Enjeux

« Osons entreprendre autrement ! »

René Simon, président du directoire de Demathieu Bard, axe son approche marchés sur le décalage permanent. Le meilleur moyen de créer de la valeur ajoutée.

Comment traversez-vous la crise du secteur du BTP ?

Le terme de crise n’est pas le bon. Une crise dure peu de temps par définition. Or le bouleversement que nous connaissons dure maintenant depuis 2008, et il n’y a jamais eu autant de liquidités dans le monde. C’est donc à une vraie mutation technologique, environnementale, sociale et financière, à laquelle nous assistons. Nous nous devons de l’affronter avec courage, persévérance, et surtout pas avec des solutions de court terme. Mais je suis confiant : la capacité d’adaptation est notre marque de fabrique. Osons entreprendre autrement !

Entreprendre autrement. Mais comment ?

Fatalement, certains marchés traditionnels peuvent connaître une régression. Nous nous devons d’être vigilants et d’explorer en permanence des axes de diversifications potentielles. Cette quête perpétuelle de création de valeur est ancienne chez nous, elle nous vient de l’histoire de l’entreprise…

… qui a toujours su rebondir ?

Oui. Notre histoire parle d’elle-même. Nous avons été l’un des grands acteurs dans l’édification des ouvrages militaires (fortifications de l’Est, etc.) et la reconstruction des infrastructures d’après-guerre. Puis la forte dimension industrielle de notre région de naissance nous a naturellement amenés vers le génie civil industriel, l’une de nos spécialités. Au fur et à mesure que l’industrie locale se tarissait, nous sommes montés en puissance dans le génie civil d’infrastructures, notamment grâce au plan autoroutier lancé en 1986 et au déploiement des lignes à grande vitesse. Si bien qu’en l’espace de quinze ans, nous avons construit un pont sur dix en France ! Mais, après la privatisation des autoroutes et l’émergence des maxi-PPP, le marché des infrastructures linéaires s’est trouvé bouleversé. Tout en préservant notre expertise, particulièrement dans les ouvrages d’art, nous nous sommes alors positionnés sur de nouveaux marchés. Celui de l’environnement (stations d’épuration, usines de traitement de déchets, etc.), de l’énergie (centrales thermiques et hydroélectriques) et du génie industriel (laboratoires, unités de production spécialisées, etc.).

Votre approche marchés a-t-elle évolué pareillement ?

D’entreprise spécialisée dans le génie civil, nous sommes devenus entreprise générale, puis concepteur-constructeur et contractant général. Aujourd’hui, nous sommes capables de réaliser des opérations en offrant une réponse globale, tant en TP qu’en bâtiment (y compris en y intégrant le process industriel). La Clé d’Or EGF-BTP, obtenue cette année pour le Centre de biologie intégrative d’Illkirch (Bas-Rhin), l’illustre parfaitement. Notre direction technique s’est, pour l’occasion, associée à une ingénierie hautement spécialisée afin de répondre aux exigences de notre client sur la maîtrise du champ électromagnétique.

Quels sont les marchés auxquels vous croyez ?

Nous misons sur le développement immobilier et le montage d’opérations, via notre filiale Demathieu Bard Immobilier (DBI), créée il y a huit ans. Encore une fois, nous déployons cette activité sur une base décalée par rapport aux produits et aux marchés traditionnels, en s’appuyant sur la conjugaison de nos différentes compétences. Nos opérations portent sur des ensembles immobiliers sur lesquels nous avons la maîtrise globale. Cela nous permet de soutenir nos activités dans tous les domaines et, dans certaines régions, cela peut représenter 15 à 20 % % de notre activité locale.
Le volume d’affaires maîtrisées par DBI dépasse les 500 millions d’euros, notre carnet de commandes construction s’en trouve sensiblement renforcé (à plus de seize mois d’activité). Nous nous projetons ainsi plus sereinement dans l’avenir.

