[TO] Environnement

offre globale Les entreprises sont-elles prêtes à relever les défis du Grenelle ?

Mots clés : Apprentissages - Efficacité énergétique - Energie renouvelable - Formation continue - Marché de lénergie - Métier de la construction

La rénovation énergétique des bâtiments apparaît comme un marché d’avenir pour les entreprises du secteur. Mais intervenir dans ce domaine se prépare. L’offre de formation continue se structure pour faire entrer les professionnels du secteur dans une approche globale.

Les professionnels du bâtiment sont-ils prêts à relever les défis du Grenelle ? A cette question, Pauline Mispoulet, P-DG du Gesec, groupement de 300 PME spécialisées dans les domaines de l’énergie, de l’air et de l’eau dans le bâtiment, oppose une réponse sans appel. « Les entreprises ne sont pas prêtes, la loi n’est pas prête, les clients et les fournisseurs non plus ! Pourtant, il y a des progrès, tant dans la prise de conscience que dans la volonté d’agir. »

Les acteurs s’organisent en conséquence. A commencer par les organisations professionnelles qui incitent leurs adhérents à prendre le virage de la performance énergétique. Réunions de sensibilisation, formations, développement de labels… les actions se multiplient au sein des fédérations professionnelles. A l’instar de l’Union des métiers du plâtre et de l’isolation (Fédération française du bâtiment). « Avec des partenaires, nous avons monté des modules de formation à l’attention de nos adhérents avant la mise en place du programme Feebat (formation aux économies d’énergie des entreprises et artisans du bâtiment). Ces modules ont ensuite servi de cadre pour l’élaboration de Feebat », indique Philippe Caillol, son président.

Programme phare de préparation au Grenelle, Feebat (voir encadré) réunit la FFB, la Capeb et la Fédération nationale des Scop BTP autour d’un objectif ambitieux : former 50 000 entrepreneurs d’ici à 2010. S’il est difficile de comptabiliser précisément le nombre de salariés formés, le chemin qui reste à parcourir semble important. En effet, en 2008, année de démarrage de deux premiers modules de Feebat, 7 500 stagiaires sont passés par ce programme. A mi-année, on en dénombrait 12 000. Simple retard à l’allumage ou travail de longue haleine ? « Les dispositifs de financement, type éco-prêt à taux zéro, commencent tout juste à se mettre en place, rappelle Jean-Marie Carton, vice-président de la Capeb, en charge du développement durable. La préparation des entreprises aux enjeux du Grenelle est un chantier à long terme, car il va falloir impliquer tous les corps d’état, leur apporter des outils techniques, des nouveaux modes d’organisation… Il faudra attendre 2015 pour tout structurer. » Pour interpeller ses adhérents face aux mutations à venir, la Capeb a lancé la marque « écoartisan » qui sera gérée par un organisme certificateur, actuellement en cours de sélection.

De leurs côtés, les organismes de formation structurent ou repositionnent leur offre. Comme l’Institut des métiers du sanitaire et du génie climatique de l’association des Compagnons du devoir qui vient tout juste de refaire son catalogue.

Une offre de formations variée

« Nous préférons parler de développement durable et d’économie d’énergie plutôt que d’énergies renouvelables », souligne d’emblée Yann Duhal, responsable de l’Institut. Au programme de ce catalogue, un tout nouveau cursus international de six mois sur le thème de la maison passive va bientôt débuter à Bruxelles. Des formations longues qualifiantes et des modules spécialisés sont aussi proposés sur ces thématiques.

L’Afpa a également pris ce virage. « Notre offre de formation englobe trois dimensions : les économies d’énergies, l’utilisation des énergies renouvelables et l’écoconstruction, expose Alain Mahé, responsable du département BTP. Elle est principalement axée sur des stages de perfectionnement, de deux à cinq jours, proposés de façon homogène sur tout le territoire. » Près d’une quarantaine d’offres de stages sur ces trois grands champs ont ainsi été proposées depuis un an. Les centres Afpa sont également habilités à dispenser les formations conduisant aux appellations développées par l’association Qualit’ENR (Qualisol, QualiPV, Qualibois…) ainsi que les modules du programme Feebat. « En un an, près de 5 000 stagiaires sont passés par l’un de ces stages », précise Alain Mahé.

