Enjeux

Oger International se cherche un avenir

Mots clés : Chapiteaux, tentes, structures - Conception

Le cabinet d’ingénierie, plombé par la défaillance du saoudien Saudi Oger, tente de se diversifier tout en étant contraint de licencier.

Le groupe d’ingénierie Oger International, basé à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), compte aujourd’hui 225 salariés. Plus pour longtemps : au terme du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qui doit s’achever à la fin septembre, 87 nouvelles suppressions de postes sont prévues. Les licenciements interviendront probablement dans le courant de ce mois de juillet. Cinq ans après un premier PSE, l’ambiance est lourde au siège du groupe, qui fait face à une ardoise de 45 M€ laissée par le géant mondial du BTP Saudi Oger, en pleine déconfiture (lire ci-dessous).

Historiquement, Oger International profitait de l’activité florissante de Saudi Oger en Arabie Saoudite, où le groupe de BTP était attributaire de fastueux chantiers de la famille royale. Mais le réservoir s’est tari, entre crise du pétrole et problèmes politiques. Pour comprendre la situation, il faut remonter jusqu’à l’actionnaire commun des deux entités : la puissante famille libanaise Hariri, qui compte parmi ses membres l’actuel Premier ministre Saad Hariri. La famille détient donc Saudi Oger, basé à Riyad, ainsi qu’Oger International, une société de droit français, via la holding Fradim. Malgré une décision de la justice hexagonale, il est bien peu probable que Saudi Oger règle une dette très lourde à porter pour un cabinet qui réalisait en 2015 un chiffre d’affaires de l’ordre de 100 M€, tombé à 60 M€ en 2016. Une procédure de sauvegarde de l’entreprise, déclenchée par le tribunal de commerce de Bobigny en septembre 2016, gèle pour le moment les dettes. La vente du siège de Saint-Ouen (17 000 m²), évalué au bas mot à 70 M€, est envisagée. Mais il est la propriété de Fradim, qui ne porte pas la dette.

Développement au Maghreb. Pour espérer voir le bout du tunnel, Oger International doit solder sa dépendance à Saudi Oger, sachant que l’Arabie Saoudite représentait jusqu’à 60 % de son chiffre d’affaires ces dernières années. Le cabinet français compte toujours sur ce pays et ses pétrodollars, à travers un nouveau relais, Macc. Créé par des anciens de Saudi Oger, mais toujours dans le sillage de la famille Hariri, ce groupe d’ingénierie veut se développer dans le pays. « Notre savoir-faire en matière d’ingénierie et notre nom sont reconnus en Arabie Saoudite », confie un salarié d’Oger International.

Le groupe travaille aussi à sa diversification géographique. En France, d’abord, où il est intervenu ces dernières années en maîtrise d’œuvre d’exécution pour les magasins Ikea de Bayonne et Caen. « Nous avons candidaté sans succès à un lot du Grand Paris, mais nous travaillons aussi avec EDF ou Aéroports de Paris », rappelle un collaborateur du groupe. La direction, elle, refuse pour le moment de prendre la parole. Elle miserait aussi beaucoup sur le Maghreb, Oger International comptant des filiales au Maroc et en Tunisie.

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Saudi Oger, la chute d'un géant

La double origine saoudienne et libanaise du constructeur Saudi Oger explique pour partie sa descente aux enfers depuis plusieurs années, qui devrait aboutir à l’arrêt de son activité courant juillet.

Actif dans tout le golfe Persique, ce géant du Moyen-Orient réalisait encore 10,4 Mds € de chiffres d’affaires en 2012 selon Ubifrance, et employait, début 2016, 38 000 salariés, dont des Français. Le groupe a été fondé en 1978 par Rafiq Hariri qui, grâce à une série de contrats juteux décrochés en Arabie Saoudite, fit du groupe l’autre poids lourd du BTP local, avec Binladen (Ben Laden). Dès 1979, il rachète l’ingénieriste français Oger International, qu’il détient depuis via une filiale, Fradim. Quand Rafiq Hariri est assassiné en 2005, le groupe Saudi Oger est confié à ses enfants, notamment à l’actuel Premier ministre libanais, Saad Hariri. Dès les années 2000, une gestion hasardeuse provoque les premiers problèmes au sein du groupe, avant que deux éléments fondamentaux ne précipitent sa chute.

La dégringolade du cours du pétrole, d’abord, qui remet en cause les grands projets de construction en Arabie Saoudite. Et les tensions politiques entre le royaume, l’Iran et, indirectement, le Liban. A travers Saudi Oger, Riyad voudrait punir Beyrouth pour les positions anti-saoudiennes du gouvernement libanais, dominé par le Hezbollah pro-iranien, alors que le camp de Saad Hariri pèse de moins en moins dans le pays.

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