et le boulevard périphérique, comprend 467 logements (moitié PLI-moitié PLA), réalisés par la Sagi et livrés au printemps dernier (architectes : Gilles Bouchez, Roland et Marie Schweitzer, Daniel Kahane). Une école de dix classes sera ouverte en septembre (architecte : Jean-Christophe Tougeron), et une halte-garderie de vingt places livrée à l’automne.

Le réaménagement de l’avenue de la Porte-d’Aubervilliers est achevé, ainsi que la construction du mur antibruit le long du périphérique.

Le terre-plein paysager de l’avenue de la Porte-d’Aubervilliers (2 200 m2) et la mise en valeur du mail (10 000 m2), situé au nord de l’opération, seront achevés à la fin de 1997, et un jardin public de 9 500 m2 sera réalisé en 1998 à l’est des immeubles de logement.

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Une concertation constructive

En juillet 1995, les élus du XIXe ont demandé une remise à plat de la ZAC Bassin-de-la-Villette où près de 500 logements restaient à construire avec deux objectifs : « moins de béton et plus d’équipements de proximité ». La concertation, qui ne s’est engagée qu’en décembre 1996, après l’occupation à plusieurs reprises d’un chantier de la Sagi par des représentants de l’Association du bassin de la Villette, a permis quelques avancées : la construction d’une école de douze à treize classes ; un équipement de la petite enfance, un terrain d’éducation physique, un local associatif, une légère dédensification du programme et la transformation d’une nouvelle rue en voie piétonne.

Ces nouvelles orientations en matière d’aménagement et d’urbanisme valent aussi pour les opérations privées. Soférim, qui aménage pour le compte de l’OCP (Office central pharmaceutique) un terrain de 2,6 ha, rue des Ardennes, a accepté d’introduire des PLA dans son programme (un peu moins de 500 logements hors résidence étudiante sont prévus dont 25 % en PLA-PLI, le reste se répartissant à parts égales entre le locatif libre et de l’accession). « La concertation a vraiment eu lieu», constate Roger Madec.

Pour sa part, Stim Bâtir a vu son projet (57 000 m2 de Shon sur le terrain de la SFP aux Buttes-Chaumont) recueillir 85% de non lors d’un référendum organisé par la mairie du XIXe en octobre 1995. La filiale de Bouygues a attendu que tous ses permis de construire fassent l’objet d’un recours devant le tribunal administratif pour engager les négociations avec l’association « Agir aux Buttes-Chaumont » qui réclame notamment une dédensification du programme. Par ailleurs, Roger Madec et Jean-Christophe Cambadélis, député du XIXe, viennent d’écrire à Claude Allègre, ministre de l’Education nationale, pour demander l’implantation sur le site d’un IUT. La réponse doit intervenir avant la vente effective du terrain à Stim Bâtir, prévue pour fin juillet (« Le Moniteur » du 30 mai, p. 121).

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