Annuel aménagement

Liverpool Une friche rénovée par le secteur privé

Mots clés : Contrat de partenariat - Gestion immobilière

En lieu et place d’une zone de 17 hectares laissée à l’abandon au cœur de la cité des Beatles, au bord de la rivière Mersey, la foncière privée Grosvenor a bâti de toutes pièces un nouveau quartier organisé autour d’activités commerciales. La municipalité, qui a octroyé un bail emphytéotique de 250 ans, ne conserve qu’un droit de regard limité sur l’opération.

Inaugurée en octobre 2008 après un peu plus de trois ans de travaux et annoncée par ses promoteurs comme la plus importante opération de régénération urbaine d’Europe réalisée par le secteur privé, Liverpool One n’aurait pas pu voir le jour autre part qu’au Royaume-Uni. Moyennant un financement 100 % privé et le reversement à la municipalité de 5 % des revenus locatifs, la Ville de Liverpool a octroyé à la société d’exploitation Paradise Project, dont Grosvenor a été le principal actionnaire, un bail emphytéotique de 250 ans, une forme juridique très proche de la propriété. L’accord porte sur 17 hectares et 22 parcelles réparties sur l’emprise foncière réaménagée au bord du fleuve Mersey. La municipalité a, en outre, accordé à Paradise Project la direction opérationnelle du projet, dont l’objectif premier est de redonner du dynamisme commercial au centre-ville. Elle lui a également laissé l’élaboration du plan d’aménagement et des options urbanistiques, ne conservant qu’un droit de regard. Les rues existantes et le nouveau parc de deux hectares constituant le cœur du quartier sont toujours la propriété de la Ville et restent ouverts 24 h sur 24, mais c’est la société d’exploitation qui assure la gestion des déchets, la sécurité du site et son éclairage. Et si la population a été consultée, elle l’a été avant tout sous un angle marketing.

On le voit, Liverpool One marque un choix qui correspond au modèle politique et économique du Royaume-Uni, dans lequel la confiance dans l’action du secteur privé reste forte. L’investissement de 1,4 milliard d’euros n’aurait en aucun cas pu être apporté par la Ville. D’ailleurs, la desserte par le tramway du nouveau quartier, seul pan du projet qui était à la charge de la municipalité, a été abandonnée faute de financement. Si Liverpool One a été concédé au secteur privé, le choix, en 2000, de la foncière privée Grosvenor (dont le principal actionnaire est le duc de Westminster) pour amener les capitaux de départ et être responsable du projet apparaît comme un gage de sérieux, dans un pays où la noblesse reste un important propriétaire foncier. Créée en 1677, cette institution possède les « beaux quartiers » londoniens de Mayfair et Belgravia : 150 hectares en plein cœur de la capitale britannique.

Le résultat urbanistique est imposant et à forte dominante commerciale. L’idée-force du projet était de recréer un lien, rompu depuis des années, entre le centre-ville historique et les berges de la Mersey puis, plus loin, les docks rénovés. Dans cette optique, le choix a été fait d’une longue rue principale, exclusivement bordée sur trois niveaux de magasins et de restaurants. Les voies adjacentes sont soit des galeries commerçantes à ciel ouvert, soit d’anciennes rues où le rythme des bâtiments flambant neufs est parfois rompu par d’anciens immeubles restaurés. Trente édifices commerciaux et résidentiels, ainsi qu’une station de pompiers et de bus ont été créés ou rénovés par vingt-sept architectes. Les logements, situés à la périphérie du nouvel ensemble, se répartissent en six quartiers correspondant chacun à un type précis de clientèle. Un parc de deux hectares en pente douce constitue une respiration bienvenue dans cet ensemble dense. Entouré d’un immeuble résidentiel de luxe et d’un Hilton, il accueille en sous-sol un parking de 2 000 places. Souci écologique ou impératif marketing, l’automobile est en effet bannie de la majeure partie du quartier.

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ENCADRE

Fiche technique

Maitre d’ouvrage: Paradise Project (bail emphytéotique

de la municipalité de Liverpool de 250 ans).

Maître d’œuvre: Pelli Clarke Pelli Architects et Building Design Partnership (BDP).

Surface totale du terrain: 17 ha, répartis sur 22 parcelles, dont 2,2 ha d’espace vert.

Taille du développement: 234000 m², dont 131000 d’offre commerciale et 21500 d’offre de loisirs.

Construction: 26 nouveaux bâtiments et 10 rénovés.

Parking : 3000 places.

Investissement: 1,4 milliard d’euros.

Mode d’accès: bus, train et voiture.

Réalisation: 2005-2008.

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