Enjeux SPECIAL INNOVATION

Objets connectés – La nouvelle ère de l’interopérabilité

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Domotique - Innovations

Le potentiel de la domotique reste bridé par les systèmes propriétaires. La labellisation prochaine d’un protocole ouvert devrait enfin fixer un standard pour le logement intelligent.

C’est peut-être le coup d’accélérateur que le marché du logement connecté guette depuis plusieurs années. En octobre prochain, le référentiel Ready2Services (R2S), élaboré par la Smart Buildings Alliance (SBA) et ses 200 membres (promoteurs, bailleurs, constructeurs, industriels… ), devrait obtenir sa labellisation auprès de Certivéa, Alliance HQE et Cerqual. Le standard du logement connecté sera enfin établi.

Ce R2S définit une architecture des protocoles de communication dans un bâtiment (voir infographie p. 14 ) permettant l’ouverture des données et l’interopérabilité des matériels et des logiciels. Adieu les systèmes fermés et propriétaires, principaux freins à la diffusion des objets connectés !

Les données captées par le compteur d’eau, le détecteur de présence ou la chaudière intelligente seront traduites dans un même langage informatique, quelle que soit leur marque. Cette masse alimentera des bases de data hébergées à distance dans un cloud . Et cela peut tout changer. « Aujourd’hui, les capteurs foisonnent dans l’habitat, mais la donnée brute d’un thermostat ne sert pas à grand-chose si elle n’est pas croisée et contextualisée avec d’autres data, pour définir par exemple un scénario de confort de l’habitat incluant la luminosité, la ventilation… », décrypte Emmanuel Olivier, président d’Ubiant, une start-up œuvrant pour plusieurs promoteurs et qui a créé son propre système d’exploitation pour bâtiments intelligents. Ces bases plus riches fourniront la matière première pour développer des services sur mesure, destinés aux gestionnaires et aux occupants.

Un exemple illustre déjà la démarche R2S : celui de Bouygues Immobilier, membre de la SBA, qui livrera en septembre ses premiers logements connectés Flexom après plusieurs pilotes réussis. Le promoteur, accompagné par Ubiant, s’est converti aux technologies ouvertes et interopérables. « C’est une condition nécessaire pour créer des services qui répondent aux usages et aux exigences de confort des habitants », salue Eric Pozzo-Deschanel, directeur conception produits et services logements. Grâce au dialogue entre les objets, Bouygues Immobilier proposera à ses clients un pilotage centralisé de l’éclairage, du chauffage et des volets roulants via une application mobile. L’interface permettra aussi de définir des scénarios de confort (programmation de la température, par exemple) ou de piloter sa consommation énergétique.

Remontées parcellaires. L’usager aura aussi toute latitude pour faire ses propres choix de matériels. « Flexom est développée sur un double socle, l’interopérabilité et l’évolutivité, complète Eric Pozzo-Deschanel. Le client peut intégrer tous les objets connectés qu’il souhaite, quels que soient leurs protocoles de communication, existants ou à venir ».

Cette interopérabilité ne va cependant pas de soi. « Connecter tous les objets pose encore de nombreux problèmes », prévient Julien Guillemont, directeur de l’agence construction Ile-de-France de 3F. Le bailleur social vient de se confronter au sujet avec son premier immeuble connecté, livré il y a quelques mois à Paris, dans le XVIII arrondissement. Sa promesse ? Offrir aux locataires de piloter eux-mêmes leurs consommations énergétiques grâce à une appli connectée à des compteurs de consommation (eau, électricité, panneaux solaires individuels, etc. ). L’exploitant, de son côté, dispose à distance des relevés des organes techniques des parties communes (ascenseur, caisson de ventilation, chaudière à gaz… ), là encore grâce à des capteurs intelligents. Dans les faits, 3F, pourtant accompagné d’un intégrateur informatique, a rencontré plusieurs obstacles. Eau de Paris, l’opérateur public chargé de la distribution, a ainsi refusé d’ouvrir ses data. « Nous avons été contraints d’installer un second compteur d’eau, communicant et ouvert », soupire Julien Guillemont.

Le bailleur social a subi d’autres contretemps, sur le plan technique cette fois-ci : les remontées d’informations de certains capteurs restaient parcellaires. « Nous n’avons pas réussi à disposer dans notre appli de toutes les données fournies par la chaudière connectée que nous avons choisie, confie le directeur. Nous sommes obligés de consulter l’interface du fabricant… » Ce dernier point résume les reproches adressés aux industriels qui, au contraire des start-up, ont bâti leur modèle économique sur des environnements propriétaires qu’ils maîtrisent de bout en bout. « Nous sommes dans une phase d’ouverture maîtrisée », réagit Stéphane Berlioz-Latour, directeur marketing du pôle maison connectée chez Delta Dore. Le groupe dispose de son propre protocole de communication « stable et sécurisé, deux critères fondamentaux à nos yeux pour assurer le succès du logement connecté et la promesse de qualité pour les usagers », insiste-t-il. Delta Dore partage aujourd’hui son protocole avec 130 partenaires, tels que Atlantic pour les chauffages et Bubendorff pour les volets roulants.

Prochain chantier pour l’industriel : développer une interface pour encapsuler son application mobile de gestion des objets connectés dans celle d’un partenaire, par exemple un promoteur. Entre interopérabilité à grande échelle et partage d’informations maîtrisé, le marché cherche encore où placer le curseur.

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