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Michel Marot La Villa Arson, parcours labyrinthique

Mots clés : Architecture - Manifestations culturelles - Produits et matériaux

Sur les hauteurs de Nice, l’esprit de l’Italie s’immisce dans un fleuron d’architecture moderne inventé à la charnière des années 1960 et 1970 par l’architecte Michel Marot. Née de la politique culturelle d’André Malraux pour servir l’enseignement de la création contemporaine, la villa Arson théâtralise toutes les problématiques de l’architecture : l’insertion dans le site, la recherche plastique, la quête de la lumière, la matérialité… Avec ses allures de forteresse, ce lieu à l’austérité jouissive joue du contraste entre le minéral et le végétal, associe sensibilité classique et matiériste à la recherche d’une architecture ouverte et proliférante. Iconique, comme la Villa Noailles, à Hyères, la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence ou la maison d’Eileen Gray et Le Corbusier à Roquebrune-Cap-Martin, elle témoigne de l’effervescence artistique de la Côte d’Azur au siècle dernier. Aujourd’hui mondialement reconnue, cette école d’art et de recherche demeure un cadre d’exception tant pour ses étudiants que pour ses expositions d’art contemporain ouvertes à un large public.

En mêlant à une écriture architecturale moderne un caractère méditerranéen pour s’accorder aux modes de vie, d’apprentissage et de travail des étudiants et des plasticiens, la Villa Arson s’inscrit comme une œuvre phare dans le parcours de Michel Marot. Né à Troyes en 1926, ce dernier est diplômé de l’École des beaux-arts de Paris, Grand Prix de Rome (1954) et architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux. Il a suivi l’enseignement de Walter Gropius au département d’urbanisme de la School of Design de l’université d’Harvard aux États-Unis avant de séjourner à la Villa Médicis entre 1955 et 1958. Sa formation classique et son engagement dans une architecture moderne attentive aux leçons du vernaculaire donne une touche particulière à sa démarche. C’est avec son associé Georges Fidon, dans le cadre de son agence MTA (Marot, Tremblot Architecture), qu’il réalise cette œuvre avec l’appui de son confrère niçois Pierre Allard chargé du chantier.

L’écho d’une villa du XVIIIe siècle

Pour mieux saisir la nature du projet, il faut remonter à l’année 1812 quand l’ancien banquier avignonnais Pierre-Joseph Arson acquiert une villa de style italien sur la colline de Saint-Barthélémy dominant la Baie des Anges. Construite au XVIIIe siècle pour le consul de Nice, Jérôme Peyre de La Coste, sur un terrain de 6 ha, elle est représentative des villas niçoises de l’époque régnant sur un vaste domaine agricole. Au fil des décennies, la famille Arson l’embellit et l’entoure d’un jardin à l’italienne structuré par une majestueuse allée de cyprès et des terrasses ponctuées de sculptures, de fontaines, d’un jardin de rocailles, de pins maritimes, de chênes, d’oliviers et de caroubiers mêlées à des essences plus exotiques.

À partir de 1884, quand le développement du tourisme de villégiature transforme en hôtels de grands domaines de campagne, la Villa Arson revient au « Grand Hôtel Saint-Barthélémy », mais en 1927, une seconde mutation au profit de la clinique Cynos marque le début d’une période sombre. Le domaine suscite l’appétence des promoteurs et la villa ne doit son salut qu’au député-maire de l’époque, Jacques Médecin, qui la fait inscrire en 1943 à l’Inventaire des monuments historiques. En 1948, la Ville de Nice l’acquiert avec la volonté de l’utiliser au profit de l’enseignement artistique et de l’école des arts décoratifs trop à l’étroit dans ses propres locaux.

Le projet ne se concrétise qu’une quinzaine d’années après, avec le soutien d’André Malraux qui, à partir de 1962, lui donne une amplitude plus large. S’appuyant sur le dynamisme d’une ville chère au cœur des artistes, de Matisse à Ben en passant par Picasso, Supports-Surfaces et d’autres, mais aussi sur la présence à Nice du second aéroport de France, il en fait un porte-étendard de sa politique de décentralisation. (1) La volonté du ministre était de réunir une diversité de disciplines artistiques dans un établissement d’avant-garde regroupant une école des arts décoratifs d’envergure internationale, un centre artistique de rencontres internationales (CARI) ouvert à des artistes étrangers. Le programme intégrait des résidences d’artistes, un internat, des chambres pour les étudiants étrangers et les enseignants de passage, un restaurant et une bibliothèque. En ces temps dominés par les événements de mai 1968, la culture était en pleine évolution. Les grèves entraînèrent même des retards de chantier et l’on...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 245 du 14/10/2015
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