[TO] Urbanisme et aménagement

Parcs urbains Des parcours de l’eau à ciel ouvert

Mots clés : Aménagement paysager - Coûts et prix - Eau - Espace vert - Rénovation urbaine

Dans des tissus urbains toujours plus denses, les espaces verts sont plébiscités par les habitants. Répondre à ce besoin de nature est cependant une tâche complexe en raison notamment d’un foncier souvent rare, de coûts d’entretien importants et d’une rationalisation des usages de l’eau potable. Une génération émergente de parcs urbains vient depuis quelques années répondre à ces nouveaux enjeux. Aménagés sur des terrains en friche ou des délaissés, ils s’inscrivent dans la trame piétonne des villes tout en assurant par leur conception une économie de ressources, en mobilisant les eaux pluviales. Exemples avec le jardin des Géants (Lille) et le parc Ouagadougou (Grenoble).

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Lille Bambous et iris alimentés par captage

Transformer un parking de surface en un écrin de verdure propice à la promenade et aux loisirs, c’est l’étonnant pari tenu par le jardin des Géants à Lille, un espace vert ouvert au public depuis juin 2009.

Le site, à proximité du quartier d’affaires Euralille, s’étire le long du boulevard périphérique sur plus de 2,5 hectares. Un foncier peu attractif à première vue, sur lequel avait été aménagé dans les années soixante-dix un parking de plus de 300 places, utilisé par les salariés du siège de la communauté urbaine Lille Métropole.

Des « silhouettes-totems » en acier et osier tressé

En 2003, le regroupement des services de l’intercommunalité a lancé la réflexion sur le réaménagement de son siège. L’étude a abouti à une « opération-tiroirs », dont le jardin des Géants constitue la seconde réalisation, après l’enfouissement du stationnement dans un parking silo de 550 places. Appelé à devenir une véritable rotule urbaine entre Euralille et les quartiers alentours, le jardin des Géants a fait l’objet d’une programmation, en collaboration avec le Conservatoire international des jardins de Chaumont-sur-Loire. En 2005, le concours a désigné lauréat le groupement emmené par les paysagistes de l’atelier Mutabilis.

La réponse de l’équipe de maîtrise d’œuvre à la demande initiale d’un « jardin d’exception » est d’abord poétique. Des géants, personnages récurrents des traditions nordistes, au nombre de 85, comme autant de communes membres de Lille Métropole, ont sondé le sol d’un parking pour y retrouver des sources et faire émerger en surface un jardin témoignant de la volonté de transformation de toute une région.

De la métaphore à la réalité, restent des principes de composition et de fonctionnement. Aux architectures des tours de bureaux d’Euralille répondent dans cet espace vert des « silhouettes-totems », émergences en acier ou en osier tressé habillées de végétation, évoquant les géants.

Ambiances contrastées

Ces structures, dont certaines reçoivent des équipements précis (serre, restaurant.), sont disséminées dans le jardin, leur mise en lumière agissant la nuit comme un signal depuis le périphérique.

Cet espace vert offre par son traitement des contrastes de paysages et d’usages. Recouvrant le parking silo, le Parvis des nuages est ainsi une partie du jardin plus minérale et sèche, faisant le lien avec le centre-ville et notamment l’accès à la gare Lille Europe.

Surfaces engazonnées, plantées de graminées et sols minéraux alternent sur cette partie ouverte du jardin. L’Herbe des géants marque la transition vers un traitement plus végétal, avec des ambiances plus privatives et intimistes. Dans cet espace mitoyen du périphérique, un couvert végétal dense, composé de bambous et de voiles d’acier Corten et de bois tressé (Canevaflor), isole les promeneurs de la route. Enfin, le jardin des Sources est marqué par une forte présence de l’eau, avec une végétation luxuriante (bananiers, papyrus, lotus, prêles, nymphéas.) protégée du piétinement par des circulations surélevées.

Captage sur nappe

Au total, pas moins de 45 000 végétaux ont été plantés dans le jardin des Géants. Pour répondre aux besoins en eau, les concepteurs ont d’abord tiré parti de la proximité de la ressource phréatique, affleurant à deux mètres du sol. « Un captage sur nappe permet en surface de mettre à niveau des bassins étanchéifiés par bentonite dans le jardin des Sources. L’eau est alors filtrée par un substrat de sables et de graviers planté d’hélophytes (roseaux, typhas et iris) », explique la paysagiste Marie Mondésert, de l’atelier Mutabilis. Débarrassée de son éventuelle charge polluante, elle est ensuite intégrée dans un parcours de l’eau à ciel ouvert.

Bassins, mares, vasques et rigoles construisent des ambiances aquatiques. Les dispositifs d’arrosage sont dissimulés dans des endroits inattendus, comme les « Têtes cracheuses », sculptures de fonte de Quentin Garel. Les eaux pluviales font, elles aussi, l’objet d’un recyclage par cette trame hydraulique, la ressource non infiltrée étant pompée au point bas du site pour être recirculée dans le jardin des Sources.

Maître d’ouvrage : communauté urbaine de Lille Métropole.

Maîtrise d’ouvrage déléguée : Saem Euralille.

