Annuel aménagement

Paris 20e Un collage de formes urbaines

Mots clés : Architecte - Architecture - Maison individuelle - Manifestations culturelles - Politique du logement - Produits et matériaux - Rénovation urbaine

Pour l’opération Planchat-Vignoles à Paris, l’architecte Edouard François a réinterprété la forme urbaine du quartier en implantant une barre d’habitat collectif en cœur d’îlot, entre deux bandes de maisons et ateliers d’artistes. Cet ensemble, habillé d’un patchwork de matériaux, répond à l’objectif d’une densité élevée sans rompre avec le contexte hétérogène du quartier.

Il y a quelques années encore, au motif d’éradiquer l’insalubrité, des îlots entiers d’habitat vétuste et de petits ateliers étaient rasés dans le 20e arrondissement de Paris, remplacés par des opérations neuves souvent hors d’échelle et déconnectées de leur contexte. La recomposition de l’îlot Planchat-Vignoles – une centaine de logements et onze ateliers d’artistes – illustre le virage amorcé par la Ville de Paris pour rénover ces quartiers faubouriens dans le respect de la morphologie des îlots : parcelles en longueur héritées du maraîchage, venelles étroites, bâti imbriqué et hétérogène, enfilades de cours… Ce projet représente aussi pour Paris Habitat, le maître d’ouvrage, un tournant dans la manière d’aborder la densité urbaine. « Nous avons recherché l’équilibre entre le maintien de la ville traditionnelle et la recherche de formes urbaines plus contemporaines et plus denses », explique Antoine Bour, directeur général adjoint (lire experts p. 52).

Les étroites venelles et impasses qui desservaient cet îlot ont été conservées. Quelques maisons ont même été refaites à l’identique « pour créer des accroches avec le contexte et faire en sorte que la greffe prenne », justifie l’architecte Edouard François. Mais surtout, le projet évite de loger le programme, dense, dans de hauts immeubles collectifs sur rue qui seraient venus rompre le charme de ces rues édentées. Sur rue donc, les dents creuses sont restées. Seules deux serres, en mémoire de ce parcellaire maraîcher, ont été ajoutées, pour accueillir les halls d’entrée, boîtes aux lettres, garages à vélos et poussettes. La densité bâtie est logée en cœur d’îlot, dans une barre à R 3, quasi traversante, insérée entre les deux venelles. « Mais il fallait fragmenter son échelle et donner aux habitants le sentiment de ne pas habiter dans un immeuble collectif », ajoute l’architecte. La trame structurelle est donc calée tous les six mètres pour que la barre suive au plus près la pente du terrain et que sa hauteur varie en conséquence. De même, c’est une série d’escaliers extérieurs, accrochés en façades, qui assure la distribution des appartements. « On a ainsi évité les halls d’entrée, les escaliers encagés et ascenseurs qui connotent fortement le logement collectif ; c’est aussi un moyen de diminuer les charges de l’immeuble ». Dans la même optique, les surfaces ont été réduites de 10 % par rapport aux surfaces standard du logement social, le montant du loyer étant établi en fonction du nombre de m2, « pour cibler une clientèle vraiment sociale et ne pas faire de palais pour bobos ».

En vis-à-vis, les maisons, parfois superposées à un studio ou un petit appartement à RDC indépendant, se différencient par leur bardage de façade. « Les matériaux sont ceux du quartier : tuile mécanique rouge en toiture, zinc, enduits à la chaux, béton brut pour supporter de la vigne vierge ou du lierre… L’ensemble se lit comme un patchwork, en réponse à l’hétérogénéité du quartier, à son architecture de bric et de broc », souligne l’architecte. C’est également une végétation dense qui colonisera les façades de la barre. Les tuteurs, un échafaudage de bois, sont en place, sur toute la hauteur du bâtiment. La terre du site, purgée, décompactée sur trois mètres d’épaisseur a été remblayée avec de la terre biologique. Parmi les essences : glycines, budleias et diverses plantes qui ne nécessitent ni engrais ni pesticides, mais aussi une végétation spontanée. Ce paysage aléatoire devrait, selon l’architecte, prendre l’apparence d’une friche urbaine. Mais il faudra patienter encore un peu pour apprécier le résultat.

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ENCADRE

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage: Paris Habitat-OPH.

Maîtrise d’œuvre: Edouard François (architecte) ;

Betom (BET); Philippe Talbot & associés (économiste).

Superficie: 7700 m2 Shon.

Programme: 98 logements, 11 ateliers d’artistes, commerces, 52 places de parkings, 44 PLS, 43 Plus et 12 Plai. Programme labellisé Habitat et Environnement

RT 2000 – 15%.

Coût moyen: 1300 euros/m2.

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