Management et prévention

ORGANISATION L’externalisation pour se recentrer sur son métier

Mots clés : Entreprise du BTP - Gestion de l'entreprise - Informatique

Confier certaines fonctions clés à un prestataire extérieur afin de se concentrer sur son métier et bénéficier de conseils de spécialistes ? De plus en plus d’entreprises du BTP s’y mettent et y trouvent leur intérêt.

Pas facile de gérer le système informatique d’une entreprise de plus de 3 000 collaborateurs ! Pour prendre soin de ses 900 ordinateurs et 1 700 équipements informatiques, l’entreprise Gagneraud, qui assure tous les métiers du BTP, a donc choisi il y a trois ans de s’appuyer sur les compétences d’Infodis, un spécialiste du secteur. « L’informatique n’étant pas notre métier de base, nous avons préféré ne pas nous engager trop en avant sur ce domaine périlleux. Si nous avions voulu gérer l’informatique en interne, il nous aurait fallu en plus monter un service très large, et donc embaucher plusieurs collaborateurs. Sans compter que la technologie évoluant sans cesse, les coûts de formation et de mise à niveau auraient, eux aussi, été très élevés », explique Thierry Kauffmann, le directeur informatique de l’entreprise. Un raisonnement que d’autres structures partagent, notamment dans le BTP. Selon une étude Ifop/Grant Thornton parue cette année (1), près d’une entreprise sur quatre aurait en effet recours à l’externalisation dans la filière. Des chiffres qui progressent d’année en année.

Comme Gagneraud, la plupart des entreprises du BTP concèdent avoir choisi de confier certaines fonctions clés à des partenaires extérieurs pour des raisons de priorité. « Le bâtiment est un domaine d’activité technique, qui nécessite de s’appuyer sur des salariés très spécialisés, qu’il s’agisse de techniciens ou d’ingénieurs. Externaliser tout ce qui ne concerne pas leur business leur permet de mieux se concentrer sur leur métier », éclaire Patrick Darribet, qui vient de lancer un service d’externalisation de la paie nommé « Paye BTP ».

Deuxième avantage du procédé : réaliser des économies, surtout en temps de crise. « Les petites entreprises ont parfois l’impression qu’elles vont dépenser plus en payant un prestataire extérieur pour prendre en charge des compétences qu’elles pourraient développer elles-mêmes. Mais, en termes d’investissement, ça coûte souvent moins cher que de consacrer un ou plusieurs postes en interne », déclare Alain Etlin, expert comptable pour le cabinet Acofi.

Des conseils stratégiques décisifs en sus

En moyenne, le taux de facturation d’une prestation informatique tourne autour de 1 200 euros par jour et par personne, tandis qu’un bulletin de paie est facturé environ 5 euros. « Mais ce tarif varie en fonction du nombre de bulletins de paie à traiter. Plus ils sont nombreux, et plus le prix est dégressif », précise Alain Etlin.

Troisième raison enfin : l’externalisation permet de bénéficier, au-delà d’une compétence technique bienvenue, de conseils stratégiques décisifs. « En plus de mettre au point les réseaux et d’assurer la maintenance des ordinateurs, nous proposons à nos clients de gérer tout ce qui concerne les fournisseurs. De telle sorte que l’entreprise n’a plus à traiter qu’avec un seul interlocuteur en matière informatique », analyse François Corignan, dirigeant de GFT France, une structure d’externalisation informatique. « Régulièrement, des dirigeants de PME m’appellent pour des conseils sur le droit du travail. Comme sur ce qu’il faut faire lorsqu’un salarié est malade ou absent », appuie Alain Etlin. Plus qu’un prestataire, une société d’externalisation se révèle donc un véritable partenaire.

Relations presse, logistique… Si les fonctions externalisables sont légion, les deux activités les plus plébiscitées sont la comptabilité et l’informatique. Logique. Car si la programmation et la maintenance des ordinateurs sont des tâches trop techniques pour être laissées aux non-spécialistes, c’est aussi le cas de tout ce qui concerne l’émission des bulletins de paie. Surtout dans le BTP, où la nature des contrats de travail est plus variée que dans d’autres secteurs.

