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PALAIS DES TUILERIES, le retour

Mots clés : Architecture - Association et mouvement associatif - Culte - Rénovation d'ouvrage

Spécialiste de l’architecture des Temps Modernes, Jean-Marie Pérouse de Montclos rend compte d’une journée d’étude organisée par l’association Avenir & Patrimoine pour éclairer le débat qui s’est ouvert sur le projet de reconstruire à l’identique le palais des Tuileries au cœur de Paris.

Incendié en 1871 par les insurgés dans les combats menés par le gouvernement pour anéantir la Commune, le palais des Tuileries pouvait être restauré. Mais, en 1882, une loi lui a fait subir une sorte d’exorcisme : pour en chasser les êtres qui le hantaient encore, pour effacer le lieu où s’était apprêtée, sous l’autorité de l’Empereur, la défaite contre la Prusse, pour mettre la jeune République à l’abri d’un retour des flammes de l’Empire, elle a rasé le palais. D’admirables vestiges ont été alors entreposés dans des cours et des jardins publics, abandonnés aux intempéries ou vendus à l’encan et dispersés dans l’Europe entière où ils sont demeurés.

Fort du soutien de quelques personnalités et de l’exemple des reconstructions de monuments insignes qui se multiplient aujourd’hui en Europe, l’Académie du Second Empire a obtenu la création d’un très officiel comité chargé d’étudier un projet de reconstruction des Tuileries en l’état dans lequel l’édifice était juste avant l’incendie. Pour examiner celui-ci sine ira et studio (c’est-à-dire hors du comité où l’engagement avait précédé l’étude !), l’association Avenir et Patrimoine, présidée par Philippe Prost, a organisé le 20 octobre 2007 une journée de réflexion à laquelle j’avais convié Michael Petzet, président de l’Icomos international, Dmitry Shvidkovski, recteur de l’Institut d’architecture de Moscou et vice-président de l’Académie des Beaux-Arts de Russie, Tamas Fejerdi, vice-président de l’Icomos hongrois, Pedro Navascues, professeur à l’Ecole d’architecture de Madrid et président de la commission des monuments à la Real Academia de San Fernando. Ces éminents spécialistes nous ont présenté les reconstructions de la Frauenkirche de Dresde, du palais royal de Berlin, du château de Tsarskœ Selo et de l’église du Sauveur à Moscou, du château royal de Visegrad et de l’alcazar de Tolède. Léon Pressouyre, professeur émérite de l’Université, à qui l’Unesco avait donné la présidence du comité international pour l’étude de la reconstruction du pont de Mostar, nous a décrit les avatars de la réalisation. Claude Mignot, professeur à Paris IV, et Alexandre Gady, maître de conférence à Paris IV, ont retracé l’histoire des Tuileries et des destructions faites à Paris par la Commune. Pour ma part, j’ai développé les critiques qu’inspire à quelques-uns le projet de reconstruction. Toutes ces communications sont consultables sur le site d’Avenir et Patrimoine.

Mémoire et interprétation

Le tragique de sa disparition a conféré au cher disparu une aura qu’il n’avait pas de son temps. L’immense château qu’avait projeté De l’Orme pour Catherine de Médicis serait assurément venu s’inscrire parmi les merveilles de l’architecture s’il avait été réalisé ; fort réduit, il n’a formé que le noyau du palais des Tuileries, peu à peu étendu entre Seine et rue de Rivoli en une suite d’interventions peu cohérentes : l’une a même détruit le grand escalier central suspendu, chef-d’œuvre de la stéréotomie à la française. Les Tuileries n’ont jamais figuré dans l’anthologie des classiques, ce répertoire des œuvres reconnues par l’opinion et la critique du XVIIe et du XVIIIe siècles comme dignes d’imitation...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 183 du 01/11/2008
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