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Matériels : l’heure du grand déstockage ?

Mots clés : Matériel - Equipement de chantier

Avec la baisse d’activité actuelle, bon nombre d’engins de chantier restent à l’arrêt. Faut-il les revendre ou les garder coûte que coûte ?

Qui circule de nos jours dans les zones d’activités en périphérie des villes de France reconnaît facilement les entreprises de travaux publics. Derrière un grillage, à côté d’un bâtiment administratif, une dizaine d’engins de chantier sont proprement alignés dans la cour. Et c’est bien là le problème ! En période de forte activité, la cour est vide, et les engins sont sur les chantiers. Aujourd’hui, ils attendent du travail, et la situation n’est pas prête de s’améliorer. La Fédération nationale des travaux publics (FNTP) évoque d’ores et déjà une année noire, et la tenue du salon Intermat (lire page 14) ne devrait malheureusement pas suffire à inverser la tendance. « Aujourd’hui, les entreprises de travaux publics ne traversent pas une crise, elles évoluent dans un environnement économique dégradé qui restera le leur pendant un certain temps », estime Jean-Louis Llorach, président du groupe Payant, l’un des plus gros vendeurs de matériels de travaux publics en France. Conséquence : le parc actuel est surdimensionné par rapport à l’activité.

Variable d’ajustement.

Combien y a-t-il de matériels en France ? Difficile de répondre à cette question car, contrairement aux véhicules routiers, les engins ne sont pas immatriculés et ne font donc pas l’objet d’une comptabilité officielle. Le loueur Loxam revendique un parc de 220 000 matériels, son concurrent Kiloutou évoque le chiffre de 200 000 mais l’un comme l’autre additionnent aussi bien les engins lourds que l’outillage électrique, les petits échafaudages et les véhicules utilitaires. Une évaluation plus juste peut être obtenue en s’appuyant sur les seules statistiques fiables du secteur : celles des ventes annuelles de matériels neufs, publiées par les deux syndicats du secteur, le Seimat et le Cisma. En partant du principe que tous les engins vendus ces cinq dernières années sont tous en activité, cela fait déjà 150 000 machines. Admettons que les engins vieux de plus de 15 ans ne sont plus actifs et que ceux âgés de 5 à 15 ans ont été, pour la moitié d’entre eux, revendus à l’étranger. Le parc total français tournerait alors autour de 300 000 engins. « La tendance actuelle est à une réduction des parcs », admet Gérard Déprez, président de Loxam, premier loueur de France. Certes, mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. « Quand l’activité baisse de 15 %, le parc n’est pas immédiatement réduit d’autant. C’est une variable d’ajustement, mais son effet met longtemps à se faire sentir. » Cette tendance baissière est confirmée par Claude Dutilh, directeur régional chez Iron Planet, spécialiste de la vente de matériels d’occasion : « Actuellement, les entreprises déstockent. Ce n’est pas un mouvement massif mais une tendance générale. » Coup de chance : les occasions se vendent bien, surtout dans les pays où la construction reste un secteur dynamique. « 10 % des machines d’occasion restent en France, 70 % trouvent preneurs en Europe et 20 % ailleurs dans le monde », précise Claude Dutilh. Les gros acheteurs européens sont des entrepreneurs polonais et des négociants hollandais qui réexpédient les engins depuis les ports de Rotterdam ou d’Amsterdam. Depuis peu, un nouveau débouché voit le jour : les Etats-Unis. « C’est une des conséquences de la parité entre l’euro et le dollar américain : quand le taux de change se rapproche de 1, les importations de matériels européens deviennent intéressantes pour nos cousins d’Amérique où l’activité bat son plein », analyse Claude Dutilh.

Stratégies multiples.

Il est donc – pour l’instant – relativement facile de se séparer des machines. Mais lesquelles ? Deux possibilités s’ouvrent au gestionnaire de parc : soit se séparer des vieux engins pour ne garder que les neufs, plus productifs et plus économes en carburant ; soit, au contraire, vendre les matériels les plus récents, ceux que l’entreprise n’a pas encore fini de payer et dont l’amortissement pèse sur son bilan. C’est l’option qu’a choisie Eiffage Travaux publics en vendant aux enchères, au mois de mars, 80 machines presque neuves, qui n’avaient travaillé qu’au terrassement de la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire. L’affaire a été payante puisque quatre tombereaux rigides Caterpillar 773 série G sont partis à 400 000 euros l’unité et 15 Volvo A40 série F ont été adjugés à 250 000 euros l’unité. Une jolie somme, qui représente 70 % du prix du neuf.

