Entretien

Maquettiste associé

Mots clés : Architecte - Architecture - Concours d'architecture

Vincent de Rijk est sans doute l’un des maquettistes d’architecture les plus reconnus d’Europe. Ce diplômé en design industriel de l’Académie de Design d’Eindhoven a fréquenté les cercles d’architecture de Rotterdam à l’époque où les agences les plus réputées aujourd’hui faisaient leur percée. Des collaborations qui n’ont depuis jamais cessé. Il a su déployer des techniques utilisant les plastiques, notamment celle du moulage des polyesters qui est incontestablement son domaine d’expertise. Il est aujourd’hui le maquettiste le plus recherché pour les concours et jurys européens et nord-américains.

Tomek Bartczak : La première fois que j’ai entendu parler de vous, c’est lorsque Barendt Koolhaas a exposé votre maquette d’un club aéronautique. Il disait que vous étiez de loin le plus jeune des membres de l’équipe. Le maquettisme est donc une passion de longue date ?

Vincent de Rijk : Oui, mais cela a été presque accidentel. Lorsque j’étais jeune, mes camarades se passionnaient pour les maquettes d’avions, ce qui me plaisait beaucoup. J’ai donc décidé d’adhérer à un club de modélisme. J’avais 10 ans alors que l’âge d’entrée était fixé à 12. Non que je fus particulièrement doué ! En y repensant, ce qui était bien, c’est que j’étais déjà plus ou moins dans le processus de production : j’ai fait une escadre entière de Spitfires au lieu de n’en réaliser qu’un seul et de passer à un autre modèle.

TB : Oui, c’est ce que Barendt m’a dit. Et il ajoutait aussi que ça dérangeait les autres. Avez-vous toujours voulu être maquettiste d’architecture ?

VdR : Les maquettes d’architecture sont venues tout naturellement lorsque nous nous sommes installés à Rotterdam. On a monté notre propre agence avec un groupe d’amis et comme il faut bien assurer ses arrières lorsqu’on débute, c’est ainsi que tout a commencé. Franz Parthesius, mon ami et collègue qui est aujourd’hui photographe, était en relation avec des architectes. On a donc débuté en les aidant pour des concours, d’ailleurs pratiquement pour rien au départ.

TB : Selon vous, existe-t-il des liens entre votre travail de maquettiste et le design industriel ? Quelque chose comme la conception d’un côté et l’application de l’autre, lorsque cela est possible ?

VdR : Oui, plus ou moins dans la mesure où dans mon agence j’ai toujours essayé de développer mes propres techniques. Par exemple, le moulage de la résine ou du plâtre, en fait des processus de moulage bien plus adaptés à un travail d’agence qu’à l’industrie. En expérimentant ces procédés, ce qui m’a semblé intéressant c’est qu’il n’existe pratiquement aucune différence entre la conception d’un bol ou celle d’une maquette. Ces techniques imposent le même mécanisme de pensée, ce que Rem Koolhaas a repéré. Il a vu nos bols en résine et il nous a conseillé d’en appliquer les techniques aux maquettes. Bien sûr, ce n’était pas son idée mais il a tout de suite établi un rapport.

TB : Quelle est votre approche d’une commande de maquette ? Et comment visualisez-vous le projet fini ? Il y a quelque temps, vous me disiez vouloir en savoir le moins possible sur un projet, sa philosophie. Vous pouvez en dire un peu plus ?

VdR : En fait ce sont les traits saillants qui m’intéressent. Les architectes connaissent tout de leur projet. Et ce tout est précisément défini dans les descriptifs qu’ils communiquent. Ce qui m’importe est de cerner la simplicité d’un projet, ses caractéristiques essentielles. Ce que Rem Koolhaas fait remarquablement dans ses descriptifs. Lorsqu’il parle d’un bâtiment, sa réalité devient simple, à l’image exacte de ce que doit être la maquette. Trop de connaissances en amont brouillent le projet. La maquette doit demeurer un objet. C’est ce à quoi j’essaie d’arriver. Evidemment, s’il s’agit de la représentation d’un bâtiment, il s’agit aussi de la représentation d’une idée.

TB : Avez-vous déjà constaté que la fabrication d’une maquette peut influencer l’architecte au point de modifier le projet ?

VdR : C’est une question que l’on me pose souvent, et bien sûr, la réponse est oui, c’est logique. Tout, durant le processus de conception de la maquette, est source d’influence : les rencontres, les conversations, les schémas. Pour moi, il ne s’agit pas de quelque chose de spécial qui viendrait s’ajouter. Mais c’est aussi pervers car on ne peut vraiment voir la cohérence du projet que lorsque la maquette est terminée. C’est à ce moment que l’architecte réagit et il est en général trop tard. Rem Koolhaas, lui, connaît le bon moment pour réagir et apporter des changements.

TB : Vous avez eu un rôle déterminant dans la conception du Terminal Maritime de Zeebrugge…

VdR : Difficile de me rappeler tout dans les moindres détails. Oui, il y avait les schémas de ces tours rondes, le concept d’un terminal maritime à Zeebrugge, et des...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 183 du 01/11/2008
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