Enjeux

Où vont les infrastructures européennes de transport ?

Pour répondre aux mutations et aux besoins nouveaux, le secteur doit mieux profiter des potentiels de financement venant du privé.

« D’ici à 2030, 6 000 milliards d’euros cumulés seront investis dans les infrastructures de transport en Europe », a indiqué Sylvain Duranton, managing director du Boston Consulting Group (BCG), en préambule au symposium sur les besoins et les modes de financement des infrastructures du futur, qui s’est tenu le 26 avril dernier à Bruxelles. Des ressources énormes, donc, mais pour quels besoins ? Un premier élément de réponse a été apporté par une étude portant sur la perception qu’ont les habitants des 10 principaux pays européens de leurs infrastructures de transport. Présentée par le BCG et Ipsos à l’occasion du colloque, elle nous apprend que les Européens passent en moyenne seulement 1 h 40 par semaine dans les transports en commun, contre 3 h 58 dans leur voiture ou autre véhicule particulier à moteur.

Ce serait donc de routes dont les Européens ont le plus besoin. Un secteur qu’on a longtemps cru dépassé par le ferroviaire, mais qui a repris un coup de jeune avec des innovations comme le covoiturage, les véhicules électriques et autonomes ou la route solaire. « La révolution de la mobilité est en marche.

Les infrastructures vont devoir être agiles pour s’adapter à ces mutations et devenir un vecteur de ces nouveaux usages », a réagi Xavier Huillard, le PDG de Vinci, lors de son intervention en fin de colloque.

Priorité aux territoires périphériques. Autre enseignement de ce sondage : 26 % des Européens estiment habiter « un peu trop loin de tout », et notamment de leur lieu de travail. Et ils sont 36 % à déclarer que s’ils perdaient leur emploi, ils auraient à faire des déplacements importants pour en retrouver un similaire. Pour André Broto, directeur de la stratégie de Vinci Autoroutes, « c’est sur les territoires périphériques aux grandes villes que la demande en infrastructures de transport est la plus forte. Il y a une urgence sociale, économique… Et pourtant, c’est là que le retard est le plus fort, car il y a un défaut d’autorité. La longue distance, c’est le domaine de l’Etat ; la courte, celui de la commune. Sur la moyenne distance – quelques dizaines de kilomètres -, qui concerne le plus grand nombre d’habitants, il n’y a pas d’interlocuteurs identifiés. » Mais, de l’avis général, le vrai problème qui se pose au secteur reste celui du financement. Comme l’a rappelé Jyrki Katainen, le vice-président de la Commission européenne en charge de l’emploi, de la croissance, de l’investissement et de la compétitivité, « il y a un quart d’investissement en moins dans les infra structures de transport en Europe par rapport à 2009 ». Fidèle à l’idéologie libérale de l’UE, le commissaire a rappelé que c’était par le recours à des acteurs privés que l’Europe pourra continuer à développer ses infrastructures. « Les budgets sont limités. La solution ne passera que par l’investissement privé, qui peut être décuplé par l’intervention publique. Le Fonds européen pour les investissements stratégiques (Feis) du plan Juncker va dans ce sens », estime Jyrki Katainen. Il a également indiqué quelques inflexions dans la conduite du Feis qui pourra désormais financer les transports urbains.

Le transport routier reprend un coup de jeune, avec des innovations comme le covoiturage.

Pénurie de bons projets. La situation est paradoxale car si un problème de financement se pose bel et bien, les investisseurs, eux, ne manquent pas. « Les assureurs et les fonds de pension ne demandent que cela », estime Xavier Bezançon, délégué général d’EGF-BTP. « Beaucoup d’argent est disponible, et des acteurs sont prêts à les investir dans les d’infrastructures. Ce qui manque, ce sont des bons projets », indique, de son côté, Xavier Huillard.

L’Europe tente de répondre à cette problématique par une attention plus grande portée par la Banque européenne d’investissement aux collectivités locales. Celles-ci doivent relayer les informations auprès des porteurs de projets, mais aussi orienter ces derniers vers l’institution. Dans ce cadre, un « portail de projets » susceptible d’attirer les investisseurs a été créé. Parmi ceux-là, 58 portent sur le transport, soit un tiers du total. « L’objectif est d’attirer des fonds de pension ou assureurs de taille moyenne qui cherchent des projets de long terme, mais dont le ticket d’entrée ne se monte pas à plusieurs centaines de millions d’euros », a indiqué Jyrki Katainen. Avis aux candidats.

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