Reste à choisir son prestataire… De plus en plus d’entreprises sont présentes sur le marché de l’externalisation. Certaines sont spécialisées dans un secteur d’activité particulier, d’autres – notamment dans l’informatique – sont de grands groupes mondialement réputés. Ainsi, l’élection d’une structure se fait souvent davantage sur le relationnel. « Nous sommes un groupe familial, dont l’histoire remonte à 1880. Autant dire que nous avons une identité très forte. Au moment de faire notre choix, nous avons donc préféré opter pour un prestataire défendant les mêmes valeurs que nous plutôt que pour une multinationale, même si nous aurions pu bénéficier de meilleurs tarifs », explique Thierry Kauffmann, directeur informatique de l’entreprise Gagneraud.

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« Le BTP a tendance à se focaliser en priorité sur son cœur de métier »

François Pons, directeur général de Grant Thornton et directeur national « externalisation » du groupe.

Les entreprises du BTP ont-elles beaucoup recours à l’externalisation ?

Dans l’étude sur l’externalisation des fonctions comptable et financière que nous venons de publier, il apparaît que 18 % des entreprises du secteur envisagent de faire appel ou font appel à des prestataires extérieurs pour prendre en charge certaines de leurs fonctions. Il apparaît également que les entreprises du BTP semblent se satisfaire de ce procédé. De fait, seules 6 % des entreprises de la filière reprennent en main les fonctions qu’elles avaient externalisées lorsque le contrat se termine, contre 10 % tous secteurs confondus. C’est bien la preuve que l’externalisation correspond à leurs besoins.

Quelles sont les fonctions les plus externalisées à l’heure actuelle ?

Au niveau global, les fonctions les plus externalisées sont les plus techniques, comme par exemple l’informatique. Et pour ce qui concerne le bâtiment, la paie et les ressources humaines. Cela s’explique sans doute par le fait qu’entre le recours à une main-d’œuvre saisonnière, le recours à l’apprentissage, etc., les spécificités des contrats de travail dans le BTP sont plus nombreuses que dans d’autres domaines d’activité.

Quel est le profil type des entreprises tournées vers l’externalisation ?

Toutes les structures y trouvent leur compte. Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, plus une société a une taille importante, et plus elle a tendance à externaliser. Sans doute parce que les plus grandes entreprises sont davantage informées de l’existence de ces solutions.

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Christine Lafait responsable administrative de Avomesur (Villeurbanne) « Des contacts quotidiens »

« Confier la gestion du système informatique et la comptabilité de l’entreprise à des prestataires extérieurs faisait partie de notre projet dès le départ », avoue Christine Lafait, responsable administrative de l’entreprise Avomesur (portes, fenêtres, garages…). Cette société de huit personnes, créée il y a deux ans dans la région lyonnaise, n’avait en effet pas les moyens de faire autrement. « En phase de création d’entreprise, surtout si vous démarrez avec moins de 20 salariés, cela me semble une erreur de consacrer un poste à l’une de ces fonctions. Autant s’investir à fond dans le commercial et la technique, et commencer par développer l’activité. Si tout marche comme prévu, peut-être qu’à terme, dans quatre ou cinq ans, nous embaucherons une personne pour tenir la comptabilité. A ce moment-là, ce sera sans doute plus économique. » Pour l’heure, Christine Lafait et son équipe se montrent très satisfaits de leurs prestataires. « On peut vraiment dire que nous travaillons main dans la main, car nous sommes en contact quasiment quotidien avec eux », conclut-elle.

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Harilaos Loukos P-DG de Climpact (Paris) « Un calcul sur le long terme »

Avec 17 employés et six d’années d’existence, Climpact, entreprise spécialisée dans le conseil en gestion du risque climatique, offre encore le profil d’une jeune start-up en pleine expansion. « Notre question majeure consiste à nous demander comment gagner du temps et optimiser les compétences de nos salariés », explique Harilaos Loukos, le fondateur et dirigeant de la structure. Raison pour laquelle Climpact a choisi d’externaliser sa comptabilité et sa paie. « Même si nous avons les compétences en interne pour effectuer certaines de ces opérations, il est préférable pour notre responsable financier de se concentrer sur les demandes de subventions. Il s’agit d’un calcul sur le long terme », précise l’entrepreneur. La jeune PME a également choisi de recourir à des partenaires extérieurs pour assurer une partie de son travail de recherche et développement. Récemment, cela a été le cas de la conception de bases de données par exemple. « Quand c’est trop spécialisé, mieux vaut s’adresser directement aux spécialistes », explique l’entrepreneur.

(1) « L’externalisation des fonctions comptable et financière, paie et ressources humaines », étude Ifop/Grant Thornton, 2008.
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