Vos perspectives sont donc plutôt favorables…

En quinze ans, notre groupe a multiplié par quatre son activité en se diversifiant dans ses métiers et ses implantations. Si nous allons marquer une légère baisse en 2015 en termes de chiffre d’affaires, la croissance sera au rendez-vous en 2016 et 2017. Et, dans cinq ans, notre profil aura encore largement évolué. Je suis persuadé que le décalage permanent que nous recherchons nous amènera à réaliser 50 % de notre activité avec 50 % de clients différents de ceux d’aujourd’hui, et sur 50 % de marchés ou de zones où ne nous sommes pas.

Ce décalage implique-t-il de la croissance externe ?

Pas obligatoirement. Historiquement, notre entreprise a crû pour un tiers par des acquisitions externes, et pour deux tiers par croissance organique. Nous ne sommes pas des prédateurs financiers, nous sommes des industriels s’inscrivant dans le long terme et recherchant avant tout des compétences différentiantes. Nous pouvons aussi former des alliances industrielles pertinentes avec des acteurs offrant une complémentarité à nos activités. Nous pouvons compter sur nos partenaires investisseurs et banquiers qui nous suivent et nous soutiennent depuis plusieurs générations !

Malgré votre diversification, vous gardez une vraie position dans le secteur du génie civil en ouvrages d’art.

Nous faisons en effet partie des entreprises françaises leaders en génie civil capables de réaliser des ouvrages d’art non courants, voire exceptionnels en France métropolitaine et outre-mer comme à l’étranger. Nous réalisons actuellement des opérations d’envergure au Luxembourg, au Canada, et sur l’île de la Réunion. Notre volume d’activité dans ce secteur- 220 millions d’euros – s’accroît également en France sur les ouvrages de haute technicité.

Possédez-vous d’autres savoir-faire de « niche » ?

Dans le secteur de la précontrainte, des haubans et des équipements d’ouvrages complexes, notre filiale ETIC possède une expertise reconnue lui permettant de connaître un fort développement tant en France qu’à l’export. Notre filiale TSV, spécialiste des opérations complexes de vérinage, intervient fréquemment sur le relevage de grands ouvrages dans l’Hexagone (Canopée des Halles, etc.).
Enfin, avec Capremib et Technopref dans les travaux souterrains, nous sommes en mesure de proposer, entre autres, aux acteurs internationaux (Canada, Etats-Unis…) notre capacité à réaliser des voussoirs de tunneliers grâce à des usines mobiles offrant des solutions à productivité élevée. En France, nous fournissons des voussoirs pour plusieurs lots de tunnels du Grand Paris.

Etes-vous présents sur les marchés du Grand Paris en dehors de la préfabrication de voussoirs ?

Nous nous y intéressons effectivement. Pour cela, nous avons constitué une alliance avec plusieurs partenaires européens du BTP afin de répondre aux marchés de travaux souterrains du Grand Paris. A ce jour, notre groupement est attributaire de trois lots (ligne 14, lot 4, et ligne 4, lots 2 et 3).

Comment déclinez-vous votre stratégie à l’export (20 % de l’activité) ?

Exactement de la même manière qu’en France. Nous sommes présents au Luxembourg depuis quarante ans, et en Amérique du Nord (Canada, Etats-Unis) et en Allemagne depuis plus de vingt ans. Nous rencontrons à l’export une concurrence âpre originaire des pays émergents disposant de gros moyens financiers et de compétences techniques reconnues. Tout comme en France, nous recherchons donc à nous positionner sur des opérations incluant un montage global ou une expertise spécifique. Cela a été le cas pour l’opération Aquasud au Luxembourg, qui a gagné le 1er prix « PPP Innovation Awards » à Berlin en 2015, ou pour le pont Saint-Jacques à Montréal.

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2 700 collaborateurs.

900 millions d’€, le chiffre d’affaires 2014 (+ 36 % depuis 2010). CA 2015 estimé : 850 M€.

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