Maîtrise d’œuvre : atelier Mutabilis, paysagiste ; Duncan Lewis, architecte et design ; Stéphanie Buttier, artiste paysagiste ; Quentin Garel, artiste sculpteur ; Arc-en-scène, scénographe ; DVVD, ingénierie du bâtiment ; Sogreah consultants, BET infrastructure ; Atelier d’écologie urbaine, BET environnement et hydraulique.

Surface : 2,5 ha.

Réalisation : octobre 2007-juin 2009.

Coût de réalisation : 5,8 millions d’euros HT.

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Grenoble Stocker les eaux de toiture

Au sud de Grenoble, le parc Ouagadougou, référence au jumelage de la Ville avec la capitale du Burkina Faso, remplit des fonctions à la fois urbaines et écologiques. Cet espace vert d’un peu plus d’un hectare, livré fin 2008, a été aménagé à l’extrémité de la ZAC Teisseire, sur un ancien site de production d’appareillage électrique.

« C’est un espace public aménagé au cœur d’une des trois grandes opérations de rénovation urbaine de Grenoble, à l’articulation des quartiers Teisseire et Jouhaux. Le souhait de la Ville était d’établir un lien physique entre les constructions neuves de la ZAC Teisseire, plus de 420 logements en accession, et les immeubles réhabilités », explique Philippe de Longevialle, adjoint au maire de Grenoble, en charge de l’urbanisme.

Premier enjeu : décloisonner ces quartiers d’habitat social par l’aménagement d’un espace vert commun : « C’est un rôle important. Le parc de Ouagadougou a vocation à fédérer des espaces voisins mais assez repliés sur eux-mêmes. Il s’inscrit d’ailleurs dans une démarche plus large de maillage des espaces verts alentours par des liaisons douces, dont il constitue une étape majeure », ajoute Philippe de Longevialle.

La réponse des concepteurs, choisis sur références en 2007 : offrir un espace le plus ouvert possible, à la fois sur le tissu immédiat et sur le grand paysage.

Prairie fleurie et jardins thématiques

Ainsi, les limites du parc Ouagadougou ont d’abord été traitées de façon douce : mur incliné annonçant l’espace vert depuis l’avenue des Jeux-olympiques ; esplanade de pins en belvédère au sud ; à l’est, sols striés et sciés à joints ouverts ménageant une transition entre la rue et le végétal. Une relation ouverte à la ville, que vient compléter un travail sur les reliefs à l’intérieur du parc.

La topographie du site étant, comme dans le reste de la ville, quasi-plane, l’agence des paysages Dubois, mandataire de l’équipe de maîtrise d’œuvre du parc, a pris le parti de créer, à partir des matériaux issus de la démolition, une pente douce ouverte sur les nouveaux bâtiments de la ZAC Teisseire.

Ayant économisé de nombreuses rotations de camion en ville, ce modelé distingue nettement deux espaces. D’une part, le terrain décolle vers l’est du parc, dépassant le premier plan de la ville. Cette partie de l’espace vert, traitée en prairie fleurie sur son pourtour, ouvre les vues sur les massifs montagneux ceinturant Grenoble. D’autre part, au point bas du site, une série de quatre jardins thématiques en creux construit au contact des nouveaux logements de la ZAC Teisseire une ambiance plus urbaine et intime, autour de jeux évocateurs de contes du Dauphiné : l’empreinte du dragon, la grotte des fées, le labyrinthe.

Ces principes d’intervention fixent différents usages (promenade, jeux pour enfants, détente sur la pelouse.) mais assurent également des fonctions hydrauliques. Parmi les exigences de la Ville, le parc Ouagadougou devait en effet gérer en surface ses eaux pluviales mais aussi celles collectées en toitures et dans les espaces publics du quartier en construction. La grande pelouse en pente douce de l’espace vert répond aux contraintes d’écoulement par gravité, au sein d’un parcours de l’eau à ciel ouvert conçu à l’échelle de la ZAC Teisseire. Ainsi, dans cette greffe urbaine étendue sur 2,2 ha (hors parc), une noue de récupération, aménagée dans la sente piétonne liaisonnant les espaces verts du quartier, draine les écoulements jusqu’à un canal planté à la bordure ouest du parc Ouagadougou.

En cas de fortes précipitations, deux bassins supplémentaires écrêtent les débits. Des plantes y assurent la filtration des eaux pluviales, avant que celles-ci n’irriguent par gravité, via des cunettes, le plateau des jardins thématiques. Une zone humide en bordure de la grande pelouse, espace bordé d’un quai que l’on traverse sur des pontons, assure alors l’infiltration des eaux collectées. L’eau mise en scène, par la collecte, la filtration, l’irrigation et l’infiltration, devient ainsi un élément d’animation ponctuelle, tout en garantissant une alimentation économe à cet espace vert.

Maître d’ouvrage : ville de Grenoble.

Maître d’œuvre : agence des paysages Dubois, paysagiste (mandataire) ; Sint-Sinbio, gestion de l’eau ; E2CA, économiste.

Surface : 10 500 m².

Réalisation : octobre 2007-juillet 2008.

Coût de réalisation : 1,6 million d’euros TTC.

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