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Marseille Constructa lance le chantier des quais d’Arenc

Mots clés : Architecte - Architecture - Conception - Conjoncture économique - Entreprise du BTP - Maîtrise d'ouvrage - Réglementation des marchés

Le programme s’intercalant entre deux projets tout autant emblématiques : la tour CMA-CGM de Zaha Hadid et le futur complexe Euromed Center recomposera, à terme, toute une frange de l’interface ville-port.

Le promoteur Constructa lancera dans les prochaines semaines à Marseille l’une des opérations les plus ambitieuses du périmètre de requalification Euroméditerranée. Baptisé « Les quais d’Arenc », ce programme mixte (logements, bureaux, hôtels, commerces et parking) permettra de recomposer, à terme, toute une frange de l’interface ville-port en venant s’intercaler entre deux projets tout autant emblématiques : la tour CMA-CGM de Zaha Hadid et le futur complexe Euromed Center imaginé par Massimiliano Fuksas. Dans un tel contexte, la société présidée par Marc Piétri se devait d’afficher des objectifs architecturaux élevés. En confiant son opération à quatre concepteurs réputés – Jean Nouvel, Yves Lion, Jean-Baptiste Piétri et Roland Carta – Constructa a choisi d’amener de la verticalité et de la modernité sur l’ancien site industrialo-portuaire Transcausse. La composition urbaine formée par les quatre bâtiments à construire – dont trois tours de plus de 100 m – devrait également redessiner l’horizon marseillais perceptible depuis le large. Pour réaliser cette nouvelle « sky line », le maître d’ouvrage n’a pas hésité à mobiliser 450 millions d’euros et à élaborer avec ses partenaires financiers et techniques un montage opérationnel atypique.

Dès 2006, Constructa réunissait sur le site une équipe de maîtrise d’œuvre pluridisciplinaire pour conduire les premières études à partir du plan-masse élaboré par Yves Lion. Aux côtés des quatre agences d’architecture sélectionnées, un pool formé de sociétés d’ingénierie (SIDF, Garcia Ingénierie, Alto, R2M, Aedis, Ingerop), de géomètre (cabinet Legrand), de notaires (études Wargny Katz et Feraud Deferrari), de conseils en assurances (AON, Eurosud) et de prestataires techniques (Véolia, Dalkia, Transsolar) échafaudait le contenu et les contours du projet, selon le cahier des charges très précis du maître d’ouvrage. Parallèlement, le groupe Vinci Construction France allait également s’impliquer, très en amont, dans cette phase conceptuelle. Choisi pour son expérience des chantiers complexes, le groupe Vinci Construction France constituait son équipe d’étude composée d’une trentaine d’ingénieurs et de techniciens provenant de ses filiales (Dumez Méditerranée, Travaux du Midi et GTM Sud) et de plusieurs entreprises spécialisées (1). Objectif : valider la faisabilité constructive du programme ainsi que son chiffrage. Le croisement des différentes études réalisées par le maître d’ouvrage, les architectes et l’entreprise allait, au fil des mois, donner naissance à une ingénierie commune de l’opération. « Cette option nous a permis de gagner un temps considérable par rapport à une consultation classique. Elle a également abouti à une optimisation importante du ratio surface vendable/surface construite. Concernant, par exemple, la tour Jean Nouvel, notre approche a permis d’optimiser la rationalité du bâtiment et de gagner ainsi 3 500 m², tout en réduisant le coût de construction sans affecter l’intégrité architecturale de l’ouvrage », explique Emmanuel Duchange, directeur des grands projets chez Constructa.

