Architecture

« Ne rien imposer »

« Le Paris du baron Haussmann, c’est le Second Empire, avec un pouvoir fort et une bourgeoisie dominante, sans place au débat. Moi, je ne suis ni Haussmann, ni baron, mais un partisan de la liberté d’expression. L’urbaniste ne doit rien imposer aux constructeurs en plus des règles qui existent déjà. Pas de modèle de parcelle ou d’immeuble, car il n’y a pas de recette toute faite. Pour la ZAC Clichy-Batignolles, à Paris (XVIIe ), j’ai brisé les perspectives axiales afin de valoriser les usages transversaux entre les logements, les équipements et le parc.

Les espaces verts parisiens se coupent souvent de la vie urbaine par une couronne boisée. Celui-ci se trouve dans la ville. Les piétons parcourent les rues et les allées en suivant la même trame viaire. Le parc tisse des liens entre quartiers aisés et modestes. »

« Réfléchir à l’évolutivité des appartements »

« Du temps d’Haussmann, les logements n’étaient pas habités de la même manière. La taille des ménages, la stratification sociale et les modes de vie : tout y était différent ! De nos jours, à Paris, il y a davantage de familles monoparentales, de célibataires, de personnes seules. L’immeuble haussmannien a montré une grande capacité d’adaptation aux évolutions sociodémographiques, par la réunion ou la division des appartements. Mais les plans des bâtiments d’aujourd’hui n’offrent pas la même évolutivité. Les architectes pourraient mieux se saisir de cette question en réfléchissant par exemple à la possibilité d’associer ou de dissocier facilement une ou plusieurs pièces du corps principal du logement.

Car les habitants devraient mieux pouvoir reconfigurer leur appartement, en fonction des transformations dans leur vie personnelle et professionnelle. Or, le système structurel actuel propose peu de flexibilité avec ses refends en béton tous les 6 mètres. A une époque où la société aspire tout à la fois à l’individualité et au partage, réassocions l’habitat et le tertiaire comme a pu l’initier la ville du XIXe siècle. »

« Favoriser la réversibilité et la mixité »

« Pendant longtemps, on a transformé l’habitat haussmannien en bureaux. C’était chic. Maintenant, on revient à son utilisation première. La preuve de cette mobilité d’usage : l’immeuble situé au 42, rue du Louvre à Paris (Ier ). Il a été reconverti par les architectes Patrick de Jean & Jérôme Marin et le bailleur social Elogie-Siemp, en 2014. Le diagnostic technique du bâtiment a été primordial pour connaître la structure et recenser les éléments patrimoniaux – parquets, moulures, cheminées -avant sa mise aux normes actuelles. Nous ne pouvions intervenir ni à l’extérieur, ni à l’intérieur, au risque de dénaturer les façades et les décors. Alors, nous avons opté pour des blocs techniques installés au milieu des pièces d’apparat. Il fallait trouver le juste équilibre entre conservation à outrance et confort moderne. L’opération demeure réversible pour les générations futures qui souhaiteraient retrouver l’état d’origine. A l’époque de leur construction, les bâtiments haussmanniens logeaient à une même adresse les classes favorisées et défavorisées. Aujourd’hui, dans le logement social, nous essayons aussi de favoriser une telle mixité de population, mais à tous les étages. Autre différence notable : les prestations et les finitions sont les mêmes dans chaque appartement, quels que soient les revenus des locataires. Pas de jaloux au niveau du confort ! Les commerces et les activités au rez-de-chaussée sont toujours les bienvenus, car ils contribuent à la rentabilité financière de l’opération. »

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« Reproduire la façade sans pasticher »

« Pasticher Haussmann, non. S’inscrire en continuité, oui. C’est avec cette idée en tête que nous avons réalisé les logements de la rue Championnet, à Paris XVIII (lire p. 72) . La façade de l’immeuble est une sorte de papier peint qui reproduit celle du voisin. La rue haussmannienne conserve ainsi son homogénéité, avec l’alignement des balcons et le retrait du toit. Le matériau usiné imite même le ton pierre.

Mais la contextualisation s’arrête là, car le modèle social haussmannien est désormais dépassé.

Ici, pas de hiérarchie des classes, tous les appartements sont identiques, quel que soit l’étage. Le balcon n’est ni insignifiant, ni signe extérieur de richesse. Il prolonge la vie et la vue de l’appartement. Et la façade n’est pas un accessoire de mise en scène, mais un dispositif de mise à distance entre l’espace public et la sphère privée. »

« Comprendre la fabrication de la ville »

« Le Pavillon de l’Arsenal a pour mission d’explorer des sujets afin de nourrir l’intelligence collective et le débat. C’est le cas de l’exposition “Paris Haussmann – Modèle de ville” qui a intéressé plus de 85 000 visiteurs (architectes, aménageurs, bailleurs, promoteurs, élus, designers, étudiants). Nous ne leur avons pas dit : “Haussmann, c’est génial, faites pareil. ” Non, nous avons analysé des données existantes pour comprendre la fabrication de la ville, hier et aujourd’hui.

Et force est de constater qu’aux mêmes questions – densité, flexibilité, mitoyenneté… – sont apportées des réponses différentes. Bien que le modèle haussmannien ne soit pas la panacée, il semble toutefois apprécié, comme en attestent les prix de l’immobilier parisien.

Tout le monde connaît Haussmann. Il fait partie de notre patrimoine. Mais il n’est pas intouchable. D’abord, on en étudie la forme pour en comprendre le fond. Ensuite, on peut le transformer, l’améliorer. C’est ce qu’ont fait virtuellement vingt étudiants en architecture, lors d’un hackathon Haussmann 2. 0, avec le jeu vidéo The Architect-Paris.

Les jeunes générations ont cette liberté de pouvoir regarder le Paris historique et le Paris moderne sur le même plan et de proposer une architecture de leur temps, contrairement à ceux qui font la promotion du placage stylistique.

Haussmann travaillait suivant un principe d’écologie et d’économie urbaine, employant les matériaux locaux et les techniques de son époque. Créer une façade haussmannienne pastiche aujourd’hui ne reprend en rien ce principe. L’architecture est une matière vivante, elle doit refléter son temps.

Questionner Haussmann en 2017 interroge et intéresse les professionnels. Après, est-ce que l’exposition aura une influence sur les projets architecturaux et urbains parisiens ? L’avenir le dira… »

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