Architecture Habitat d'urgence

Maisons sous les frondaisons

Mots clés : Bois - Lutte contre l'exclusion

Installé en lisière de la capitale pour cinq ans, un long bâtiment en bois accueille 200 personnes en situation de précarité.

A Paris, en bordure du bois de Boulogne, un bâtiment en bois de 200 mètres de long s’est glissé entre les arbres, faisant de leurs frondaisons son rideau végétal et de leurs troncs les colonnes d’un péristyle à ciel ouvert. Cet édifice abrite un nouveau centre d’hébergement d’urgence que la Ville de Paris, en recherche de foncier disponible, a choisi d’implanter dans le XVIe arrondissement, l’un des moins pourvus de la capitale en places d’hébergement d’urgence (8 sur les 9 700 existantes).

Un début de rééquilibrage qui n’a pas été du goût du maire d’arrondissement Claude Goasguen et d’une partie de ses administrés lancés dans une fronde contre un « nouveau Sangatte » au bois de Boulogne, dixit l’élu, fronde qui a atteint son paroxysme de violences verbales lors d’une présentation publique avant travaux tenue en mars 2016. Malgré cette atmosphère, le projet est arrivé à terme, conçu par les agences Moon Architectures et Air Architectures pour l’association Aurore, qui œuvre à la réinsertion de personnes seules et de familles socialement exclues, et non à l’accueil de réfugiés… Mais cette installation ne restera sur place qu’un temps. Le centre d’hébergement d’urgence devra en effet plier bagage dans cinq ans, et sans laisser trace de son passage, zone boisée classée oblige. L’édifice devait donc non seulement pouvoir être démonté mais aussi être remonté ailleurs avec, à chaque fois, une configuration particulière selon le terrain d’accueil.

Neuf plots séparés par des failles. Préfabriqué en atelier, le bâtiment est arrivé sur le chantier sous forme de 117 modules tridimensionnels à ossature et remplissage en bois d’un niveau, de 7 et 8 mètres de long sur 3,30 mètres de large (avec une forte isolation pour répondre à la RT 2012). Les modules, qui offrent au total 200 places d’hébergement, peuvent contenir deux chambres individuelles, un deux-pièces familial, un salon, une salle d’eau ou encore une salle commune. Ils sont assemblés et empilés de façon à former neuf plots – huit pour l’hébergement, un pour l’administration. Ceux-ci sont séparés par des failles vides ou aménagées de passerelles et d’un escalier extérieurs qui créent autant de fenêtres ouvertes sur le bois. Car c’est en cherchant à préserver les connexions du quartier avec son environnement que le bâtiment a trouvé sa forme. « Nous l’avons calé en suivant le rythme de la trame urbaine de l’avenue qui fait face : des immeubles distincts, séparés par des vides, qui forment une suite d’îlots connectés avec le bois », explique l’architecte Guillaume Hannoun de Moon Architectures. Loin de l’image du « préfa », le centre d’hébergement d’urgence dégage une impression de pérennité, cruciale pour des usagers en quête de stabilité : là est la grande force du projet. « Au fil des recherches que nous menons depuis quinze ans sur cette thématique, nous avons pris pour habitude de concevoir l’habitat d’urgence de la même manière que le logement à long terme », expliquent les architectes Cyrille Hanappe et Olivier Leclercq (Air Architectures). Et ici, cela se joue sur le traitement de l’enveloppe (bois teinté du brun au vert en accord avec les arbres et leur frondaison), sur la création de lumineux salons (non prévus au départ), sur le dimensionnement des ouvertures (fenêtres jusqu’au sol, simples ou doubles), etc. Un sentiment d’être chez soi que confirme à sa manière une mère qui a trouvé refuge ici avec son enfant : « Je n’avais jamais vécu dans une maison écologique et je suis très heureuse de le faire ici : j’ouvre ma fenêtre, je regarde les arbres, j’entends les oiseaux. »

Maîtrise d’ouvrage : association Aurore. Maîtrise d’œuvre : Moon Architectures (mandataire), Air Architectures (jusqu’au dépôt du dossier de permis de construire). BET : Dhomino (ossature bois), Axpacaal (fluides), AVR (VRD). Entreprise générale : BH Beneteau Habitat.

Surface : 2 809 m2 SP. Montant des travaux : 3,9 millions euros HT.

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