Numérique

Maquette numérique Les écoles en pleine effervescence

Mots clés : Logiciels - Outils d'aide

Alors que le BIM prend son essor, les entreprises peinent à recruter des jeunes correctement formés à cet outil.

«En matière de maquette numérique, les écoles d’architecture sont à côté de la plaque ! » Le jugement de l’architecte Emmanuel Coste est sévère. Il est néanmoins partagé par de nombreux acteurs de la construction, qui rencontrent -d’importantes difficultés pour recruter des jeunes formés aux logiciels de conception 3D comme au travail collaboratif. « Le BIM (Building Information Modeling) met en lumière l’aspect collaboratif de notre métier, argumente Emmanuel Coste, qui -accueille régulièrement des stagiaires en habilitation à exercer la maîtrise d’œuvre en son nom propre (HMONP) après l’obtention du diplôme d’Etat d’architecte. Il oblige ces derniers à être au niveau des ingénieurs afin de travailler avec eux. Nous avons besoin d’architectes conscients que les ouvrages sont destinés à durer, à avoir des performances énergétiques… Or les étudiants que j’accueille sont inopérants sur ces sujets-là ! »

Ce témoignage est fort préoccupant tant le BIM s’apprête à -devenir incontournable. A partir du 1er avril 2016 et de la transposition de la -directive marchés publics en droit français en effet, les maîtres -d’ouvrage publics pourront imposer le BIM dans leurs consultations. Quant à nos voisins européens, ils prévoient également d’adopter le BIM dans leurs marchés publics. -L’Angleterre doit le rendre obligatoire au 1er avril 2016, tandis que -l’Allemagne et l’Espagne s’organisent pour passer au BIM en 2020. Il est donc urgent d’anticiper cette transition en y préparant les futurs professionnels.

Or force est de constater qu’aujourd’hui l’offre de formation initiale est pour le moins inégale… Du côté des écoles d’architecture, il est difficile d’avoir une vision globale, comme l’a mis en lumière en janvier le premier séminaire des Assises du BIM. Ce cycle de séminaires en quatre temps, porté par le ministère de la Culture, vise à dresser l’état de l’offre et de la demande de formation initiale, à identifier les besoins en formation des enseignants et à repérer les bonnes pratiques. Dans certains cas, l’enseignement du BIM est effectué par un professeur passionné, et les cours ne comportent pas nécessairement les termes « BIM » ou « maquette numérique » dans leurs intitulés.

A l’école de Toulouse, où ces enseignements sont défendus par Bernard Ferries, les étudiants n’ont que trois opportunités d’être sensibilisés au BIM, dont deux en option. C’est le séminaire « Architectures numériques » en 4e année, puis le module « Villes 3D » en 5e année. « Une journée est dédiée au BIM en HMONP, cette fois en enseignement de tronc -commun », ajoute Bernard -Ferries, qui milite pour que le cours « Villes 3D » devienne obligatoire dans le programme pédagogique 2016-2021, afin de toucher toute une promotion d’élèves, contre environ un cinquième actuellement. L’une de ses étudiantes diplômée de l’école de Toulouse en 2012, Marie Austruy, a appris à dessiner à la main dans un premier temps. Alors qu’elle monte sa propre structure en association avec un architecte expérimenté, elle a éprouvé le besoin de -retourner sur les bancs de l’école pour suivre une formation continue au BIM en parallèle de sa HMONP.

L’ESITC-Caen, première de la classe. Avec la montée en puissance du BIM, les entreprises et les bureaux d’études doivent, eux aussi, pouvoir compter sur des professionnels formés à cette nouvelle méthode de travail. « Il est impératif d’aller chercher des jeunes sortant de l’école avec un premier bagage BIM, qui vont ainsi exploiter au mieux la maquette numérique », -illustre Pierre George, directeur des systèmes d’information chez -Demathieu Bard. Or, si les formations semblent plus abondantes pour les ingénieurs, identifier les écoles qui les dispensent n’est pas non plus tâche aisée. « Les établissements adhérents à l’association Mediaconstruct sont susceptibles de proposer des cours en BIM aux étudiants », indique néanmoins Marie Bagieu, -directrice des études à l’Ecole supérieure d’ingénieurs des travaux de la construction (ESITC) de Caen. Avec un mastère spécialisé Eco-matériaux et conception BIM qui a ouvert ses portes dès 2010, l’établissement fait figure de précurseur. Tous les élèves sont d’ailleurs initiés au sujet dès la première année du cycle d’ingénieur. L’ESITC-Caen ne s’arrête pas là. L’école est sur le point de signer des accords de partenariats avec l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Val de Seine, mais aussi le lycée Laplace et le CFA du bâtiment Jean -Hochet, tous deux basés à Caen. « L’objectif est de les faire travailler ensemble, en mode collaboratif, avec les outils numériques disponibles et les difficultés techniques inhérentes », précise Marie Bagieu. L’initiative permet également de partager les ressources et les salles informatiques des différents établissements. Cette coopération résulte de la création du réseau EduBIM, qui réunit professionnels et enseignants, afin de travailler sur le contenu des enseignements et les méthodes pédagogiques pour former les profils dont le BTP a d’ores et déjà besoin.

Cours de rattrapage. Le Cesi, école -d’ingénieurs par la voie de l’apprentissage et de l’alternance, propose, de son côté, depuis septembre dernier, une nouvelle option « BIM et maquette numérique » dans le cadre du mastère Management de projet de construction. Le mastère BIM, proposé depuis la rentrée 2014 par l’Ecole des Ponts -ParisTech, l’Ecole spéciale des travaux -publics (ESTP) et trois écoles d’architecture, forme, quant à lui, des « responsables de processus BIM ». Un cursus qui fait florès, avec 74 étudiants cette année, soit plus du double de la promotion précédente. « L’offre de formation initiale n’est, à ce jour, pas en adéquation avec nos besoins en matière de maquette numérique, -estime malgré tout Yannick Luzik, référent BIM chez Ingérop. Les personnes possédant les compétences pour jouer un rôle organisationnel sur le projet demeurent en effet trop rares. » C’est la raison pour laquelle de nombreux employeurs du BTP misent encore sur la formation interne. Afin d’accompagner les entreprises vers le BIM, l’ESITC-Caen propose un module de conduite du changement dans l’option de 5e année « Entrepreneuriat et innovation ». Ses futurs diplômés pourraient bien être ceux qui aideront les petites entreprises à basculer dans le BIM.

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