Un marché de travaux de 250 millions d’euros

Au terme de cette période de deux ans et demi consacrée aux études techniques, la validation financière, l’instruction administrative et la mise en place d’un planning très serré, Constructa et Vinci Construction concluaient, en décembre 2008, un protocole d’accord général portant sur l’avant-projet définitif et permettant de signer des marchés de travaux à hauteur de 250 millions d’euros TTC, le premier d’entre eux, concernant les travaux d’infrastructure, devant être signé avant l’été. « Compte tenu de la complexité de l’opération, il était impératif d’associer très en amont les maîtres d’œuvre avec les ingénieurs des entreprises pour, à la fois, maîtriser les risques et optimiser les projets entre les phases APS et APD, souligne Philippe Avinent, directeur délégué de Vinci Construction France. Chaque partenaire de l’équipe que nous avons mise en place a supporté le coût de ses propres études avec un seul but : atteindre les objectifs du maître d’ouvrage, tout en validant au fur et à mesure la conception des ouvrages, leur constructibilité et les méthodes d’exécution. »

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« Notre projet va redessiner l’horizon marseillais »

Marc Piétri,président-directeur général de Constructa.

Après avoir beaucoup investi aux Etats-Unis, vous lancez à Marseille l’une de vos plus importantes opérations de promotion. Pourquoi ce choix ?

Mon expérience américaine m’a appris que les villes portuaires recèlent toujours d’immenses potentialités de développement. Revitaliser une friche portuaire permet de ramener de la vie sur un site, par nature, stratégique. En ce qui concerne Marseille, mon choix a été guidé par deux considérations supplémentaires. Je souhaitais investir dans ma propre ville et je tenais à participer à la dynamique créée par Euroméditerranée. Ce périmètre de requalification offre un environnement sécurisé sur le plan immobilier, juridique, administratif et urbain. Il permet de savoir par avance à quoi ressemblera le territoire pendant, et après, la réalisation de notre propre programme.

Vous promettez de redessiner la « Sky line » marseillaise. Comment allez-vous réaliser cette ambition ?

Si j’ai choisi de faire appel à de grands concepteurs, c’est parce que le site exige une très haute qualité architecturale. Nos immeubles seront visibles du large. Depuis la mer, ils viendront scander l’horizon et signaler le retour de Marseille dans la cour des grands ports euroméditerranéens. Notre opération est basée à la fois sur la mixité fonctionnelle des bâtiments – logements, bureaux, hôtellerie, parkings – sur un équilibre financier et sur une verticalité adaptée à la taille de la ville. La pureté des lignes dessinées par les architectes facilitera l’insertion du projet dans la trame urbano-portuaire, car notre programme veut se fondre au plus profond de l’identité marseillaise.

Comment s’est organisé le montage opérationnel du projet ?

Ce projet n’est pas une pure opération Constructa, car il a été élaboré très en amont avec nos partenaires financiers et techniques. Les architectes ont su se montrer raisonnables sans renoncer à leur créativité, les bureaux d’études et les équipes de Vinci Construction se sont investis très tôt pour imaginer des solutions techniques innovantes, tandis que les entreprises sous-traitantes étaient sélectionnées dès la phase conception pour apporter leur expertise sur les lots techniques. Ce montage opérationnel original nous fera gagner un temps considérable pendant le chantier.

Quel est l’impact de la crise sur les objectifs économiques de l’opération ?

Le projet initial a été très rapidement reprofilé pour tenir compte des difficultés actuelles. Nous commençons par réaliser cet été les super-aménagements – parkings, siège de la Banque populaire provençale et corse – afin de disposer de deux années complètes pour précommercialiser les trois tours. Ce timing cadre avec une sortie de crise à l’horizon 2010-2011, même si nous avons d’ores et déjà des marques d’intérêt très fortes pour les futurs bâtiments. J’ai appris aux Etats-Unis que les segments de l’immobilier qui résistent le mieux à la crise sont les projets destinés à la primo-accession et les projets exceptionnels. Avec les Quais d’Arenc, nous sommes dans la sphère de l’exceptionnel. Je n’ai donc aucune inquiétude.

