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Michel Corajoud s’efface du paysage

«Terre et ciel ne cessent de se quereller dans l’épaisseur du sol arable et de ces querelles naissent les qualités premières de tout paysage. » Michel Corajoud, qui avait écrit ces lignes en 1981, est décédé à l’âge de 77 ans, le 29 octobre, à Paris. Dans un communiqué, sa famille a évoqué le « paysagiste, urbaniste, enseignant, créateur, homme passionné » qui estimait donc que « le paysage, c’est l’endroit où le ciel et la terre se touchent ».

Auteur de nombreux projets parmi lesquels le parc du Sausset, en Seine-Saint-Denis, en 1994, ou le jardin d’Eole, à Paris, en 2006, ce grand maître du paysagisme contemporain était né le 14 juillet 1937 à Annecy. D’abord étudiant aux Arts-Déco, il s’était découvert un goût pour le paysage dans les années 1960, et avait fondé en 1967, au sein de l’Atelier d’urbanisme et d’architecture (AUA), l’équipe Paysage urbain « CCH » – pour Ciriani, Corajoud et Huidobro. En 1980, il avait créé l’Atelier Corajoud, avec son épouse Claire. Déjà lauréat, en 1992, du Grand prix du paysage, il avait remporté le Grand prix de l’urbanisme en 2003. Il avait alors expliqué au « Moniteur », que « partir du paysage pour penser la ville me semble une démarche fondatrice extrêmement pertinente ».
Michel Corajoud avait encore été associé à l’architecte Renzo Piano pour le projet de la Cité internationale de Lyon. Surtout, son nom restera attaché à la métamorphose des quais de la Garonne à Bordeaux, achevée en 2009, l’une des plus belles reconquêtes de rive fluviale. Le projet avait vu la création du fameux Miroir d’eau qui, depuis, fut souvent copié. A Bordeaux, « les gens l’ont adopté de façon assez phénoménale. On l’avait un peu anticipé, mais ça nous a dépassés », s’étonnait encore récemment le paysagiste.

Un enseignant investi

Dernièrement, il avait été associé à la transformation du site minier du Puits Couriot en un parc-musée, à Saint-Etienne, qui sera inauguré le 3 décembre prochain.
Le paysagiste, enfin, avait été un enseignant très investi et avait largement contribué à la transformation de l’Ecole nationale d’horticulture en l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles, en 1977. Il y avait enseigné pendant 37 ans.
Son confrère Michel Pena, qui avait été son élève, a ainsi évoqué un maître qui « a transmis sa passion et ses tourments, la force d’une vision qui a contribué à décomplexer les paysagistes pour les placer sur un pied d’égalité avec les architectes et les urbanistes. Il n’hésitait pas à nous provoquer, pour nous inviter à abandonner nos certitudes vulgaires ». A la suite de son décès, nombreuses ont été les réactions de ses confrères mais aussi de ses maîtres d’ouvrage, dont le maire de Lyon, Gérard Collomb.

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