Edito

Oui, non, on verra

A quoi sert de simplifier les règles du jeu quand l’arbitre lui-même décide de ne pas les appliquer ? Quelques heures après avoir annoncé l’allègement des formalités qui pénalisent le secteur du BTP depuis des lustres (permis de construire, enquête publique, études d’impact), les pouvoirs publics, empêtrés dans le drame de Sivens, décidaient, au mépris des procédures engagées, de suspendre le chantier du barrage, devenu symbole funèbre de leur inaptitude à décider au bon moment. On n’y comprend plus rien.
Qui commande vraiment ? Le gouvernement ? Les élus ? Les électeurs ? L’administration ? La justice ? La rue ? L’émotion ? Les intérêts particuliers ? L’intérêt général ? La fée Clochette ? Dans un article au « Monde », le romancier et essayiste Pascal Bruckner évoque l’existence d’un « tribunal invisible » qui s’oppose à tout projet touchant à l’environnement et impose sa vision du développement en bafouant la légalité des votes. Et de dénoncer la « tyrannie des idéologues verts ».
Après l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les LGV Méditerrannée et Lyon-Turin, l’autoroute A831 ou le canal Seine-Nord, Sivens vient alimenter l’interminable feuilleton des projets dont on nous dit qu’ils sont en instance alors qu’ils sont en sursis. Mais quelle que soit l’origine des blocages, l’essentiel est ailleurs pour les entreprises. Elles veulent savoir à qui s’adresser puisque le commanditaire des travaux n’a plus le dernier mot. C’est une question de confiance.
Quand un chantier de cette ampleur est stoppé net, reporté sine die de cette manière-là, il n’y a que des perdants. Et, dans ce genre de situation, il est à parier que l’aphorisme corrézien de Henri Queuille, multiple président du conseil de la IVe République, serve de credo : « Il n’est aucun problème assez urgent en politique qu’une absence de décision ne puisse résoudre. » Ce serait une pure catastrophe. Ces projets réclament des réponses rapides, sûres. Qu’on dise « oui ». Ou « non ». Mais qu’on le dise vite. Et qu’on évite le « on verra ». Il est meurtrier.

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