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Michel Destot, président de l’AMGVF et maire de Grenoble «Les villes sont confrontées à tous les défis mondiaux»

Mots clés : Association et mouvement associatif - Collectivités locales - Conjoncture économique - Démarche environnementale - Développement durable - Energie renouvelable - Manifestations culturelles - Situation économique

L’Association des maires de grandes villes de France (AMGVF) organise sa 9e Conférence des villes, le 23 septembre, à l’Hôtel de Ville de Paris. Son président Michel Destot exprime sa foi dans une politique volontariste pour développer l’attractivité internationale des villes françaises tout en répondant aux défis environnementaux et sociaux.

Pourquoi avoir choisi ce thème de villes-monde ?

Ces deux mots accolés résument les principaux défis du XXIe siècle. Le premier terme, c’est la ville. Comme le dit Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, « le XXIe siècle sera le siècle des villes ou ne sera pas ». En 1950, 30 % des habitants de la planète habitaient en ville, aujourd’hui, c’est plus de la moitié. Et en 2050, on estime qu’ils seront 70 %. Cela représente un immense défi, bien sûr, mais aussi beaucoup d’espoir : les villes ont, depuis Athènes et Rome, en passant par les villes italiennes et hanséatiques jusqu’à Londres et New York, porté la civilisation moderne.

L’autre terme, c’est le monde. C’est devenu un lieu commun de le dire, mais aujourd’hui le monde est un village. Tous les problèmes importants qui se posent localement sont des problèmes mondiaux. Sur le plan économique, en France, un emploi sur trois est lié au commerce international. Sur le plan de l’environnement, prenez le défi climatique et l’émission des gaz à effet de serre : on peut être vertueux à Grenoble, mais si on ne l’est pas en Chine, on risque une catastrophe internationale. Sur le plan social, les flux migratoires – qui nécessitent de traiter localement les problèmes d’intégration – proviennent de tous les pays du monde. On ne peut pas traiter ces problèmes sans s’appuyer sur les villes et il n’y aura pas de progrès de l’Humanité sans reconnaissance forte du fait urbain.

Les villes françaises ont-elles la taille suffisante pour affronter ces problèmes ?

Il faut faire un peu de sémantique en distinguant villes, métropoles, mégapoles et mégalopoles. L’objectif n’est pas de transformer les villes françaises en mégalopoles à l’image de Shanghai, Tokyo, ou Mexico. En Europe, on a deux mégapoles, Paris et Londres, qui comptent 10 millions d’habitants, la taille limite qui permet encore de maîtriser les politiques citoyennes – éducatives, culturelles, sportives. – en direction de leur population. Ce qui n’est plus le cas dans les mégalopoles que j’ai citées. Les villes françaises sont bien sûr à une autre échelle : lorsqu’on superpose le plan de Los Angeles à la région Rhône-Alpes, on s’aperçoit que l’agglomération californienne s’étale de Lyon jusqu’à Grenoble ! Mais en termes d’attractivité et de qualité de vie, nous avons la chance d’avoir des tailles de villes parfaitement maîtrisables. Et pour peu qu’on s’engage très fortement dans l’action politique, on peut les inscrire dans le triangle formé de l’économique, du social et de l’environnemental, c’est-à-dire la définition du véritable développement durable.

Quels sont les équipe-ments dont doivent bénéficier les villes pour jouer dans la compétition mondiale ?

Il faut par exemple bénéficier absolument d’un aéroport international. En France, le trafic aérien est encore très concentré sur Paris ce qui est l’une des grandes faiblesses de notre pays. Il faut aussi posséder des plateformes technologiques – pour faire bénéficier les entreprises des innovations qui peuvent naître dans les centres de recherche – sans lesquelles on ne peut pas prétendre devenir un pôle de compétitivité. L’un des moyens d’atteindre une certaine masse critique est de travailler en réseaux de villes. En Rhône-Alpes, Grenoble et Lyon unissent leurs efforts sur les plans technologiques et économiques. On peut citer aussi l’exemple de Nancy et Metz qui ont un aéroport commun, et qui mutualisent leurs compétences sur les plans hospitaliers et universitaires. La définition des métropoles n’est donc pas seulement quantitative mais aussi qualitative avec des objectifs de se situer dans la compétition mondiale sur le plan économique, social et environnemental.

