Architecture Habitat

Loger des triangles dans le Trapèze, c’est Unik

Un immeuble résidentiel s’insinue simplement, par sa géométrie, dans une parcelle complexe de Boulogne-Billancourt.

Imbriquer 149 logements et une maison d’accueil spécialisée sur une parcelle triangulaire dans le quartier du Trapèze à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Tel était le casse-tête à résoudre en 2012 par l’agence parisienne d’architecture Beckmann-N’Thépé. « Nous devions aussi ouvrir l’îlot sur son environnement proche – le parc de Boulogne, la Seine – et offrir une vue à chaque habitant », se remémore l’architecte Françoise N’Thépé.

L’immeuble Unik, livré en 2016, serpente entre les trois pointes du terrain, frôlant au passage ses riverains. Cette disposition sinueuse permet de multiplier les orientations et d’assouplir la ligne de front bâti pour laisser entrer le paysage dans l’opération. Illustration avec le parc urbain qui se prolonge au niveau de l’avenue Lefaucheux par un jardin privatif, puis en façade par des balcons-jardinières dont les plantes grimpent le long de câbles tendus entre eux, et enfin en toiture par des terrasses arborées.

Pour se fondre dans cette verdure, le corps du serpent en béton est partiellement revêtu d’une peau en écailles de verre teinté suivant un dégradé de vert ( lire page 50) . Sur les autres façades, il procède aussi par mimétisme en se colorant de bleu côté fleuve et d’ocre rouge rue Traversière, en liaison avec l’immeuble voisin en brique. Les éléments qui composent cette monumentale mosaïque adoptent une forme triangulaire, identique à celle de la parcelle.

Un plan-masse aux contours irréguliers. Du rez-de-chaussée au douzième étage de la résidence, peu ou pas de similitude entre les plans des 149 appartements (19 logements sociaux et 130 en accession à la propriété). « Du studio en simplex pour célibataire au T6 en duplex pour famille, nous avons fait en sorte que chaque habitant se sente chez lui », souligne Françoise N’Thépé. « Les architectes ont transpiré pour caser les différents types de logements dans un plan-masse aux contours irréguliers, la barre était haute mais ils l’ont franchie », salue Laurent Vinolas, directeur opérationnel chez Nexity. Le promoteur immobilier pose ici sa dernière pierre à l’édification du Trapèze, nouveau quartier sur lequel il a œuvré pendant une décennie.

Dans l’opération Unik, un tiers des appartements est accessible via une coursive, ce qui inquiétait Nexity au départ du projet. « Nous craignions pour le confort et l’intimité des habitants, explique Laurent Vinolas. Les coursives devaient donc être courtes, c’est-à-dire ne pas desservir plus de quatre logements, afin d’éviter une exposition trop longue aux intempéries et limiter le nombre d’allées et venues devant les fenêtres. » Des bancs en béton blanc contribuent à mettre à distance les circulations communes des appartements. Certains les utilisent pour poser leurs jardinières, d’autres pour s’asseoir et regarder leurs enfants faire de la trottinette.

La pointe sud-est de la parcelle est occupée par une maison d’accueil spécialisée de la fondation Perce-Neige. Elle héberge et soigne 22 personnes atteintes du syndrome d’enfermement, qui ne peuvent ni se mouvoir, ni parler. Cet établissement unique en France ne se distingue pas architecturalement du reste du bâtiment. Une résidence médicalisée – presque – comme les autres.

Maîtrise d’ouvrage :Nexity. Maîtrise d’œuvre : Beckmann-N’Thépé Architectes. BET : Scyna 4 (structure), ID bati (fluides, HQE), Ingénieurs & Paysages (paysagistes), LTA (économiste), Cap Horn Solutions (acoustique), Prévention Consultants (sécurité incendie, coordonnateur SSI). Maîtrise d’œuvre d’exécution : DJ AMO + AKPA. Entreprise générale : Bateg.

Surface de plancher : 15 618 m². Coût des travaux : 39 M€ HT.

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ENCADRE

Façade - Une mosaïque de 10 000 tesselles colorées en bardage

Mis à part son socle et son couronnement neutres, l’édifice affiche la couleur en façade, ou plutôt les couleurs car on en dénombre 49. « Cette mosaïque constitue le liant entre le bâtiment et son environnement », estime l’architecte Françoise N’Thépé ( lire page 46). Les tesselles sont en verre trempé émaillé, collé sur une plaque en mortier de granulats de verre expansé avec liant époxy. Leur découpe en triangle est unique, comme le nom de l’opération.

« L’idée de cette forme est venue de l’agence Beckmann-N’Thépé Architectes », explique Aloun Phaychith, ingénieur-conseil chez Sto, fabricant de systèmes de façades ventilées. « Avec notre fournisseur de verre en Allemagne, nous avons élaboré une plaque (2 300 x 1 000 mm) capable de supporter six éléments verriers triangulaires, offrant une multitude de combinaisons possibles parmi 97 teintes disponibles », explique le technicien. La mosaïque compte quasiment 10 000 tesselles, positionnées une à une sur la façade par les architectes. Elle couvre une surface de 3 000 m². Pour sa réalisation, le fabricant a fourni 1 642 panneaux de bardage StoVentec Glass, posés par l’entreprise GCEB.

Prise de risque. Le ruban multicolore qui se déroule sur l’ensemble des façades permet d’apporter une touche de singularité à chaque logement. Les propriétaires sont généralement sensibles au fait d’habiter dans tel appartement avec terrasse ou tel autre en duplex. Ici, ils peuvent aussi indiquer une zone chromatique : bleu, vert ou ocre rouge. « Proposer un parement en couleur constituait une prise de risque », indique Laurent Vinolas. Le directeur opérationnel du promoteur immobilier Nexity y voit aujourd’hui « de l’art ».

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