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Un bâtiment horizontal pour lancer le programme

Après une longue période de maturation, l’opération des « quais d’Arenc » peut désormais entrer en phase opérationnelle. Le chantier débutera prochainement par la construction d’un immeuble horizontal servant de « liaison urbaine » à l’ensemble du programme. Dessiné par l’architecte marseillais Roland Carta (C T), cet édifice de 10 000 m2 Shon a déjà été acquis par le groupe Banque populaire en vue d’en faire son siège régional. Sous cet édifice viendra se glisser un parking commun à l’ensemble de l’opération. Pendant la réalisation de ce premier bâtiment, Constructa commercialisera les trois tours de Jean Nouvel (40 000 m2 de bureaux), Yves Lion (25 000 m2 de logements et hôtel) et Jean-Baptiste Piétri (18 000 m2 de logements haut de gamme) en visant une livraison pour 2013.

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« Le travail en amont du chantier est un gage d’efficacité »

Alain Bonnot, directeur général adjoint de Vinci Construction France.

A l’occasion de l’opération « Les quais d’Arenc », Vinci Construction France s’est impliquée très en amont de la phase travaux. Pourquoi un tel choix qui implique une prise de risque importante de la part de l’entreprise ?

Cette prise de risque est logique dès lors que nous croyons en un projet. Pour les « quais d’Arenc », nous avons mis d’importants moyens à la disposition du maître d’ouvrage plus d’un an avant la signature du protocole d’accord parce que nous savions que l’opération était à la fois solide sur le plan financier, ambitieuse dans sa dimension architecturale et techniquement très intéressante. Il en a été de même, toujours sur le site d’Euroméditerranée, du chantier de la tour CMA-CGM où nos équipes ont été étroitement impliquées avec le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre dans les études de mise au point de l’ouvrage.

Quels avantages voyez-vous dans cette méthode de conception-réalisation ?

Cette manière d’appréhender une opération de travaux permet d’abord d’être plus à l’écoute du client, de trouver avec lui les options techniques lui permettant d’approcher au mieux le budget qu’il s’est fixé. Elle permet également de garantir la faisabilité de l’ouvrage, c’est-à-dire d’en découvrir les problèmes – et donc de les régler – bien avant qu’ils n’apparaissent sur le chantier. Par conséquent, tout le monde gagne du temps et de l’argent. En outre, nos cotraitants sont également associés très tôt à l’opération. Ils la préparent avec nos équipes, coordonnent leurs propres études avec les nôtres et sont toujours informés en temps réel des modifications susceptibles d’intervenir dans le programme ou le phasage des travaux. Là encore, nous gagnons en efficacité et en rapidité.

Comment s’inscrit ce marché signé avec Constructa dans le contexte économique actuel ?

La crise est là, mais le contrat passé avec Constructa prouve que les projets ambitieux ne s’arrêtent pas lorsqu’ils sont portés par une vraie vision économique et urbaine. Ces derniers mois, j’ai surtout constaté une baisse des prises de commandes concernant les petites et moyennes affaires, notamment dans le domaine du logement. Si l’entreprise doit s’adapter à cette conjoncture nouvelle, il faut veiller à ne pas affaiblir sa structure de production. Chez Vinci, nous avons certes réduit de moitié le nombre de nos intérimaires, mais nous avons conservé intactes nos forces vives, c’est-à-dire les 4 500 salariés de la direction Sud.

Comment voyez-vous l’année 2010 ?

Je ne perçois pas encore les signes d’une reprise, mais notre carnet de commandes est aujourd’hui de dix mois. Il n’y a donc aucune raison d’être trop pessimiste. En outre, le plan de relance du gouvernement devrait produire ses effets dans quelques mois. Mais j’ai surtout une grande confiance dans les fortes potentialités de notre région. Son attractivité économique, touristique et démographique va continuer à générer des besoins d’infrastructures nouvelles. La construction doit tirer son épingle du jeu.

(1) Crudeli (génie climatique/plomberie), Multitec/Alpmedelec (courants forts/faibles), Tosoni/Alquier (façades), Cordioli (charpente), Kone (ascenseurs) et Botte Fondations (VCF)/TPDM (parois moulées/démolition/terrassements).
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