Quel est l’impact de la crise financière sur ces métropoles ?

Heureusement, toutes les villes n’ont pas été atteintes, entre autres par ce qu’on a appelé les produits toxiques. La crise est un phénomène très hétérogène qui touche fortement certaines entreprises alors que d’autres restent en croissance. Il en va de même pour les territoires. Certains ont été fortement secoués, d’autres beaucoup moins. Il faut reconnaître qu’en France, la forte culture de service public a protégé en partie les collectivités. On ne peut pas parler véritablement de crise pour les collectivités même si les charges sociales sont plus fortes que jamais et qu’il faut dégager des budgets de fonctionnement en direction des politiques de solidarité. Mais les collectivités se montrent volontaires pour investir, pour ne pas baisser le pied, – indépendamment du plan de relance de l’Etat – pour maintenir l’activité, notamment celle du BTP.

En tant que maires, n’avez-vous pas cependant moins de pouvoir qu’auparavant sur les décisions prises par le monde financier et économique ?

Les élus ont toujours la capacité de se battre. Il y a trois ans, lorsque Hewlett-Packard a voulu se désengager de Grenoble, je suis allé au siège de l’entreprise, en Californie, leur expliquer qu’ils faisaient une erreur parce que l’environnement technologique de Grenoble, notamment sur le plan des télécommunications, leur permettait de développer du business. Ils ont entendu ce discours et, au final, ils sont repartis sur de nouveaux investissements. Le maire d’une ville doit se battre aussi avec les banquiers, dont le métier doit être ramené à sa juste valeur, pour favoriser les activités de création, d’innovations et de technologie.

Pour qu’une entreprise vienne chez vous, il faut être plus attractif qu’ailleurs et comprendre comment se font ces choix de localisation. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les membres du conseil d’administration qui décident mais les cadres de l’entreprise. Ils choisissent bien sûr un environnement propice au développement de leur entreprise mais aussi à celui de leur famille : parcours scolaire de qualité, vie culturelle, sportive et de loisirs. Le lycée international que j’ai créé à Grenoble en 2006, où l’on peut venir à n’importe quel moment de l’année, où les enseignements peuvent se faire en une dizaine de langues, est aujourd’hui un argument déterminant.

L’hétérogénéité des populations et des cultures entraîne de fortes inégalités sociales et spatiales, voire des replis communautaires. Comment lutter contre ces tendances ?

Ce défi sociétal est le plus important que nous ayons à affronter. En France, on juge le niveau de développement social de notre pays à l’aune de sa protection sociale. Bien sûr, c’est très important d’avoir le RSA, d’accéder à l’hôpital public, de donner à tout le monde la possibilité d’avoir un toit. Mais il faut enrichir la définition du social par la notion du « vivre ensemble ». La plus grande inégalité vient entre ceux qui ont le choix et ceux qui ne l’ont pas en matière de culture, d’éducation, d’habitat. Ces nouvelles politiques du « vivre ensemble » sont à définir, et c’est bien dans les villes qu’on peut le faire, et, quand ça marche, les préconiser au niveau national. Par exemple, j’ai aujourd’hui un grand projet de lycée scientifique pilote qui ouvrirait ses portes aux enfants des quartiers défavorisés qui ne possèdent pas tous les codes culturels de la langue mais qui excellent dans les matières scientifiques.

La métropolisation consomme des ressources non renouvelables. Comment réduire l’empreinte écologique des villes ?

