Technique et chantier

Ouvrage d’art Le pont de Térénez atteint les sommets

Mots clés : Technique de construction - Travail

L’un des ouvrages d’art français les plus originaux et complexes est en construction sur les rives de l’Aulne, à la pointe du Finistère. Muni d’un tablier courbe soutenu par 144 haubans ancrés dans des pylônes de 100 m de hauteur en forme de lambda, il a donné du fil à retordre à ses concepteurs. Il en donne aujourd’hui à ses constructeurs.

Il fallait qu’il soit courbe. C’était la contrainte majeure, pour que les travées de rives puissent se raccorder à la route existante, quasi-parallèle à la côte. Il fallait aussi que l’Aulne, le fleuve côtier qu’il enjambe, soit traversé d’une traite afin d’éviter les piles en rivière qui obstruent la vue et le débit de l’Aulne elle-même. Un pont très courbé et de grande portée. C’est comme cela que l’idée du nouveau pont de Térénez, qui relie la presqu’île de Crozon au Faou, est née : des haubans ancrés dans des pylônes en lambda soutenant un tablier en forme de fer à cheval. Dans ce pont tout est question d’équilibre, tant en phase constructive qu’en phase d’exploitation. Au démarrage des réflexions, menées par l’ingénieur Michel Virlogeux et l’architecte Charles Lavigne, décédé en 2002, les pylônes avaient la forme de « A ». Mais « les calculs ont montré que, du fait de la courbure du tablier, une des deux jambes du ‘‘ A’’ ne travaillait pas à plein », explique Antoine de Cambourg, directeur du chantier pour le groupement d’entreprises mené par Dodin Campenon Bernard. La jambe fut donc « sectionnée », il n’en reste désormais qu’un morceau, une béquille qui rejoint le fût principal au niveau du tablier. Comme les pylônes ne travaillent pas qu’en compression comme sur un pont à haubans ordinaire, pour renforcer les caractéristiques mécaniques la densité d’armatures est très élevée.

Mieux, pour soutenir les efforts de flexion importants induits par le porte-à-faux, les pylônes sont parcourus de câbles de précontrainte longitudinale, qui suivent la forme en « lambda ». En phase constructive, le pylône, assez « frêle », doit être équilibré en permanence: pour ne pas qu’il flambe parallèlement au tablier, les voussoirs sont répartis équitablement de part et d’autre de celui-ci.

Plans, sections et courbures variables

L’ouvrage est symétrique par rapport au plan vertical passant par le milieu du fleuve. Mais c’est bien la seule symétrie que l’on puisse lui trouver ! Côté tablier, le dévers n’est pas constant, tout comme la courbure dans le plan. Celle-ci, très prononcée aux abords de la jonction avec la route côtière (R = 200 m), s’adoucit peu à peu pour rejoindre la courbure de la travée centrale (R = 800 m). Les pylônes mariant des plans et des courbures variables, il est nécessaire de régler totalement les coffrages autogrimpants entre chaque levée de 4 m : le rythme d’élévation moyen (une levée par semaine) est donc atteint uniquement pour les levées courantes, très peu nombreuses. Le tablier sera construit par encorbellements successifs grâce à un lourd équipage mobile de 90 tonnes soutenu à l’avancement par les haubans, permettant de couler des voussoirs géants de 7,50 m de longueur !

Ce chantier, d’une difficulté extraordinaire, Antoine de Cambourg le résume avec humour : « Nous passons presque plus de temps à réfléchir aux méthodes d’exécution qu’à couler du béton ! »

Maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre : conseil général du Finistère.

AMO : Michel Virlogeux.

AMœ : Sétra.

Architecte : Lavigne/Cheron.

Etudes d’exécution : B.E. Arcadis.

Entreprises : Dodin Campenon Bernard (mandataire), Sogea Bretagne, GTM Atlantique, Freyssinet, Botte Fondations, Eurovia.

Début des travaux : avril 2007.

Livraison : automne 2010.

Budget global : 35 millions d’euros.

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ENCADRE

Quelques données

100 mètresde hauteur pour le sommet des pylônes inclinés. Ceux-ci sont construits en béton haute résistance, armé et précontraint.

285 mètresde portée pour la travée centrale. En tout, le tablier 2 x 1 voie mesure 515 mètres de longueur.

144 haubanspermettent de soutenir le tablier courbe. La précision de leur positionnement est de 0,3°.

ENCADRE

Ancrer les 144 haubans d’un tablier courbe

Si elles peuvent évoquer une tête de guitare sur laquelle viennent s’enrouler les cordes, les boîtes d’ancrages métalliques des haubans du pont de Térénez sont d’une tout autre dimension ! Larges de 5 m, longues de 14 m, leurs 110 tonnes seront soulevées à l’aide d’une grue géante qui les positionnera au sommet des pylônes. Des connecteurs d’acier latéraux permettront d’assurer leur bonne intégration dans le béton des pylônes. Comme le tablier s’enroule autour des pylônes avec une courbure variable, l’angle tridimensionnel formé par chacun des 144 haubans entre le tablier et le pylône sur lequel il s’ancre est unique. Un vrai casse-tête pour le positionnement dans les cages d’armatures des voussoirs des tubes d’ancrage des haubans, la tolérance angulaire sur ces derniers étant seulement de 0,3° ! Pour garantir cette précision, les équipes de Freyssinet devront montrer tout leur savoir-faire.

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