Des formations plus longues sont également présentes sur le marché. C’est le cas du certificat de qualification professionnelle « Installateur mainteneur en systèmes solaires thermiques et photovoltaïques » mis en place par l’Union climatique de France (FFB) en 2007. « L’objectif de cette formation de 350 heures au minimum est d’apporter des compétences transversales en thermique, en électricité et en couverture, explique Serge Haouizée, directeur de la formation du Costic, centre d’études et de formation habilitée à délivrer ce certificat. Les personnes qui viennent se former sont des électriciens, des plombiers-chauffagistes ou des personnes ayant une première expérience dans le domaine des énergies renouvelables. »

Marc André, ancien salarié dans le domaine des Télécoms, a suivi cette formation auprès des Compagnons du solaire avant de monter son entreprise en février 2008. « Cette formation est très opérationnelle car, un mois sur deux, nous partions en entreprise pour mettre en œuvre ce que nous avions appris en cours. J’ai ainsi pu travailler chez des artisans comme dans des grandes entreprises. Elle m’a également permis d’être au contact de différents professionnels comme des couvreurs, des charpentiers, des plombiers… » Si l’objectif de Marc André est d’intervenir dans les domaines du solaire, des poêles à bois et de la récupération des eaux de pluie, il est déjà entré dans une démarche d’offre globale. « J’ai été sollicité par un particulier pour installer un poêle à bois dans sa maison. En regardant le bâtiment, je me suis rendu compte qu’il était mal isolé. J’ai été sensibilisé à cet aspect durant ma formation. J’ai conseillé à mon client de faire un examen approfondi de déperditions thermiques avant de changer quoi que ce soit. Il m’est aussi arrivé de refuser de poser des panneaux photovoltaïques car une maison était mal orientée », insiste-t-il.

L’amélioration énergétique du bâtiment apparaît comme le marché d’avenir pour les professionnels du bâtiment. Un marché qui va conduire le secteur à opérer une véritable révolution culturelle.

Elargir son champ à d’autres disciplines

Les entreprises vont en effet devoir passer d’une logique verticale de métier à une logique d’offre globale. « Chaque corps d’état doit avoir conscience de ce qui se passe en amont et en aval et de l’impact de son intervention, indique Arnaud Rochette, responsable de l’activité formation chez Cythelia, cabinet d’expertise, de conseil et de formation, spécialisé dans le photovoltaïque, la maîtrise de l’énergie et du développement de solutions innovantes pour le bâtiment. Nous sommes en train de modifier notre offre de formation afin de proposer des sessions pluridisciplinaires. Pour les professionnels du bâtiment, nous allons renforcer la formation sur les aspects commerciaux, le montage de dossiers de financement… Aux publics plus généralistes, nous allons donner des bases techniques sur les systèmes photovoltaïques d’intégration au bâti. » Ainsi, chaque corps d’état va devoir élargir son champ vers d’autres disciplines. Le plombier-chauffagiste ne proposera plus uniquement l’installation d’un système plus économe en énergie. Il devra inspecter le bâtiment dans son ensemble, en évaluant la performance de l’isolation et de la ventilation par exemple. Un avis partagé par Pauline Mispoulet : « Nous allons assister à une dilatation du champ de nos métiers ; les professionnels vont devoir tenir compte du bâti dans son ensemble, intégrer de nouvelles techniques et technologies capables d’apporter des solutions de confort et de performance aux clients. »

Un souci quotidien pour Philippe Toulon, gérant de Sanithermic, PME de 50 salariés spécialisée dans le sanitaire-génie climatique. « Les donneurs d’ordres souhaitent réduire le nombre d’intervenants sur les marchés et raisonnent de plus en plus en macrolot. Ce qui change entre une activité traditionnelle et la performance énergétique, c’est que la mise en œuvre doit être parfaite, pointue et de qualité. » Cette exigence de qualité va être exacerbée par l’obligation de résultat qui devrait s’imposer aux acteurs de la filière. « Le diable est dans le détail, souligne Arnaud Rochette du cabinet Cythelia. La garantie de résultat va dépendre en grande partie de la qualité de réalisation des prestations. » Une condition sine qua non mais pas exclusive ! Les acteurs déjà présents sur ces marchés mettent en avant d’autres paramètres pour atteindre les résultats escomptés. « Le comportement des usagers et la météo sont deux facteurs que nous ne maîtrisons pas. Tous deux seront fondamentaux dans la performance énergétique effective des bâtiments. Il faudra bien que les assureurs s’engagent pour garantir ce risque », souligne Pauline Mispoulet.