La vraie rupture en matière d’environnement est la prise de conscience de l’aspect dramatique des émissions de gaz à effet de serre. La réponse est très largement liée aux processus d’urbanisation et dans la façon dont on va contenir les villes dans des périmètres limités pour améliorer les déplacements. Quand on regarde le Grenelle de l’environnement, on a fait là quelque chose de formidable. Mais dans sa traduction législative et dans sa mise en œuvre, on n’a pas reconnu de façon suffisamment nette le poids des villes. Si on considère les transports urbains, c’est-à-dire ceux dont la fréquentation est la plus importante, ou le développement de la HQE dans l’habitat neuf, il s’agit pourtant bien de l’affaire des collectivités territoriales ! Ce sont aussi les villes qui peuvent mettre en place du chauffage urbain collectif adossé à la filière bois, par exemple, ou développer le photovoltaïque pour l’électricité.

Quel est votre point de vue sur le projet de réforme des collectivités territoriales ?

Le projet de loi en cours, suite à la commission Balladur, contient des points positifs mais suscite également de nombreuses interrogations. La reconnaissance du fait urbain, avec la création de « métropoles », est quelque chose de très important. L’autre satisfaction est l’achèvement de l’intercommunalité, puisque 20 % des communes ne sont toujours pas regroupées. Le problème est que les responsables d’agglomération ne sont pas élus au suffrage universel, qui reste pour moi le seul système électoral démocratique au monde.

On a par ailleurs un certain nombre de points d’alerte : dans le projet de loi, le seuil pour la création de « métropoles » est fixé à 450 000 habitants, ce qui est trop ou pas assez : soit la taille métropolitaine est fondée sur une base exclusivement démographique, et il ne faut retenir que Paris, Lyon, Marseille et Lille. Soit l’idée de métropolisation s’inscrit dans une démarche dynamique, et il faut descendre le curseur à 400 000 ou 300 000 habitants pour des agglomérations qui mènent véritablement des politiques d’attractivité ambitieuses.

Vous proposez, pour qualifier les « métropoles », de passer de critères quantitatifs à des critères qualitatifs ?

Il faut mixer les deux. Il faut montrer que c’est la dynamique qui compte. Une ville ne ressemble jamais à une autre en raison de l’histoire, de la géographie, des cultures extrêmement différentes. Vouloir tout normer à partir d’une législation nationale, c’est presque contradictoire par rapport à une démarche européenne. C’est le grand problème de la France, un pays extrêmement jacobin qui a beaucoup de mal à dépasser ses propres frontières, soit par le haut du côté de l’Europe, soit par le bas du côté de la décentralisation. Notre avenir est pourtant du côté de l’Europe et du côté des villes. Il y a 100 ans, qui aurait parié un centime sur l’avenir de Grenoble, petite ville enclavée au milieu des montagnes ? Quelques hommes et beaucoup de volonté en ont fait pourtant une agglomération de 500 000 habitants, la plus importante de tout l’arc alpin.

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Trois thèmes en débat

La Conférence des villes s’articulera autour de trois thèmes :

« L’attractivité urbaine à l’ère de l’économie globale : comment capter les services de haut niveau et attirer les firmes et capitaux étrangers ? »

Avec les maires de La Haye, Nantes, Rouen, Kaunas, Lyon, Bordeaux, Kanazawa, Le Mans et Pierre Mongin (RATP), Olivier Ferrand (Terra Nova), Clara Gaymard (General Electric), Lionel Dunet (Ordre des architectes).

« Inventer la ville aujourd’hui : la lutte contre le réchauffement climatique, se joue dans les espaces urbains ». Avec les maires de Nancy, Séville, Ouagadougou, Montreuil, Dunkerque et Gérard Mestrallet (GDF Suez), Henri Proglio (Veolia Environnement), Pierre Gadonneix (EDF).

« Du global au local, mieux vivre ensemble : dans un monde multipolaire, la question du lien social n’a jamais été aussi forte ».

Avec les maires de Perpignan, Caen, Porto Alegre, Plaine Commune, Wichita, Evry, Buenos Aires et Philippe Madec, Alexandre Chemetoff, Roland Castro, architectes.

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