La stratégie qui consiste à vendre ses matériels les plus récents serait donc la bonne ? « Je ne me pose pas la question en ces termes, nuance Xavier Barthélémy, directeur matériels d’Eiffage Travaux publics. Je crois qu’il faut d’abord définir un parc cible. Quel est mon cœur de métier ? Quels sont les matériels indispensables ? Lesquels posséder et lesquels louer ? Une fois que l’on a bien défini ce parc cible, alors il faut l’équilibrer entre matériels anciens, matériels en milieu de vie et matériels neufs, qui ont tous les trois leur place dans une gestion saine. » La difficulté est de choisir quels sont ces fameux matériels indispensables. Car chaque entreprise a ses propres critères. Une pelle sur pneus, par exemple, n’a qu’une importance relative aux yeux d’un terrassier mais c’est la machine phare d’une entreprise de VRD. Une petite entreprise régionale fera d’une pelle sur chenilles de 20 t sont plus bel outil de production, alors qu’un grand groupe de travaux publics n’y verra qu’un matériel d’appoint. « Nous avons commencé à nous poser des questions sur les matériels de transport et sur des petits matériels de terrassement, que des partenaires peuvent nous fournir. D’ailleurs, certaines entreprises, souvent des PME, ont là une opportunité de croissance grâce à cette activité que nous allons leur laisser », poursuit Xavier Barthélémy.
Car toutes les machines, quelles qu’elles soient, ont leur place sur le chantier. Certains pourraient tirer leur épingle du jeu en faisant de tel ou tel matériel leur spécialité, au moment où d’autres songent à s’en séparer. Plus qu’aux loueurs de matériels stricto sensu, l’avenir pourrait être propice aux locatiers, ces entreprises qui proposent des machines avec chauffeur et dont la prestation ressemble davantage à de la sous-traitance, bien qu’elle s’en distingue juridiquement. C’est connu : les périodes de crise sont propices aux mutations. Il est malheureusement probable que beaucoup de PME de travaux publics ne résisteront pas à la situation actuelle. Mais d’autres sauront en profiter…

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Gestion de parc - « Il faut être prêt à saisir toutes les opportunités »

Alain Bignon, directeur du matériel chez Vinci Construction Terrassement

Etes-vous aujourd’hui entré dans une phase de réduction de votre parc de matériels ?

En 2012, quand nous avons commencé les terrassements de la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique (SEA), notre parc comptait 700 matériels. Aujourd’hui, notre objectif est de redescendre à 450 d’ici à la fin de l’année 2015.

Vendez-vous les matériels récents ou anciens ?

Majoritairement, nous vendons les machines qui ont en moyenne 10 ans et 10 000 à 12 000 heures au compteur. Nous procédons aussi à quelques ajustements de parc sur des machines en cours d’amortissement. Finalement, SEA aura été un tremplin qui nous aura permis de renouveler notre parc avec des machines récentes, achetées en 2011 et 2012.

Vos machines d’occasion trouvent-elles preneurs ?

Le marché de l’occasion est dynamique, nos machines se vendent correctement. Attention cependant… Le marché de l’occasion pourrait bien fléchir en fin d’année. Je suis en veille sur ce point.

Que conseilleriez-vous au gérant d’une PME possédant une dizaine d’engins ?

Je lui conseillerais d’être attentif à toutes les opportunités et d’attendre le retour des jours meilleurs en faisant tourner ses machines comme il peut… tout en gardant à l’esprit que cette attitude est très risquée à moyen terme mais qu’elle peut aider à maintenir le cash-flow à l’instant présent. C’est d’ailleurs ce qui se pratique actuellement : les petites entreprises proposent leurs services à des tarifs particulièrement bas. Selon moi, elles pourront peut-être tenir deux ans comme cela, mais pas beaucoup plus.

Pensez-vous que la location va profiter de cette période difficile ?

Du point de vue des locations, avec ou sans opérateur, je ne le pense pas. Ainsi, chez Vinci Construction Terrassement, nous mettons en place des outils pour optimiser l’utilisation de nos moyens propres. Du point de vue patrimonial, concernant les engins de petites capacités, un achat via une location financière a du sens. Mais je sais, et le chantier SEA l’a une nouvelle fois prouvé, que notre service matériel assure un taux d’efficience qu’aucun loueur ne peut prétendre égaler.

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Intermat 2015 ouvre ses portes

Le grand salon des matériels de chantier ouvrira ses portes du 20 au 26 avril à Paris-Nord Villepinte. 200 000 visiteurs sont attendus par 1 300 exposants, répartis dans quatre halls d’exposition, cinq zones extérieures et deux terrains de démonstrations. Cette édition d’Intermat sera marquée par deux événements. L’absence de Caterpillar, le géant du secteur, qui a décidé de ne pas venir à Paris cette année ; un retrait compensé par la première apparition de nouveaux exposants, comme le japonais Kobelco. Mais la grande nouveauté de 2015 sera l’ouverture d’un salon parallèle : World of concrete Europe. Il rassemble toute la filière béton, de l’amont (matériaux, produits et adjuvants) à l’aval (bétons décoratifs, revêtements et enduits, ingénierie et services). Intermat sort ainsi du strict périmètre des matériels.

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