Au-delà de la nécessité de se former à l’approche globale, le Grenelle soulève bien d’autres questions au niveau de l’organisation même des entreprises. En effet, à moins d’être capables de répondre sur tous les corps d’état prévus par le « bouquet de travaux », ces dernières n’auront d’autres choix que de se regrouper. Aussi, pour accompagner ses adhérents, la fédération française des entreprises de génie électrique et énergétique (au sein de la FFB) vient d’éditer un guide pratique qui aborde tous les domaines concernant l’entreprise, comme le choix d’un statut pour la création d’une structure dédiée. C’est sur ce point que butent les entreprises déjà engagées sur les marchés de performance énergétique des bâtiments. Sur un marché fortement concurrentiel, les alliances ne se font pas sans mal.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

Laurent Beaugiraud, gérant-associé de Renovert (Rhône), dix salariés.

« Nous sommes l’interlocuteur unique du client »

Rénovateur énergétique. C’est ainsi que Laurent Beaugiraud qualifie son métier.

« Le métier de rénovateur énergétique consiste à mettre en œuvre des moyens pour rénover un bâtiment dans un but de réduire la facture énergétique. Nous sommes l’interlocuteur unique du client, du diagnostic aux études jusqu’à la réalisation des travaux », résume-t-il. Ce professionnel de la construction individuelle a dû suivre des formations pour acquérir une approche thermique des bâtiments. Les dix salariés de l’entreprise – conducteurs de travaux, commerciaux, chef de projet – ont également été formés. « Nous assurons, en interne, la formation au bâti. Pour le reste, nous suivons des formations produits dispensées par les industriels, des formations techniques assurées par des bureaux d’études, des formations commerciales pour toute la partie montage de dossier comme des formations spécialisées de type Feebat », détaille Laurent Beaugiraud.

Renovert intervient principalement sur le marché de la clientèle privée, sur des chantiers de rénovation allant de 2 000 à 200 000 euros de travaux.

ENCADRE

Bruno Roullet, gérant de Soliris (Indre), sept salariés.

« Nous renseignons nos clients sur les prêts et les subventions »

Cette toute jeune société, créée en 2007, était au départ centrée sur les énergies renouvelables. « Nous avons commencé avec le solaire mais le marché étant restreint dans notre région, nous avons élargi notre périmètre au bois, à l’isolation avec des écomatériaux… Aujourd’hui, nous intervenons dans un esprit d’offre globale avec une offre multiproduits. Nous commençons par réaliser un diagnostic technique, préconisons des solutions répondant à la demande de nos clients et réalisons les travaux. Nous les renseignons également sur les prêts, les subventions et effectuons, pour leur compte, un certain nombre de démarches administratives », explique Bruno Roullet, gérant de Soliris. L’entreprise compte aujourd’hui six salariés permanents et un apprenti. « Nous recrutons essentiellement des personnes qui, dans le cadre d’une reconversion professionnelle, ont suivi une formation de chauffagiste par exemple. Ensuite, nous les formons ou les envoyons en formation pour acquérir des compétences complémentaires. »

ENCADRE

Jean-Marc Aubret, gérant de Jean-Marc Aubret SARL (Vendée), un salarié.

« Le label écoartisan est un gage d’objectivité »

Ancien agriculteur, passionné par les énergies renouvelables, Jean-Marc Aubret a suivi une formation de huit mois auprès des Compagnons du solaire et obtenu un certificat de qualification professionnelle (CQP) « Installateur, mainteneur en systèmes solaires, thermiques et photovoltaïques ». Après son CQP, Jean-Marc Aubret a créé son entreprise en intégrant son fils, électricien de métier. « Cette formation m’a apporté une indépendance technique. Je ne dépends pas de bureaux d’études extérieurs pour travailler », souligne-t-il.

