Enjeux

« Nous attendons un signal fort de François Hollande »

Mots clés : Gouvernement - Travaux publics

Les travaux publics ne voient toujours pas la reprise. Comme les élus, ils ont besoin de visibilité.

Bruno Cavagné, président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP).

Quelles que soient les annonces de François Hollande au prochain Congrès des maires, Bruno Cavagné attend de lui un signal fort, à même de relancer l’investissement des collectivités.

Le 31 mai, au Salon des maires et des collectivités locales (SMCL), vous invitez mille maires à déjeuner en présence de François Baroin. Quel message livrerez-vous ?

Qu’investir dans les infrastructures est vertueux à tous égards, en termes d’attractivité économique, de cohésion territoriale et d’emploi. La plupart des collectivités locales sont aujourd’hui tétanisées : comme l’a confirmé l’Insee, elles ont réussi à reconstituer de l’épargne et, pour autant, leurs investissements diminuent. Le blocage n’est pas uniquement financier, il est aussi psychologique. C’est pourquoi il est primordial que le président de la République, qui doit clôturer le Congrès des maires, leur envoie un signe clair et fort.

Quel signal attendez-vous ?

Nous demandons depuis longtemps un étalement de la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités, sur cinq ans au lieu de trois. Il y a quelques semaines, des fuites dans la presse laissaient entendre que le président de la République annoncerait la suppression de la baisse prévue en 2017 pour les collectivités investissant (soit 3,7 milliards d’euros). Quelle que soit l’annonce – et je n’imagine pas qu’il n’y en ait pas – ce signal nécessaire serait positif. L’ensemble du monde économique a besoin d’un nouveau départ, et surtout de visibilité et de stabilité.

En attendant, les TP continuent de broyer du noir…

Nous avons fini l’année 2015 sur une chute d’activité de 8 %. En 2016, nous devrions toucher le fond, puisque nous tablons sur une baisse comprise entre 0 et – 3%. Quelques projets (plan de relance autoroutier, plan France très haut débit…) devraient nous donner de l’oxygène, mais nous ne parlons pas de reprise, et je suis toujours inquiet. Les défaillances des entreprises ont augmenté de 17 % au 1er trimestre, les effectifs concernés étant en hausse de 63 %. La taille des entreprises qui mettent la clé sous la porte a donc augmenté. Des entrepreneurs qui avaient réussi tant bien que mal à tenir jusqu’ici n’ont pas pu attendre la reprise.

Qu’en est-il des grands projets ?

La situation n’évolue guère : l’Etat est toujours schizophrène. Hormis pour le Grand Paris, il annonce sa volonté de lancer des grands projets, mais sans se donner les moyens de le faire. Prenons le canal Seine-Nord. Depuis l’annonce de la participation de l’Europe à son financement, l’Etat n’a de cesse de communiquer sur le fait que le projet avance : on fait des réunions, on publie une ordonnance pour créer une société de projet. Mais le tour de table financier n’est toujours pas bouclé. Quid de la participation des nouvelles régions, quid du financement complémentaire ? Le premier coup de pioche est pourtant toujours annoncé en 2017. La problématique est la même sur la LGV Bordeaux-Toulouse et sur le tunnel Lyon-Turin. A un an de l’élection présidentielle, j’ai l’amère impression que le gouvernement joue la montre.

Vous rencontrez régulièrement les candidats à l’élection présidentielle…

Oui, et je leur formule à chaque fois le même vœu. Je leur dis que je rêve d’un véritable ministère des infrastructures, qui soit réellement là pour construire, doté d’une ambition, de visibilité et de moyens. Un ministère qui ne soit pas en permanence tiraillé d’un côté par les anciens de l’Equipement qui veulent faire, et de l’autre par les écologistes qui ne veulent pas faire – l’exemple de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est saisissant à cet égard. Nous n’avons plus de Datar ni de ministère de l’Equipement, le Schéma national des infrastructures de transport n’a pas fonctionné, et le rapport Duron a été jeté à la poubelle ! Je force le trait, mais la réalité est qu’il n’y a plus de politique nationale en termes d’infrastructures.

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur www.lemoniteur.fr/cavagne

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Baromètre des collectivités locales "Le Moniteur"-FNTP

Les communes toujours frileuses sur l’investissement

Le quatrième baromètre des collectivités locales « Le Moniteur » -FNTP montre que, sous l’effet de la baisse des dotations de l’Etat, l’investissement continue de se dégrader sur un an dans les communes, tandis qu’il connaît un léger rebond dans les intercommunalités. Pour compenser la baisse des dotations, la quasi-totalité des collectivités a enfin mis en place des mesures d’économie de fonctionnement. Elles sont par ailleurs de plus en plus nombreuses à recourir à l’endettement pour financer leurs investissements.

Méthodologie de l’enquête

Ce baromètre a été construit à partir d’une étude quantitative en ligne, réalisée du 4 avril au 2 mai 2016 auprès de 315 collectivités locales, dont 258 mairies et 43 intercommunalités. L’échantillon de conseils départementaux et régionaux n’étant pas significatif (14 répondants), les résultats les concernant ne sont pas présentés ici.

78 %

des communes motivent leur hausse d’investissement par le besoin d’entretien et de renouvellement des équipements existants dégradés.

91 %

des intercommunalités et 87 % des communes mettent en place des économies de fonctionnement pour compenser la baisse des dotations. Des chiffres en nette augmentation sur un an (respectivement 72 % et 82 % en juin 2015).

61 %

des communes et 55 % des intercommunalités jugent la croissance verte importante à l’échelle de leur collectivité. Un peu plus d’une collectivité sur 10 estime même que le sujet est prioritaire. L’éclairage public est plébiscité par les maires, le traitement des déchets a la faveur des intercommunalités.

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