Ce créateur d’entreprise vient d’achever le cycle de formation Feebat et s’est engagé dans l’obtention du label « écoartisan ». « Ce qui était très intéressant dans ce cycle de formation, c’est le mélange des corps d’état. J’attends beaucoup du label écoartisan ; il signifie que nous sommes des professionnels, capables d’être objectifs sur les conseils promulgués », souligne-t-il. Principalement tourné vers le marché des particuliers, Jean-Marc Aubret est entré de plain-pied dans l’approche globale. « Lorsque j’interviens chez un particulier, j’inspecte l’isolation du bâtiment, regarde les ouvrants, étudie la consommation d’énergie. Pour les travaux, je m’en tiens au chauffage et à la ventilation. Pour le reste, je fais intervenir des confrères. »

ENCADRE

FEEBAT Un dispositif de formation clé sur les économies d’énergie

Le dispositif de formation des entreprises et artisans du bâtiment aux économies d’énergie (Feebat) est au cœur des dispositifs de formation des professionnels du secteur.

Dispensé par une soixantaine d’organismes habilités, ce cursus comporte trois modules, de deux jours chacun.

Module 1

Le premier module est axé sur l’identification des éléments clés d’une offre globale d’amélioration énergétique des bâtiments.

Module 2

Ce module a pour objectif la maîtrise des outils et calculs pour mettre en œuvre efficacement un ensemble de technologies énergétiques complémentaires.

Module 3

Ce module vise à connaître et à mettre en œuvre des groupes de technologies performantes d’amélioration énergétiques. Il comporte neuf sous-modules allant des isolations, aux ouvrants en passant par la ventilation.

De nouveaux modules devraient être proposés dès la rentrée de septembre. Le premier porte sur la rénovation dans le domaine tertiaire. Le second, dédié aux aspects commerciaux et organisationnels, sera proposé par le réseau des instituts de formation et de recherche du bâtiment (IFRB).

Financement

95 % des dépenses engagées (coût pédagogique, salaire, perte d’exploitation, frais de déplacement et d’hébergement…) par l’entreprise sont prises en charge par l’Opca du bâtiment, le Fafsab pour les salariés de l’artisanat et le Fafcea pour les artisans.

Ces dépenses sont plafonnées à un forfait de 200 euros HT par jour et par participant.

ENCADRE

Jean-Yves Lefevre, gérant de l’entreprise Fedrigo (Loiret), 40 salariés.

« Le plus gros problème reste la commercialisation de cette offre globale »

Jean-Yves Lefevre, gérant de l’entreprise de gros œuvre Fedrigo, a toujours cherché à anticiper l’évolution des marchés, notamment en se diversifiant. Dès 2005, l’entreprise a développé une activité tous corps d’état. A ses métiers de base que sont la maçonnerie, la couverture et le carrelage, Jean-Yves Lefevre a ajouté une activité peinture en rachetant une entreprise d’une dizaine de salariés. « Il faut prendre l’impulsion de la rénovation énergétique maintenant ! Il faut se préparer à répondre à ces nouveaux marchés », insiste-t-il. Dès 2008, ce chef d’entreprise a suivi les deux premiers modules du programme Feebat. « Cela m’a permis de conforter mes notions sur l’offre globale et d’avoir une approche plus fine des calculs de déperditions thermiques par exemple. » Il a également testé un nouveau module de Feebat dédié aux aspects juridique et organisationnel. « Aujourd’hui, nous travaillons en étroite collaboration avec des entreprises spécialisées sur les lots techniques pour répondre à cette logique d’offre globale. Dans ce type d’approche, le principal problème reste la prospection commerciale : comment vont arriver les clients ? » Aussi, ce gérant d’entreprise réfléchit à monter une structure dédiée, en se groupant avec une entreprise de plomberie-chauffage par exemple.

Vous êtes intéressé par le thème Environnement ?
  • Découvrez les Cahiers Techniques du Bâtiment
    Le magazine qui traite des innovations produits, des évolutions techniques et de l’actualité règlementaire dans tous les corps d’états.
    Voir le site

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X